‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 3)Chapitre 46 sur 65 · POUR LE DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE NOËL · texte numérisé non relu

POUR LE DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE NOËL

Erant pater ejus et mater mirantes.

Son père et sa mère étoient e'tonne's, Luc. 11. 33.

Je remarque dans l'Evangile que le caractère particulier des mystères de la sainte enfance de Je'sus- Christ notre Sauveur, c'est d'imprimer dans les âmes par leur profondeur, par leur simplicité, par leur sainteté, un étonnement intime et secret des voies inconnues de Dieu et de sa sagesse cachée. Un enfant naît dans une étable, pauvre, inconnu, méprisé ; et toutefois, ô prodige ! le ciel et la terre s'en remuent, les anges descendent, une étoile nouvelle brille , les pasteurs le font connoître dans Bethléem , les Mages dans la ville royale , Siméon et Anne dans le temple même ; ceux qui sont de loin le cherchent ; ceux qui sont près le méconnoissent ou le persécutent. Dieu fait des miracles inouis pour

le découvrir, et dans la suite il en fait de non moins surprenans pour le cacher. Le ciel se de'clare en su faveur, et à peine peut-il trouver un asile dans toute la terre. On lui pre'dit tout ensemble , et des grandeurs extraordinaires et des humiliations terribles. Que peut faire une ame religieuse dans un si grand me'lange de choses si sagement rassemblées, sinon de se laisser jeter insensiblement avec Joseph et Marie dans cette sainte admiration que je lis dans mon évangile ? Erantpater ejus et mater mutantes : « Son >y père et sa mère e'toient étonnés ». Je ne puis vous dire, mes Sœurs, combien de grâces étoient renfermées dans cet étonnement sacré ; un recueillement très-profond, une secrète attention à ce qui se passe , une attente respectueuse de je ne sais quoi de grand et de relevé qui se prépare, une dépendance absolue des desseins cachés de Dieu, un abandon aveugle à sa grande et occulte providence. Voilà les saintes dispositions , ou plutôt voilà les grandes vertus qui sont renfermées dans cette admiration de la sainte Vierge : Erant mirantes : et j'espère que nous entrerons dans ces mêmes sentimens par son entremise, que nous lui allons demander avec les paroles de l'ange, ^we,

« Qui est celui, dit le Sage, qui a mesuré les » hauteurs du ciel et les profondeurs de l'abîme (0 » ? c'est-à-dire, qui est celui qui a pu comprendre, et les grandeurs infinies d'un Dieu considéré en luimême, et les profondes bassesses d'un Dieu anéanti pour l'amour de nous ? L'un et l'autre secret est im-

(•) Hccli. 1. 3.

Page 1