‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctes (volume 5)Chapitre 37 sur 51 · DE LOUIS DE BOURBON. S^'J · texte numérisé non relu

DE LOUIS DE BOURBON. S^'J

(|u'il paroissoit embarrassé au dehors. L'un , dès qu'il parut dans les armées, donne une haute idée de sa valeur, et fait attendis quelque chose d'extraordinaire ; mais toutefois s'avance par ordre , et vient comme par degrés aux prodiges qui ont fini le cours de sa vie : l'autre , comme un homme inspirés, dès sa première bataille s'égale aux maîtres les plus consommés. L'un , par de vifs et continuels efforts, emporte l'admiration du genre humain, et fait taire l'envie : l'autre jette d'abord une si vive lumière , qu'elle n'osoit l'attaquer. L'un enfin , par la profondeur de son génie et les incroyables ressources de son courage , s'élève au-dessus des plus grands périls, et sait même profiter de toutes les infidélités de la fortune : l'autre , et par l'avantage d'une si haute naissance , et par ces grandes pensées que le ciel envoie , et par une espèce d'instinct admirable dont les hommes ne connoissent pas le secret, semble né pour entraîner la fortune dans ses desseins, et forcer les destinées. Et afin que l'on vît toujours dans ces deux hommes de grands caractères, mais divers, l'un emporté d'un coup soudain, meurt pour son pays , comme un Judas le Machabée ; l'armée le pleure comme son père , et la Cour et tout le peuple gémit ; sa piété est louée comme son courage, et sa mémoire ne se flétrit point par le temps : l'autre, élevé par les armes au comble de la gloire comme un David , comme lui meurt dans son lit en publiant les louanges de Dieu , et instruisant sa famille ; et laisse tous les cœurs remplis tant de l'éclat de sa vie que de la douceur de sa mort. Quel spectacle de voir et d'étudier

ces deux hommes, et d'apprendre de chacun d'eux toute l'estime que méritoit l'autre ! C'est ce qu'a vu notre siècle : et ce qui est encore plus grand, il a vu un Roi se servir de ces deux grands chefs, et profiter du secours du ciel -, et après qu'il en est privé par la mort de l'un et les maladies de l'autre, concevoir de plus grands desseins, exécuter de plus grandes choses, s'élever au-dessus de luimême, surpasser et l'espérance des siens, et l'attente de l'univers : tant est haut son courage, tant est vaste son intelligence, tant ses destinées sont glorieuses.

Voilà , Messieurs , les spectacles que Dieu donne h l'univers ; et les hommes qu'il y envoie quand il y veut faire éclater, tantôt dans une nation , tantôt dans une autre, selon ses conseils éternels, sa puissance ou sa sagesse ; car ces divins attributs paroissent-ils mieux dans les cieux qu'il a formés de ses doigts, que dans ces rares talens qu'il distribue comme il lui plaît aux hommes extraordinaires? Quel astre brille davantage dans le firmament, que le Prince de Condé n'a fait dans l'Europe ? Ce n'étoit pas seulement la guerre qui lui donnoit de l'éclat : son grand génie embrassoit tout; l'antique comme le moderne , l'histoire , la philosophie , la théologie la plus sublime, elles arts avec les sciences. Il n'y avoit livre qu'il ne lût : il n'y avoit homme excellent , ou dans quelque spéculation , ou dans quelque ouvrage, qu'il n'entretînt : tous sortoient plus éclairés d'avec lui , et rectifioient leurs pensées , ou par ses pénétrantes questions, ou par ses réflexions judicieuses. Aussi sa conversation étoit un charme , parce qu'il

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