CHAPITRE XXI
L'autorité de saint Augustin et de saint Prosper,son disciple j entièrement e'tahlie : autorite' de saint Fulgence , combien révérée : ce Père regardé comme un second Augustin.
Après le concile d'Orange , les adversaires de la doctrine de saint Augustin , qui depuis la dëcrétale de saint Célestin murmuroient encore sourdement, se turent. Saint Prosper qui l'avoit si bien défendu eut part à sa gloire : tout l'univers apprit à révérer avec lui l'autorité sainte et apostolique d'un si grand docteur (0, et à recevoir agréablement avec Hilaire tout ce qui se trouverait décidé par une autorité aussi chère et aussi vénérable que la sienne i^). On acquéroit de l'autorité en défendant sa doctrine. De là viennent ces paroles, de saint Fulgence, évêque de Ruspe, dans le livre où il explique si bien la doctrine de la prédestination et de la grâce. J'ai inséré ^ disoit-il (5), dans cet écrit quelques passages des livres de saijit Augustin et des réponses de Prosper j, ajin que vous entendiez ce quil faut penser de la .prédestination des saints et des médians y et qu'il paroisse tout en-
(■) EpisU Prosper. ad Aug. i— W EpisU Hil — (') Lib. de pre^ destin, ad Monim. c. xxx.
semble que m'es sentimens sont les mêm.es que ceux de saint Augustin.
Ainsi les disciples de saint Augustin étoient les maîtres du monde. C'est pour l'avoir si bien défendu , que saint Prosper est mis en ce rang par saint Fulgence : mais pour la même raison , saint Fulgence reçoit bientôt le même honneur-, car c'est pour s'être attaché à Saint Augustin et à saint Prosper qu'il a été si célèbre parmi les prédicateurs de la grâce : ses réponses étoient respectées. Quand il revint de l'exil qu'il avoit souffert pour la foi de la Trinité , toute T Afrique crut voir en lui un autre Augustin , et chaque Eglise le recevait comme son propre pasteur (0.
Personne ne contestera qu'on n'honorât en lui son attachement à suivre saint Augustin, principalement wsur la matière de la grâce. Il le disoit ouvertement dans le livre de la Vérité de la Prédestination (2) , et il déclaroit en même temps que ce qui l'attachoit à ce Père, c'est que lui-même il avoit suivi les Pères ses prédécesseurs. Cette doctrine j dit - il , est celle que les saints Pères grecs et latins ont toujours tenue par l'infusion du Saint- Esprit y avec un consentement unanime , et c'est pour la soutenir que saint Augustin a travaillé plus queux tous. Ainsi on ne connoissoit alors ni ces prétendues innovations de saint Augustin , ni ces guerres imaginaires entre les Grecs et les Latins, que Grotius et ses sectateurs tâchent d'introduire à la honte du christianisme : on croyoit que saint Augustin avoit tout concilié, et tout l'honneur qu'on lui
(1) Fid. vit. Fulg. — (=) Lib. 11. c. xxvni.
ET DES SAINTS PÈRES, LIA'. V. aQÎi
&isoît , c'étoit d'avoir travaillé plus que tous les autres ; parce que la providence l'avoit fait naître dans un temps où l'Eglise avoit plus besoin de son travail.