SUR LE DANGER
injuste au prochain , incommode au monde , outrageux à Dieu , pénible à soi-même. Voulez-vous faire ce que vous voulez ? N'entreprenez pas de faire ce que vous voulez. Retranchez les volontés superflues qui vous rendent dépendans des autres: plus aisé de modérer ses volontés que de les satisfaire ; vous y trouverez les vrais plaisirs.
Ne soupirez donc plus après les plaisirs de ce corps mortel ; ne buvez plus cette eau trouble, laquelle vous voyez [sortir] d'une source si corrompue. Ce qui peut nous déplaire un seul moment, jamais digne de notre amour. Et ne nous persuadons pas que nous vivions sans plaisirs , pour les vouloir transporter du corps à l'esprit , de la partie terrestre et mortelle , à la partie divine et incorruptible. C'est là au contraire, dit Tertullien, qu'il se forme une volupté toute céleste du mépris des voluptés sensuelles : « car quel plus giand plai- » sir que le mépris des plaisirs mêmes » , qui sans pouvoir nous contenter, ne nous laissent jamais de repos : Quœ major voluptas , quàm fastidium ipsius voluptatis (0?
Qui nous donnera, chrétiens, que nous sachions goûter ce plaisir sublime ; plaisir toujours égal , toujours uniforme; qui naît non du trouble de l'ame, mais de sa paix; non de sa maladie, mais de sa santé; non de ses passions, mais de son devoir ; non de la ferveur inquiète et toujours changeante de ses désirs, mais de la rectitude immuable de sa conscience: plaisir par conséquent véritable; qui n'agite pas la volonté, mais qui la calme; qui ne
(•) De Spect. n. 29.
surprend
BES PLAISinS DES SENS. ()5
surprend pas la raison , mais qui l'ecîaire ; qui ne chatouille pas le cœur dans sa surface, mais qui l'attire tout entier à Dieu par son centre.
Voyez les liesses , les transports , les chants de cette cité triomphante. C'est de là que Jésus-Christ nous a apporté un commencement de la gloire dans le bienfait de la grâce; un essai de la vision dans la foi; une partie de la félicité dans l'espérance; enfin un plaisir intime [ dans la paix d'une bonne conscience : ] et si ces plaisirs ne sont pas tout-à^ fait sensibles et satisfaisans , aussi n'en est - ce pas encore le temps.
TROISIÈME POINT
i.o C'est le temps du voyage; [ et celui qui se livre aux plaisirs, au lieu d'avancer perd de vue le terme où il doit tendre, et ne sauroit y arriver. ] 2.0 C'est le temps de rendre compte de ses actions. Celui qui est toujours en joie pense-t-il quelquefois aux grandes affaires qu'il a , et combien les ris excessifs et les jeux perpétuels siéent mal à ceux qui doivent être présentés devant le tribunal de Jésus- Christ? La joie quand vous serez absous. 3.** C'est le temps du combat ; et [ les plaisirs ne sont propres qu'à nous énerver et nous réduire dans l'impuissance de vaincre.] 4.^ « C'est le temps de travailler k » sa guérison et non le temps de se livrer aux plaisirs » : Sanitatis tempus estj non voluptatis (0. [Il faut réprimer ces ] appétits irréguliers qui sont causés par la maladie, [et qui ne peuvent que l'entretenir ou l'augmenter si l'on se prête à les satisfaire ].
(0 5. Aug. Scrm. LxxxYii. n. i3,tom. v, col. J\6B.
BOSSLET. XIV. 5
Il y a des maux qui nous blessent, il y a des maux qui nous flattent : ceux-là nous les devons supporter; ceux-ci nous les devons mode'rer : le premier, par la patience et par le courage; le second , par la tempe'rance et par la retenue. Et les maux qui nous affligent nous servent à corriger ceux qui nous flattent; parce que la force de ces derniers est dans le plaisir, et que la pointe du plaisir s'e'mousse parla souffrance [ qui en est] le contraire : Alia quœ per patientiam sustinenius ^ alla quœ per continentiam refrenamus (0. C'est ainsi que nous faisons servir d'instrument à la justice la peine du pëché : In usus juslitiœ peccati pœna conversa est (2). Un malade ne songe pas au plaisir; trop heureux de recouvrer la santé : [et pour l'acquérir il consent de se soumettre à un ] régime [exact et sévère. Telle est la conduite que nous devons suivre ]. Nostrœ cœnœ , nostrœ nuptiœ nonduin sunt. Non possumus cum illis discumbere , quia nec illi nohiscum^), «Le temps de nos festins, de nos noces, n'est » pas encore venu : nous ne pouvons nous réjouir » avec les mondains, parce qu'ils ne^pourront aussi » se réjouir avec nous «. Viendra le temps de notre banquet : l'Epoux viendra, et il leur sera dit : Nescio vos ; « Je ne vous connois pas (4) » ; et nous entrerons en la joie de notre Seigneur. Nous ne la connoissons que par espérance ; mais alors nous en aurons la possession véritable. Amen.
CO S. Aug. cont. Julian. lib.Vy n. 22 , tom.x^coL 640. — (*) S. Augde Civit. Dei,Ub, xni, cap. iv, tom. vu, col, 328. — (3) Ttrtul. de Spect. n. a8. —(4) Malt. x\y. 12.
SUR LA TRISTESSE DES ENFANS DE DIEU. X)l
SERMON
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