CHAPITRE XI
Passage du livre des Confessions.
Mais pour aller à la source , il faut encore écouter ce saint docteur dans ses confessions, et lui entendre confesser qu'il devoit sa conversion aux larmes continuelles de sa mère. C'est lui-même , qui parlant dans le livre de la Persévérance de cet endroit de ses confessions (') , y reconnoît un aveu de la grâce prévenante et convertissante de Jésus-Christ. Mais toutes ses confessions sont pleines d'expressions de cette nature , et il ne cesse d'y faire voir par ses propres expériences , que tout l'ouvrage 'de sa conversion étoit de Dieu , dès les premiers pas. Car il y montre que c'étoit par lui et sous sa conduite, duce te , qiiil étoit rentré en lui-même , ce que je n'aurais pas pu , dit-il , si vous ri aviez pas été mon secours (2) ; et il reconnoît par toute la suite que Dieu gagne , qu'il change les coeurs, quil rappelle F homme à lui-même par des voies secrètes et impénétrables (5) ; en sorte
(') Lib in. Conf. cap. xii. n. 21. De don. pers. c. xx. n. 33. — • (»} Z<i. Vil. c. X, — \}} Lib. vin. c. T, vi, vn^ et seq.
33o DÉFENSE DE /t. À TRADITION
que l'on commence à pouvoir ce que l'on ne pouvoit pas , parce que l'on commence par la grâce à vouloir fortement ce que l'on ne vouloit que foiblement auparavant.
11 ne f lut pas prendre ces sentimens de saint Augustin comme des re'flexions qui lui soient venues long-temps après, lorsqu'il écrivit ses confessions , mais coiiinie l'expression de ce qu'il sentoit, lorsqu'il ëtoit encore sous la main d'un Dieu convertissant. C est pourquoi il raconte que dés-iors attiré à la continence, il se disoit à lui-même devant Dieu (0 : Quoi, tu ne pourra? pas ce qu'ont pu ceux-ci et celleslà ? Est -ce que ceux- ci et celles-là le peuvent par eux-mêmes , et non pas par le Seigneur leur Dieu ? Le Seigneur leur Dieu nia donné à eux ( et veut que je sois de leur nombre); pourquoi est-ce que tu t appuies sur toi-même ^ et que par-là tu demeures sans appui ? Jetles-toi entre les bras de Dieu : ne crains rien, il ne se retirera pas afin que tu tombes : jettestoi sur lui avec confiance^ il te recevra et te guérira. Tout cela, qu'étoit-ce autre chose qu'une pleine confession de la grâce de Jésus-Christ? C'est pourquoi, en reconnoissant d'où lui venoit cette liberté qui l'affranchissoit tout à coup de tous les liens de la chair et du sang, z7 s'étonnoitj dit-il (2), de r>oir sortir son libre arbitre comme d'un abime ; non qu'il n'en eût le fond en lui-même , mais parce que ce libre arbitre n'étoit parfaitement et véritablement libre, que depuis qu'affranchi par la grâce à laquelle il s'étoit abandonné, il avoit commencé à baisser la tête sous le joug de Jésus-Christ.
(i) Lib. vni. c. xii. n. 27. — W Lib. ix. c. i. n. i.
Dieu lui fit donc expérimenter, comme à un autre Paul , la puissance de sa grâce , parce qu'il en devoit être , après cet apôtre , le second pre'dicateur ; et afin qu'on ne doute pas qu'il n'en eût dès- lais compris tout le fond , il dit lui-même (0 qu'en lisant alors l'Ecriture sainte , il commença à y remarquer une parfaite uniformité , en sorte que les vérités qud y avoit lues d'un cotéj de Vautre lui paraissaient dites à la recommandation de la grâce , afin , dit-il , 6 Seigneur, que celui qui les r>oil ne se glorifie pas en lui-même , comme si cétoit un hien qu'il n'eût pas reçu ; mais qu'il entende au contraire qùil a reçu non-seulement le bien quil voit, mais encore le don de le voir, qui est le fruit consommé de la doctrine de la grâce.