CHAPITRE XVIII
Huit circonstances de V Histoire du concile d'Orange, quL font voir que saint Augustin e'toit regardé par les papes et par toute l'Eglise comme le défenseur de la foi ancienne. Quatrième concile en confirmation de la doctrine de ce Père.
La première observation est que ce concile assemble , principalement de la province d'Arles et des lieux où les écrits de Fauste avoient réveillé les restes des pélagiens-qui y étoient demeurés cachés depuis trente ans, traita les matières de la grâce/?ar t autorité etpar un auertissement particulier du saint Siège : seciadlm auctokitatem ex admonitionem
SEDIS ApOSTOUC^ (0.
Secondement , le saint Siège çt le pape Félix IV, qui y présidoit, non contens d'exciter la diligence de saint Césaire , archevêque d'Arles , et de ses collègues , leur avoient envoyé quelques chapitres tirés des saints Pères pour rexplication des saintes Ecritures (2), ce qui montre en tout et partout le désir de conserver l'ancienne doctrine.
Troisièmement , le pape Hormisdas avoit déjà parlé dans la querelle de Fauste de ces chapitres conservés dans les archives de t Eglise (3) , qu'il offrit même d'envoyer à unévêque d'Afrique, quisemr bloit favoriser les écrits de Fauste.
Quatrièmement, on voit par-là qu'outre les décisions des conciles , où Ton exprimoit les principes
v') Prcef. — {') Ibid. — }) Epist. ad Possess. sup. citât.
les plus généraux pour la condamnation de l'erreur, le saint Siège conservoit des instructions plus particulières tirées des écrits des Pères , pour les faire servir dans le besoin à un plus grand éclaircissement delà vérité; et ce furent apparemment ces mêmes chapitres que Félix IV envoya à saint Césaire pour être souscrits de tous (0 , ainsi qu'il est marqué dans la préface du concile d'Orange.
Cinquièmement, il est bien constant que ces chapitres du concile d'Orange contiennent le pur esprit de la doctrine de saint Augustin, et pour la plupart sont extraits de mot à mot de ses écrits , ainsi que l'ont remarqué le P. Sirmônd, dans ses notes sur ce concile , et tous les savans.
C'est aussi pour cette raison , et c'est la sixième observation , que le pape saint Boniface II , qui dans ce temps succéda à Félix IV, fait une expresse mention dans la confirmation de ce concile, des écrits des Pères ^ principalement de ceux de saint u4ugustin et des décrets du saint Siège (2) , pour marquer les sources d'où la doctrine de ce concile étoit tirée.
En septième lieu , on trouve dans ce concile tous les principes dont le même saint Augustin s'est servi pour établir la doctrine de la prédestination et de la grâce, comme la suite le fera paroître.
En huitième et dernier lieu , loin qu'on soupçonnât ce Père d'avoir innové, c'étoieut ses écrits qu'on employoit à combattre les nouveautés , et c'étoit lui qu'on citoit , lorsqu'il s'agissoit de soutenir la tradition des saints Pères, et on croyoit la doctrine ren-
(0 Conc. Araus. Prœf. — W Epist. ad Ccesar. ib.p. 161.
fermée
fermée et recueillie dans ses ouvrages, ce qui est quant à présent tout ce que je prétends prouver.
Il est encore à remarquer que le concile d'Orange fut confirmé par un concile de Valence, où saint Césairè ne put assister à cauSe de son indisposi-^ tion (0 , mais oîi il envoya seulement des évêques (de la province) avec des prêtres et des diacres; et ce fut de là qu'on envoya demander la confirmation au pape saint Boniface ; ce qui nous fait voir encore un quatrième concile pour saint Augustin et contre Fauste, après quoi les semi - pélagiens ne furent plus ni écoutés ni souJBerts.
Il faut remarquer que dans l'ancien manuscrit d'où le P. Sirmond a tiré la lettre qu'on vient de voir de Boniface II , ces mots étoient à la tête : On trouve dans ce volume le concile d'Orange que le pape saint Boniface a confirmé par son autorité ; et ainsi quiconque croit autrement de la grâce et du libre arbitre que ne lexprime cette autorité (cette confirmation authentique du concile d'Orange ), ou qu'il n'a été décidé dans ce concile , quil sache qiiil est contraire au saint Siège apostolique et à l'Eglise universelle répandue par tout Tunivers (2}. En effet , personne ne doute que ce concile ne soit universellement reçu , et par conséquent n'ait la force d'un concile œcuménique.
(') Cypr. in vit. Cœsar. Arel. n. 35. vid. in append. jam cit. p. 162. — W yipiid Aiig. t. X. app. p. i6i.
Bossu ET. V. - 19