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même société dans la terre ; et que nous sommes tous ensemble une même nation et un même peuple, qui devons vivre dans les mêmes mœurs, selon l'Evangile , et sous un même monarque qui est Dieu , et sous un même législateur qui est Jésus-Christ.
Mais d'autant que la discorde et la haine n'anime pas seulement les peuples contre les peuples, mais qu'elle divise encore les concitoyens, qu elle désole même les familles ; en sorte qu'il passe pour miracle parmi les hommes, quand on voit deux personnes vraiment amies, et que nous nous sommes nonseulement ennemis , mais loups et tigres les uns aux autres ; combien emploie-t-il de raisons pour nous appaiser et pour nous unir ? avec quelle force ne nous presse-t-il pas à vivre en amis et en frères ? Et sachant combien est puissant parmi nous le motif de la religion , il la fait intervenir à la réconciliation du genre humain : il nous lie entre nous par le même nœud par lequel nous tenons à Dieu ; et il pose pour maxime fondamentale , que la religion ne consiste pas seulement à honorer Dieu , mais encore à aimer les hommes. Est -il rien de plus pressant pour nous enflammer à une affection mutuelle ? et ne devons-nous pas louer Dieu de nous avoir élevés dans une école si douce et sous une institution si humaine ?
Mais il passe bien plus avant. Les injures que l'on nous fiûty chères Sœurs, nous fâchent excessivement : la douleur allume la colère; la colère pousse à la vengeance; le désir de vengeance nourrit des inimitiés irréconciliables : de là les querelles et les
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procès ; de là les me'disances et les calomnies ; de là les guerres et les combats ; de là presque tous les malheurs qui agitent la vie humaine. Pour couper la racine de tant de maux , Je veux , dit notre aimable Sauveur, je veux que vous che'rissiez cordialement vos semblables; j'entends que votre amitié soit si ferme, quelle ne puisse être ëbranle'e par aucune injure. Si quelque téméraire veut rompre la sainte alliance que je viens établir parmi vous , que le nœud en soit toujours ferme de votre part : il faut que l'amour de la concorde soit gravé si profondément dans vos cœurs , que vous tâchiez de retenir même ceux qui se voudront séparer. Fléchissez vos ennemis par douceur , plutôt que de les repousser avec violence; modérez leurs transports injustes, plutôt que de vous en rendre les imitateurs et les compagnons.
Et en effet, mes Sœurs, si l'orgueil et l'indocilité de notre nature pouvoit permettre que de si saintes maximes eussent quelque vogue parmi les hommes ; qui ne voit que cette modération dompteroit les humeurs les plus altières ? Les courages les plus fiers seroient contraints de rendre les armes, et les âmes les plus outrées perdroient toute leur amertume. Le nom d'inimitié ne seroit presque pas connu sur la terre. Si quelqu'un persécutoit ses semblables , tout le monde le regarderoit comme une bête farouche ; et il n'y auroit plus que les furieux et les insensés qui pussent se faire des ennemis. O sainte doctrine de l'Evangile, qui feroit régner parmi nous une paix si tranquille et si assurée, si peu que nous la voulussions écouter! qui ne désireroit quelle fût
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reçue par toute la terre avec les applaudissemens qu'elle mérite?
La philosophie avoit bien tâché de jeter quelques fondemens de cette doctrine; elle avoit bien montré qu'il étoit quelquefois honorable de pardonner à ses ennemis : elle a mis la clémence parmi les vertus; mais ce n' étoit pas une vertu populaire; elle n'appartenoit qu'aux victorieux. On leur avoit bien persuadé qu'ils dévoient faire gloire d'oublier les injures de leurs ennemis désarmés; mais le monde ne savoit pas encore qu'il étoit beau de leur pardonner, avant même que de les avoir abattus. Notre Maître miséricordieux s'étoit réservé de nous enseigner une doctrine si humaine et si salutaire : c'étoit à lui de nous faire paroître ce grand triomphe de la charité, et de faire que ni les injures ni les opprobres ne pussent jamais altérer la candeur ni la cordialité de la société fraternelle. C'est ce qu'il nous fait remarquer dans notre Evangile, avec des paroles si douces, qu'elles peuvent charmer les âmes les plus féroces : « Quitte l'autel, dit -il, pour te réconcilier à ton » irère ».
Et quel est ce précepte , ô sauveur Jésus ? et ' comment nous ordonnez-vous de laisser le service de Dieu, pour nous acquitter de devoirs humains? est-il donc bienséant de quitter le Créateur pour la créature? Cela semble bien étrange, mes Sœurs; cependant c'est ce qu'ordonne le Fils de Dieu. Il ordonne que nous quittions même le service divin, pour nous réconcilier à nos frères : il veut que nos ennemis nous soient en quelque sorte plus chers que SCS propres autels , et que nous allions à eux , avant
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que de nous présenter à son Père; comme si cétoit une alFaire plus importante. N'est-ce pas pour nous enseigner , chères Sœurs , que devant lui , il n'est rien de plus précieux que la charité et la paix; qu'il aime si fort les hommes, qu'il ne peut souffrir qu'ils soient en querelle ; que Dieu considère la charité fraternelle comme une partie de son culte ; et que nous ne saurions lui apporter de présent qui soit plus agréable à ses yeux, qu'un coeur paisible et sans fiel, et une ame saintement réconciliée? « O charité » ineffable de Dieu pour les hommes ! s'écrie saint )) Jean-Chrysostôme ; il néglige l'honneur qui lui est » dû, pour y substituer la charité envers le proi) chain. Interrompez, nous dit-il, mon culte, afin » que votre charité soit persévérante : car la récon- M ciliation avec son frère, est pour moi un vrai sa- » crifice » : O ineffahilem erga hommes amorem Dei ! honorcm siium despicit pro charitate erga proxiiniun. Interrumpatur , inquit , cultus meus j ut charitas tua maneat:nam vere sacrificium mihi estj reconciliatio cumfratre (0. C'est ce que je traiterai aujourd'hui avec l'assistance divine; et j'en tirerai deux raisons du texte de mon évangile. Notre Seigneur nous ordonne de nous réconcilier, avant que d'offrir notre présent à l'autel : c'est de ce présent et de cet autel , que je formerai mon raisonnement; et je tâcherai de vous faire voir que ni le présent qu'offrent les chrétiens , ni l'autel duquel ils s'approchent , ne souffrent que des esprits vraiment réconciliés : ce seront les deux points de cette exhortation.
CO S. Chrysost. in Matt. Hom. xvi, n, 9, tom. vu, pag. 216.
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PREMIER POINT
Quand je parle des présens que les fidèles doivent offrir à Dieu, ne croyez pas, mes Sœurs, que je parle des animaux égorge's qu'on lui présentoit autrefois devant ses autels. Pendant que les enfans d'Aaron exerçoient le sacerdoce qu'ils avoient reçu par succession de leur père , les Juifs apportoient à Dieu des offrandes terrestres et corporelles : on chargeoit ses autels d'agneaux et de bœufs, d'encens et de parfums , et de plusieurs autres choses semblables. Mais comme nous offrons dans un temple plus excellent, sur un autel plus divin, et que nous avons un pontife duquel le sacerdoce légal n'étoit qu'une figure imparfaite ; aussi faisons-nous à Dieu de plus saintes oblations. Nous venons avec des vœux pieux , et des prières respectueuses , et de sincères actions de grâces , louant et célébrant la munificence divine, par notre Seigneur Jésus- Christ notre sacrificateur et notre victime : ce sont les oblations que nous apportons tous dans la nouvelle alliance. Nous honorons Dieu par ce sacrifice, et c'est de cet encens que nous parfumons ses autels : et afin que nous pussions faire de telles offrandes, Jésus notre grand sacrificateur nous a rendus participans de son sacerdoce : « il nous a fait rois et » sacrificateurs à notre Dieu » , dit l'apôtre saint Jean dans l'Apocalypse (0. Mais puisque ce sacerdoce est spirituel, il ne faut pas s'étonner si notre oblation est spirituelle : c'est pourquoi l'apôtre saint Pierre dit « que nous offrons des victimes spiri-
0) ApOS Y. 10.
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^) tuelles , acceptables par notre Seigneur Je'sus- » Christ (0 ». C'est là ce sacrifice de cœur contrit, sacrifice de louange et de joie , sacrifice d'oraison et d'actions de grâces, dont il est parle' tant de fois dans les Ecritures : c'est le présent que nous devons à notre grand Dieu ; et je dis qu'il ne lui peut plaire, s'il ne lui est offert par la charité fraternelle : sans elle, il ne reçoit rien ; et par elle , il reçoit toutes choses : la charité est comme la main qui lui présente nos oraisons j et comme il n'y a que cette main qui lui plaise, tout ce qui vient d'autre part ne lui agrée pas.
Et pour le prouver par des raisons invincibles, je considère trois choses dans nos oraisons , qui toutes trois ne peuvent être sans la charité pour nos frères : le principe de nos prières ; ceux pour qui nous prions ; celui à qui nos prières s'adressent. Quant au principe de nos oraisons , vous savez bien , mes Sœurs, qu'elles ne viennent pas de nous-mêmes : les prières des chrétiens ont une source bien plus divine. « Que pouvons - nous de nous - mêmes , sinon le » mensonge et le péché » , dit le saint concile d'Orange (2) ? Le plus dangereux effet de nos maladies, c'est que nous ne savons pas même demander comme il faut l'assistance du Médecin : « Nous » ne savons, dit l'apôtre saint Paul & , comment il » nous faut demander »,
Eh ! misérables que nous sommes , qui nous tirera de cet abîme de maux , puisque nous ne savons pas implorer le secours du Libérateur ? Ah ! dit l'apôtre (4) , « l'Esprit aide nos infirmités » : et com-
C^)/. Petr. ir. 5. — (*) Concil. ^rausic. n, Can. xxii. Lab. toni. IV, col. 1670. . — {}) Rom. VIII. 26. — C4) Ibid.