‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 147 sur 321 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Que saint Augustin na enseigné sur le péché originel que ce quen a enseigné toute l'Eglise catholique dans les décrets des conciles de Carthage, d'Orange, de Lyon , de Florence et de Trente : que Théodore de Mopsueste défendu par l'auteur, sous le nom de. saint Augustin , attaquait toute l'Eglise.

Premièrement donc , pour ce qui regarde le fond du péché originel , saint Augustin n'en a point dit autre chose, sinon que c'étoit un véritable péché, une tache qui rendoit coupables tous les hommes dès leur naissance; et qu'ils héritoient d'Adam, nonseulement la mort du corps , mais encore celle de l'ame, par laquelle ils étoient exclus de la vie éternelle. Mais c'est là précisément le sentiment de l'Eglise dans le concile de Trente (0, où l'on définit, comme on vient de voir, après celui d'Orange (2),

V) Sess. V. can. ii. — W Ai: 2. cap. ii.

3g2 DÉFENSE DE LA TRADITION^

que le péché originel fait passer d'Adam jusqu'à nous , et dans tout le genre humain j noji-seulement la mort et les autres peines du corps ^ mais encore la mort de ïame , qui est le péché; ce qui est directement le contraire de ce que M. Simon voudroit encore autoriser du nom de saint Chrysostôme (0.

Le concile de Carthage, qui est le premier où la question a été définie par deux canons exprès, nous montre aussi le péché originel comme un véritable péché , pour la rémission duquel il faut baptiser les petits enfans , afin de purger en eux par la régénération , ce que la génération leur a apporté (2). Le concile de Trente a répété ce canon du concile de Carthage (3). Saint Augustin n'en a dit, ni plus, ni moins : les conciles de Carthage , d'Orange et de Trente, n'ont fait que transcrire les paroles de ce Père, comme tout le monde en est d'accord. Ainsi, encore une fois, ce sont ces conciles, c'est toute l'Eglise catholique qui est attaquée sous le nom de saint Augustin : ce n'est pas contre saint Augustin, c'est contre toute l'Eglise que M. Simon défend Théodore de Mopsueste.

En eifet, il n'y a qu'à lire dans la bibliothèque de Photius (4) l'extrait du livre de Théodore, pourvoir qu'il a attaqué toute l'Eglise en la personne de saint Jérôme et de saint Augustin, qu'il ne faut point séparer dans cette cause , puisque tout le monde sait qu'ils n'avoient qu'un même sentiment. Théodore défend visiblement tous les articles qu'on a condamnés dans les pélagiens : il y rejette les expres-

(>) P. 171. — W Conc. Cart. cap. u. — (^) Sess. v can. iv. — W Cod. 177.

ET DES SAIWTS PERES, LIV. VII. SgS

slons dont toute l'Eglise s'est servie contre eux ; il leur fait les mêmes calomnies que les pélagiens ont faites à toute l'Eglise. Voilà l'auteur que M. Simon prétend excuser en apparence contre saint Augustin , et en effet , bien certainement contre l'Eglise catholique.

Au reste, après la publication des ouvrages de Marins Mercator, faite par le savant P. Garnier, on ne doute plus que Théodore n'ait été comme le chef des pélagiens. Si M. Simon l'excuse, s'il déplore la perte de ses Commentaires (0, comme d'un homme savant y qui avoit étudié sous un bon maître (2) avec saint Chrjsostôme , le sens littéral de V Ecriture ; si par-là il insinue que saint Chrysostôme pourroit être de son sentiment , et que cela même c'est suivre le sens littéral, il ne dégénère pas de lui-même, ni du zèle qu'il a fait paroître pour les pélagiens. Il a loué Pelage autant qu'il a pu ; il pouvoit bien excuser les sentimens de Théodore de Mopsueste, après avoir approuvé ceux d'Hilaire, diacre.

L'approbation de la doctrine de ce diacre est, dans les livres de M. Simon , un dernier trait de pélagianisme, et le plus manifesie de tous ; mais comme nous en avons déjà parlé, je répéterai seulement que , de l'aveu de M. Simon (2) , cet auteur dit formellement que le péché originel ne nous attire point la mort de l'ame ; que M. Simon l'approuve en ce point (4) , et que c'est là formellement l'hérésie de Pelage condamnée par tant de conciles, notamment par ceux de Carthage, d'Orange , de Florence , dont ceux de Lyon II et de Trente répètent les dé- (0 P. 446 W Diodore de Tliarst. — (3) P. il\. — (4} Ihid.

3y4 DÉFE2VSE DE LA TRADITION

Ciels que nous avons rapporte's (0. Il n'y a qu'à laisser faire nos critiques , ils nous auront bientôt forgé un christianisme tout nouveau , oîi l'on ne reconnoîtra plus aucun vestige des décisions de l'Eglise. M. Simon commence assez bien , puisque le pe'ché originel qu'il nous donne, visiblement n'est plus celui que l'Eglise a défini par ses conciles, qui étoit la première chose que j'avois à prouver.

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