CHAPITRE XIX
Troisième contestation siir la matière de la grâce, h l'occasion de la dispute sur Gotescalc , où les deux partis se rapportaient également de toute la question à l'autorité de saint Augustin.
La troisième contestation sur les matières de la grâce , est celle du ix.* siècle à roccasion de Gotescalc. Les soutenans des deux côtés étoient orthodoxes , également attachés à l'autorité et à la doctrine de saint Augustin. C'est de quoi on ne peut douter à l'égard de saint Rémi , archevêque de Lyon , de Prudence , évêque de Troyes , et des autres qui entreprirent en quelque façon la défense de Gotescalc (') ; car tous leurs livres ne sont remplis que des louanges de saint Augustin, et ils posoient tous pour fondement la doctrine inviolable de ce Père , approuvée par les papes , et reçue par toutç l'Eglise. Mais Hincmar, archevêque de Reims, et les autres chefs du parti contraire , n'étojent pas moins affectionnés à ce saint docteur, à qui Jean Scot, dans son écrit de la Prédestination contre Gotescalc , donne l'éloge de très-pénétrant dans la recherche de la 'vérité (2). Il allègue ses derniers ouvrages de la Grâce , en disant : Que se soumettre à T autorité de ce Père , c'était par elle se soumettre à la vérité même. Qui, dit-il , osera résister à cette trom.-
(') Prud. ad Hincm. et Pardul. vindic. t. ii. p. 6. Lup. Léon, q. 2. deprced. 1. iï.Rem. de Trib. Ep. io8. def en. script. ver.c.xt.ix, etc. — . (») De Prœd. c. xi , xv, xvin.
pette du camp des chrétiens? Prudence lui disoit aussi (0 : Vous avez suivi saint Augustin ^ et si vous vous étiez opposé à ses discours tres-véritables , aucun des catholiques n aurait imité votre folie ; tant les paroles de saint Augustin e'toient rëpute'es authentiques. Scot avoit écrit son traité par ordre d'Hincmar et de Pardule, évêque de Laon, comme il paroît par sa préface. On voit donc par son sentiment combien ces évêques étoient attachés à la doctrine de saint Augustin. Aussi Hiucmar le cite partout dans sa lettre à saint Rémi de Lyon , et dans son grand livre de la Prédestination, oii il établit à la tête l'autorité de ce Père en cette matière , par les mêmes preuves et avec autant de force que ses adversaires. Le principal fondement des défenses de Gotescalc , étoit le livre intitulé Hypognosticon ou Hypomnesticon , auquel ils ne donnoient cette autorité qu'à cause qu'ils présupposoient qu'il étoit de ce saint docteur. Ainsi dans une occasion dans laquelle ils'agissoit, ou d'excuser, ou de combattre les excès et les duretés de Gotescalc , saint Augustin , dont il abusoit, demeura la règle des deux partisj et sa doctrine sur la grâce et la prédestination subsista partout en son entier, ce qui est le témoignage le plus assuré qu'on puisse produire de l'autorité qu'elle avoit acquise dans tout l'Occident*: et ce qui fait le plus à notre sujet, c'est qu'elle n'étoit si révérée que parce qu'on supposoit comme indubitable que ce Père avoit paiié dans cette matière , en con- Jbrmité des Pères ses prédécesseurs : jxjxta scbip-
(•) Prud. d^prtedesL c. nr.
2gi DEPENSE DE LA TRADITION
TUR^ VERITATEM ET PR^CEDENTIUM PaTRUM REVE*
REUDAM AliCTORITATEM (0.