LE MYSTÈRE DE LA NATIVITÉ
Cétoit une grande entreprise de rendre ve'nérables par toute la terre les abaissemens du Verbe incarne. Jamais chose aucune ne fut attaquée par des raisonnemens plus plausibles. Les Juifs et les gentils en faisoient le sujet de leurs railleries^ et il faut bien que les premiers chrétiens aient eu une fermeté plus qu'humaine , pour prêcher à la face du monde avec une telle assurance une doctrine apparemment si extravagante. C'est pourquoi Tertullien se vante que les humiliations de son maître, en lui faisant mépriser la honte, l'ont rendu impudent de la bonne sorte et heureusement insensé : Bene impudentem et féliciter stultum (0. Laissez-moi, disoit ce grand homme , quand on lui reprochoit les bassesses du Fils de Dieu , laissez-moi jouir de l'ignominie de mon maître et du déshonneur nécessaire de notre foi. Le Fils de Dieu est né dans une étable ; je n'en ai point de honte , à cause que la chose est honteuse : on a mis le Fils de Dieu dans
(») De Carn. Chr. n. 5.
des langes; il est croyable , parce qu'il est ridicule : le Fils de Dieu est dans une crèche ; je le crois d'autant plus certain , que selon la raison humaine il paroît entièrement impossible. Ainsi la simplicité' de nos pères se plaisoit d'étourdir les sages du siècle par des propositions inouies , dans lesquelles ils ne pouvoient rien comprendre ; afm que toute la gloire des hommes s'évanouissant, il ne restât plus d'autre gloire que celle du Fils de Dieu anéanti pour l'amour des hommes. C'est à ce Dieu abaissé que je vous appelle. Venez l'adorer, chrétiens, autant dans sa foiblesse que dans sa grandeur ; autant dans sa crèche que dans son trône. Mais quel seroit notre crime , si venant adorer le Fils , nous manquions de saluer la divine Mère , qui nous l'a donné par son enfantement, qui nous le nourrit de son lait virginal, qui nous le conserve par ses soins maternels, et qui nous obtiendra son secours qui nous est si nécessaire en cette action , si nous l'en prions avec zèle, en disant, Aye.