CHAPITRE XXII
Tradition constante de tout l'Occident en faveur de l'autorité et de la doctrine de saint Augustin. L'Afrique, t Espagne , les Gaules, saint Césaire en particulier, l'Eglise de Lyon, les autres docteurs de V Eglise gallicane, l'Allemagne, Haimon et Rupert, l'Angleterre et le vénérable Bède, l'Italie et Rome.
Tout l'Occident pensoit de même. On a vu le témoignage de l'Afrique. En Espagne , saint Isidore de Se'ville, que les conciles de Tolède célèbrent comme le plus excellent docteur de son siècle, se de'claroit le disciple de saint Augustin et le défenseur de saint Fulgence : saint Ildefonse de Tolède, dans un sermon, cite saint Augustin comme celui qu il n est pas permis de contredire (0. Dans les Gaules, oii les écrivains ecclésiastiques paroissent en foule dans le septième , dans le huitième , dans le neuvième , dïins le dixième et le onzième siècles, il eut autant de.disciples qu'il y avoit de docteurs; saint Prosper est à la tête, et après lui saint Césaire d'Arles. Il n' avoit pas seulement de l'attachement, mais encore de la dévotion -pour saint Augustin -, et nous voyons dans sa vie , écrite par un de ses disciples , que dans sa dernière maladie , il se réjouissoit de voir approcher la fête de saint
CO Serm. h. de B. Virg.
ZgG DÉFEIÏSE DE LA TRADITION
Augustin; parce que, comme j'ai aimé autant que *vous le savez , disoit-ii à ses disciples qui l'envixonn oient (0, ses sentimens tres-catholiques , autant f espère que , tout inférieur que je suis à ses mérites j nia mort ne sera pas éloignée de la sienne. Il mourut la veille , et on voit que sa dévotion étoit attachée , comme il convenoit à la gravité d'un si grand évêque, à la vérité de la doctrine de saint Augustin , qu'il avoit , comme on a vu , si bien défendue dans le concile d'Orange.
Par les soins de ce saint évêque, les provinces gallicanes , où saint Augustin avoit eu tant d'adversaires , furent celles où il eut ensuite le plus de disciples. Saint Amolon de Lyon (2), reconnoît saint Augustin pour le principal docteur de la prédestination et de la grâce , après saint Paul : saint P\.emi de Lyon et son Eglise parlent de l'autorité de saint Augustin sur la grâce, comme de celle qui est i;énérée et reçue de toute t Eglise (3).
Loup Servat, prêtre de Mayence au neuvième siècle , dans la seconde question de la prédestination , appelle le livre du Bien de la Persévérance, un livre très-exact (4). C'est celui où les critiques modernes trouvent les plus grands excès. Nous avons vu les autres auteurs dans la querelle du neuvième siècle. Au même siècle Rémi d'Auxerre (5) met saint Augustin pour l'intelligence de l'Ecriture au-dessus de tous les autres docteurs. Nous avons parlé de saint Bernard. Dans le même siècle, Pierre le Vé-
(i) Vita Cas. ap. Suid. ad 27. yiug. c. xxii. — (») Frag. Ep. àd Hincm. — (') Retnig. de fin. Script, auct. 2. — (4) Quest. 11. n. Sa. — (5) In Ep. u. ad Cor.
nérable, abbé de Clugni (0, appelle saint Augustin le maître de l'Eglise après saint Paul. Nous nommerons pour l'Allemagne Haimon d'Alberstadt du neuvième siècle , qui met , sans hésiter, saint Augustin au-dessus de tous les docteurs j pour éclaircir les questions sur l'Ecriture. L'abbé Rupert appelle ce Père la colonne de la vérité , et il en suit les explications sur la matière de la grâce. On nomme toute l'Angleterre en la personne du vénérable Bède , qui est son historien et son second docteur après saint Grégoire. Saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, déclare qu'il suit en tout les saints Pères, principalement saint Augustin.
En Italie , nous avons au sixième siècle le docte Cassiodore , qui dans la matière de la grâce regarde saint Augustin comme le docteur de toute l'Eglise ; car on ne veut pas ici nommer les papes saint Céiestin, saint Boniface, saint Sixte, saint Léon, saint Gelase, saint Hormisdas, saint Grégoire, et tant d'autres qu'on pourroit citer ; parce que leur autorité ne regarde pas plus l'Italie que toute l'Eglise.