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des siècles futurs lui rendront un honneur semblable* On viendra étudier sur les lieux ce que l'histoire racontera du campement de Piéton , et des merveilles dont il fut suivi. On remarquei^ dans celui de Chatenoy l'éminence qu'occupa ce grand capitaine , et le ruisseau dont il se couvrit sous le canon du retranchement de Selestad. Là , on lui verra mépriser l'Allemagne conjurée; suivre à son tour les ennemis, quoique plus forts; rendre leurs projets inutiles ; et leur faire lever le siège de Saverne , comme il avoit fait un peu auparavant celui de Haguenau. C'est par de semblables coups , dont sa vie est pleine, qu'il a porté si haut sa réputation, que ce sera dans nos jours s'être fait un nom parmi les hommes, et s'être acquis un mérite dans les troupes, d'avoir servi sous le Prince de Condé, et comme un titre pour commander, de l'avoir vu faire.
Mais si jamais il parut un homme extraordinaire , s'il parut être éclairé , et voir tranquillement toutes choses; c'est dans ces rapides momens d'où dépendent les victoires, et dans l'ardéi^r du combat. Partout ailleurs il délibère ; docile , il prête l'oreille à tous les conseils : ici , tout se présente à la fois ; la multitude des objets ne le confond pas ; à l'instant le parti est pris ; il commande et il agit tout ensemble , et tout marche en concours et en sûreté. Le dirai-je ? mais pourquoi craindre que la gloire d'un si grand homme puisse être diminuée par cet aveu? Ce n'est plus ces promptes saillies, qu'il savoit si vite et si agréablement réparer, mais enfin qu'on lui voyoit quelquefois dans les occasions ordinaires : Tous diriez qu'il y a en lui un autre.
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lioitime, à qui sa grande ame abandonne de moindres ouvrages, où elle ne daigne se mêler. Dans le feu, dans le choc, dans l'ébranlement, on voit naître toul-à-coup je ne sais quoi de si net , de si posé , de si vif, de si ardent, de si doux, de si agréable pour les siens, de si hautain et de si menaçant pour les ennemis , qu'on ne sait d'oîi lui peut venir ce mélange de qualités si contraires. Dans cette terrible journée , où aux portes de la ville et à la vue de ses citoyens, le ciel sembla vouloir décider du sort de ce Prince; où avec l'élite des troupes il avoit en tête un général si pressant ; où il se vit plys que jamais exposé aux caprices de la fortune : pendant que les coups venoient de tous côtés, ceux qui combattoient auprès de lui nous ont dit souvent, que si l'on avoit h traiter quelque grande affaire avec ce Prince, on eût pu choisir de ces momens où tout étoit en feu autour de lui : tant son esprit s'élevoit alors, tant son ame leur paroissoit éclairée comme d'en haut en ces terribles rencontres : semblable à ces hautes montagnes dont la cime au - dessus des nues et des tempêtes, trouve la sérénité dans sa hauteur, et ne perd aucun rayon de la lumière qui l'environne. Ainsi, dans les plaines de Lens, nom agréable à la France, l'Archiduc, contre son dessein , tiré d'un poste invincible par l'appât d'un succès trompeur; par un soudain mouvement du Prince , qui lui oppose des troupes fraîches à la place des troupes fatiguées , est contraint à prendre la fuite. Ses vieilles troupes périssent ; son canon , où il avoit mis sa confiance , est entre nos mains; et Bek , qui l'avoit flatté d'une victoire assurée, pris et
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blessé dans le combat, vient rendre en mourant un triste hommage à son vainqueur par son désespoir. S'agit-il ou de secourir ou de forcer une ville? le Prince saura profiter de tous les momens. Ainsi , au premier avis que le hasard lui porta d'un siège important , il traverse , trop promptement , tout un grand pays ; et d'une première vue , il découvre un passage assuré pour le secours , aux endroits qu'un ennemi vigilant n'a pu encore assez munir. Assiéget-il quelque place ? il invente tous les jours de nouveaux moyens d'en avancer la conquête. On croit qu'il expose les troupes : il les ménage , en abrégeant le temps des périls par la vigueur des attaques. Parmi tant de coups surprenans, les gouverneurs les plus courageux ne tiennent pas les promesses qu'ils ont faites à leurs généraux : Dunkerque est pris en treize jours au milieu des pluies de l'automne; et ses barques , si redoutées de nos alliés , paroissent tout-àcoup dans tout l'océan avec nos étendards.
Mais ce qu'un sage général doit le mieux connoître, c'est ses soldats et ses chefs. Car de là vient ce parfait concert qui fait agir les armées comme un seul corps, ou pour parler avec l'Ecriture, « cotiimô » un seul homme » : Egressus est Israël tanqiiam vir unusi^). Pourquoi comme un seul homme ? parce que sous un même chef, qui connoît et les soldats et les chefs comme ses bras et ses mains , tout est également vif et mesuré. C'est ce qui donne la victoire ; et j'ai ouï dire à notre grand Prince qu'à la journée de Nordlingue, ce qui l'assuroit du succès^
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c'est qu'il connoissoit M. de Turenne, dont l'habileté consommée n'avoit besoin d'aucun ordre pour faire tout ce qu'il falloit. Celui-ci publioit de son côté qu'il agissoit sans inquiétude , parce qu'il connoissoit le Prince, et ses ordres toujours sûrs. C'est ainsi qu'ils se donnoient mutuellement un repos qui les appliquoit chacun tout entier à son action : ainsi finit heureusement la bataille la plus hasardeuse et la plus disputée qui fut jamais.
C'a été dans notre siècle un grand spectacle , de voir dans le mçme temps et dans les mêmes campagnes , ces deux hommes , que la voix commune de toute l'Europe égaloit aux plus grands capitaines des siècles passés ; tantôt à la tête de corps séparés ; tantôt unis, plus encore parle concours des mêmes pensées, que par les ordres que l'inférieur recevoit de l'autre; tantôt opposés front à front, et redoublant l'un dans l'autre l'activité et la vigilance : comme si Dieu , dont souvent , selon l'Ecriture , la sagesse se joue dans l'univers , eût voulu nous les montrer en toutes les formes , et nous montrer ensemble tout ce qu'il peut faire des hommes. Que de campemens , que de belles marches , que de hardiesse, que de précautions, que de périls, que de ressources! Vit-on jamais en deux hommes les mêmes vertus, avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires ? L'un paroît agir par des réflexions profondes, et l'autre par de soudaines illuminations : celui-ci par conséquent plus vif, mais sans que son feu eût rien de précipité; celui-là d'un air plus froid, sans jamais rien avoir de lent, plus hardi à faire qu'à parler, résolu et déterminé au dedans , lors même