‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 3)Chapitre 45 sur 65 · SUR LE MÊME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME SUJET

Les prophètes étoient vaincus par notre malice ; les docteurs ne profitoient pas ; la loi e'toit foible et parloit vainement ; les anges mêmes et les archanges travailloient inutilement au salut des hommes, dont la volonté ne suivoitpas le bien où elleétoit excitée. Le Créateur est venu lui-même, non avec éclat ni avec un appareil superbe , de peur d'alarmer son serviteur fugitif et égaré de ses lois(yu7cc(î« twv vo/;tù)v). Il ne veut pas effrayer sa proie, la proie qu'il vouloit prendre pour son salut. S'il étoit venu noblement , le monde eût attribué son changement à sa dignité, à sa puissance , à ses richesses , à son éloquence , à sa doctrine. Tout est humble, tout est pauvre, tout est obscur , méprisable ; afin qu'il paroisse que la seule divinité avoit transformé le monde : une mère pauvre , une patrie encore plus pauvre ; dans une crèche , pour se montrer la pâture même des ani-

(*) Bossuet cite en tête de ces Pensées rhomélie de Théodote d'Ancyre, sur la naissance du Sauveur, qui fut lue dans le concile d'Eplièse : il renvoie plus bas à deux autres homélies du même auteur, et par la comparaison que nous avons faite, nous nous sommes convaincus que le fond de ces pensées est tiré des trois homélies de Théodote. On les trouve au tome m des Conciles du P. Labbe, col. 988 et suiv. Edit. de Déforis.

maux irraisonnables : car les Juifs e'toient plus brutaux que les brutes mêmes. Etant riche , s'est fait pauvre. Condescendance.

Une vertu céleste prit la forme d'une étoile , pour conduire les Chalde'ens par une nature qui leur fût connue et familière. Le même qui a attiré les Mages fait la solennité présente, non couché dans la crèche , mais posé sur cette table sacrée. La crèclie a enfanté cette table : il a été posé en celle-là, afin qu'il pût être mangé en celle-ci. Cette crèche a représenté cette table magnifique. Cette Vierge a produit ce nombre innombrable de vierges. La pauvreté de Bethléem a bâti ces temples magnifiques. Ces pauvres langes ont produit la rémission des péchés* Voyez ce qu'a produit la pauvreté ; combien elle a engendré de richesses. Pourquoi avez-vons honte de sa pauvreté, qui a produit tant de biens inestimables ! Pourquoi lui ôtez-vous ses plaies , qui ont fait la guérison des nôtres ?

Nos membres ( membra ayirgims ) , qu'il a pris n'cmt rien de honteux , puisque Dieu les a formés ; mais c'est nous qui avons fait outrage à notre nature , en la livrant à nos convoitises. Il n'a pas méprisé notre nature, quoique nous l'ayons outragée nous-mêmes.

Dieu accoutumé de paroître aux hommes sous des formes sensibles. Le feu qui ne brûle point. Le juge parmi les criminels , qui ne condamne personne : juge parmi les condamnés , qui n'envoie personne au supplice : juge qui ne juge pas, mais qui enseigne; qui ne condamne pas, mais qui guérit. La clémence de ce feu mystique qui pardonne au

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buisson , figure de la clémence de Je'sus-Christ. Il éclaire , et ne consume pas ; il brille , et ne brûle pas ; il fait du bien , bien loin de blesser et de nuire. Dieu ne trouve rien de honteux de ce qui peut donner le salut aux hommes.

La pensée devient intelligible par la parole , palpable par l'Ecriture : ainsi le Verbe. Votre pensée (Xéyoç) est votre enfant en quelque sorte ; vous l'enfantez une seconde fois , quand vous la rendez sensible : ainsi le Père. La parole que je prononce en moi se répand sur tous j propre à un chacun comme à tous.

Dieu habite dans l'homme plus noble que tout le reste , que le soleil , etc. , parce qu'il est libre , maître de soi-même.

Comme celui qui déchire le papier oii est écrite la loi du prince, viole sa parole, qui, inviolable par elle-même , est violée et comme déchirée dans le corps dont elle s'est revêtue : ainsi le Verbe de Dieu.

Il est venu à son serviteur, non avec la majesté d'un maître ; car il auroit étonné son fugitif^ l'attirant par son humilité à la familiarité; à la liberté, en se faisant conserviteur , afin que nous devinssions maîtres.

Le Verbe s'est approprié un corps, se l'est rendu propre , et en ce corps toutes les passions de ce corps: il se les est donc appropriées. 11 ne faut point dire que Dieu habite en Christ comme dans une autre personne; ni que Christ est adoré, parce qu'il est uni au Verbe ; ni qu'il est adoré avec lui , parce que c'est la même adoiation. Il ne faut point

séparer par la pense'e ni par rintelligence le Verbe et le Christ, en les unissant seulement de parole, comme faisoit Nestorius. Mais toutes les fois que nous nommons le Verbe, nous devons entendre que l'homme est aussi compris sous ce nom : ainsi quand nous nommons Jésus , nous y comprenons le Verbe. C'est ce qui est expliqué passim , mais très-bien dans l'homélie de Théodotus.

Parvulus iiatus est , datas est, Adniirahills (0 : « Un petit enfant nous est né , un fds nous est 3) donné : il s'appelle l'Admirable » : qui détruit le royaume où il est né, qui s'en fait un nouveau, de ses ennemis et de ceux qui ne le connoissoient pas , par la croix ; subjugant par amour : Deducet te mirahiliter dextera tua (2). « Votre droite vous fera » faire des progrès miraculeux et étonnans». Consiliarius ; Conseiller, qui « renverse tous les raison- » nemens humains, et tout ce qui s'élève avec hauteur » contre, la science de Dieu » : Consilia deslruentes j et omnem altitudinem extollentem se advferms scientiam Deii^). Deus fortis : « Dieu, Fort », qui soutient nos foiblesses par les siennes; « car ce qui » paroît en Dieu foiblesse est plus fort que la force » de tous les hommes » : Quod ijijlrmiim est Dei , fortius est hominibiis (4). Pater futuri sœculi : « le » Père du siècle futur » : tout réservé au temps à venir : rien au présent. Princeps pacis : « le Prince )) de la paix ». Pacem relinquo (^) ; « Je vous laisse la » paix M : Pax liuic domui ; « Que la paix soit dans » cette maison » : Rcvcrtctur ad vos (^) ; « VoLio

(')/#«/. IX. 6. — i^)Ps. XLiv. 6. - f3) //. Cor. X. /|, 5. — (4) / Cor. 1. 26. — ^^) Joan. XIV. 27. — /»; Jfatlh. x. 12 , i3.

Boss. XI. :i^ *

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» paix reviendra à vous » : Pacem ei qui longe est, etqui prope (0 : « la paix à ceux qui sont éloignés 5) comme à ceux qui se trouvent proche » : « la paix ^ M qui surpasse toutes pensées, qui garde les cœurs » et les esprits en Jésus-Christ » : Pax Dei quœ exsuperat omnem sensum , custodiat corda vestra et intelligentias "uestras in Christo Jesu (2).

La chair a été ennoblie et non la divinité dégradée. Dieu relève ce qu'il prend et ne perd pas ce qu'il communique.

Le grand pape saint Léon (3) nous enseigne que les œuvres qu'un Dieu Sauveur a accomplies pour notre salut, ne sont pas seulement des grâces, mais des secours ; que tout ce qui nous rachète , nous parle; enfin que tous les mystères sont des exemples : si bien que le chrétien doit imiter tout ce qu'il croit.

Apparuit gratin Dei : « La grâce de Dieu nous a » paru ». Dans tous les mystères que Dieu accomplit pour notre salut , il y a toujours trois choses à considérer. Tous les mystères contentent nos désirs par quelque don , dirigent nos mœurs par quelque exemple , excitent notre espérance par quelque promesse. ( Car tout ce qui s'accomplit dans le temps a son rapport à la vie future. ) Si bien qu'il faut toujours y considérer la grâce qu'ils nous apportent, les instructions qu'ils nous donnent, la gloire qu'ils nous proposent. L'apôtre n'a rien omis, et conduit successivement le^ fidèles par tous ces degrés. Apparuit gratia Dei Sahatoris nostri

(0 tsai. LVii. 19. — W Philip, iv. 7. — (3) Serm. xxiv. in Nativit. Dom.tom. i^pag. 160.

omnièus

omnibus hominibus (0 : « La grâce de Dieu notre » Sauveur a paru à tous les hommes » : là il nous propose la grâce que Jésus naissant nous apporte. Erudiens nos (2) ; « elle nous a appris » ; là il nous découvre les vertus que Jésus naissant nous enseigne. Expectantes beatam spem (3) ; « étant » toujours dans l'attente de la béatitude que nous 5) espérons » : là il nous fait voir le grand et admirable spectacle que Jésus naissant nous fait attendre.

Après avoir expliqué ce pieusement.... Que si le monde nous appelle à ses spectacles, nous attendons un autre spectacle, Jésus- Christ nous fait attendre un retour. Il est venu pour semer, il viendra pour recueillir : [ il est venu ] pour confier le talent, [ il viendra ] pour en exiger le profit : [ il est venu ] pour détruire la fausse gloire , [ il viendra ] pour établir la véritable.

Nostrœ cœnœ, nostrce nuptiœ nundtim sunt (4) : « Nos jeux, nos fêtes, nos banquets ne sont pas en- » core prêts ». Laissez-moi achever le temps de mon deuil. L4a vie chrétienne, la vie pénitente [ est un] deuil spirituel : [ nous sommes ] consacrés à la mort par le saint baptême. [ Le pécheur ] déplore la mort , non de son époux ni de son père , mais de son ame, la perte de son innocence. Etat de l'Eglise , est un état de viduité et de désolation : [ elle a ] perdu en son époux plus de la moitié d'elle-même.

CO TU. II. II. — W Ibid. 12. — (3, lUd. i3. — (4) Tertul. de Sffeetac. /i. 28.

Bossu ET. XI. y()

434 8UR l'A SAINTE ENFANCE

FRAGMENT

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