D'UN AUTRE SP:RM0N
POUR LE ra.E DIMANCHE APRÈS PAQUE.
Combien les plaisirs des sens sont dangereux , trompeors , contraires à notre état; et combien nous devons les mépriser et les fuir. Quels sont ceux que nous devons rechercher.
Mundus autem gaudebit ; vos aulem conlristabimini.
Le monde se réjouira; et vous serez dans la tristesse. Joan. XVI. 20.
Tous ceux qui vivent chrétiennement souffriront persécution. L'Eglise naissante : ne vous persuadez pas [ qu'elle fût ] seulement persëcute'e par les tyrans; chacun étoit soi-même son persécuteur. On afficlioit à tous les poteaux et dans toutes les places publiques des sentences épouvantables contre ses enfans; eux-mêmes se condamnoient. On leur ôtoit la vie; eux, les plaisirs : leurs biens ; eux , tout usage immodéré. Exil de leur patrie ; tout le monde leur étoit un exil : ils s'ordonnoient à eux-mêmes de ne s'arrêter nulle part et de n'avoir nulle consistance en aucun pays, etc. Cette persécution aliénoit autant les esprits que l'autre ; encore plus, dit Tertul-
5g sur le danger
lien : Plures invenias , quos mngis periculum voluptatis quam viice, a^ocet ab hac sectai^) ,0\i craignoit les rigueurs des empereurs contre l'Eglise; mais on craignoil bien plus la sévérité de sa discipline contre elle-même ; et ils se fussent plus facilement exposés à perdre la vie , qu'à se voir arracher les plaisirs sans lesquels la vie semble être à charge.
Cette persécution dure encore. Les chrétiens se doivent déclarer la guerre et à toutes les joies sensuelles; parce qu'elles sont ruineuses à l'innocence, et le chrétien ne doit rien aimer que de saint ; parce qu'elles sont vaines et imaginaires , et le chrétien ne doit rien aimer que de véritable ; parce que ce n'en est pas le temps , et que le chrétien doit s'accommoder aux ordres de la divine Providence,
PREMIER POINT
Quand on parle contre les plaisirs, les libertins s'élèvent, et peu s'en faut qu'ils n'appellent Dieu cruel : car , disent-ils , qu'y a-t-il de si criminel dans les plaisirs? C'est pourquoi, pour leur fermer la bouche , le discours grave et sérieux que fait Cicéron. Je l'ai pris dans saint Augustin : il cesse d'être profane après avoir passé par ce sacré canal.
« Les voluptés corporelles peuvent-elles sembler » désirables, elles que Platon a nommées l'appât et » rhameçon de tous les maux? En effet quelles ma- » ladies et de l'espiit et du corps : quel épuisement » et des forces , et de la beauté de l'un et de l'autre ; M quelle honte , quelle infamie , quel opprobre , » n'est pas causé par les voluptés desquelles plus le (0 De Spect. n. a.
» transport est violent, plus il est ennemi de toute » sagesse ? Cujus motus ut quisque est maximus ^ ita » estinimicissimus philosophiœ {^). Car qui ne sait » que les grandes émotions des sens ne laissent aui) cun lieu à la re'flexion ni à aucune pensée sérieuse? » Et qui seroit l'homme assez brutal qui voulût pas- » vSer toute sa vie parmi ces emportemens de ses sens » émus, parmi cet enivrement des plaisirs ? Mais )) qui seroit l'homme de sens rassis qui ne désireroit i) pas plutôt que la nature ne nous eût donné aucun » de ces plaisirs corporels , qui dégradent l'ame de »• sa dignité et de sa grandeur naturelle » ?
« Voilà, dit saint Augustin, ce qu'a dit celui qui » n'a rien su de la première institution ni de la dé- 3) pravation de notre nature, ni de la félicité du 5) paradis, ni des joies éternelles qui nous sont pro- » mises ; qui n'a point appris que la chair convoite » contre l'esprit. Rougissons, conclut saint Augus- » tin , en entendant les discours des impies si con- » formes à la vérité, nous qui avons appris dans la 3) véritable et sainte philosophie de la vraie piété > » que la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit 3) contre la chair » : Erubescamus intérim veris diS' putationibus iinpiorum , qui didicimus in vera verœ pietatis sanctaque pliilosophia , et contra spirituni carnenij et contra carnem concupiscere spiritumi"^). « Je vous conjure, mes Frères, que la philosophie 3) chrétienne, qui est la seule véritable philosophie, 3) ne soit ni moins grave, ni moins honnête, ni moins 3) chaste , ni moins sérieuse , ni moins tempérée que
(*) Cicer. in Hortens. — (*) Lia. iv. contra juL n. ']2, tom,jijCoL