CHAPITRE XII
Seconde erreur de M. Simon sur le pèche' originel. Il détruit les preuves dont toute l'Eglise s^est senne , et en particulier celle quelle tire de ce passage de saint Paul: In quo omues peccaverunt (2).
La seconde est qu'il a renversé, et toujours, selon sa coutume, en faisant semblant de n'en vouloir qu'à saint Augustin , les fondemens de la foi du péché originel. Les fondemens de l'Eglise sont tirés ou de la tradition ou de l'Ecriture.
Pour la tradition , le fondement principal étoit la nécessité du baptême des petits enfans ; mais nous avons déjà vu (3) que M. Simon n'a rien oublié pour anéantir cette preuve , et nous n'avons rien à dire de nouveau sur ce sujet.
Pour l'Ecriture, le principal fondement est dans ce passage de saint Paul : Le péché est entré dans le monde par un seul homme.... en qui tous ont péché (4). Il y a deux versions de ce passage : l'une ,
(') Ci-dessus l'u'. v. ch. ii. — W Roin,\. I3. — (3) Ci-dçssus lib. i. ch. II. — (4) Rom. y. 1 2.
ET DES SAINTS PÈRES, L I V. Vil. Sf)!)
au lieu de ces mots : En qui , in quo , met parce que, qualenus , quia, eb quod, ou e.rebqubd. C'est celle qui favorise le plus les pelagiens , et qui leur donne lieu de dire : que le péché est entré dans le monde par Adam, à cause seulement que tous ont péché à son exemple, de laquelle explication Pelage est constamment le premier auteur.
La seconde version est celle de toute l'Eglise , selon laquelle il faut lire : Que le péché est entré dans le inonde par un seul homme , en qui toiLS ont péché ; ce qui ne laisse aucune ressource à ceux qui nient le péché originel.
C'est un fait constant, dont aussi M. Simon demeure d'accord , que cette dernière version , qui est celle de notre Vulgate , l'est aussi de la Vulgate ancienne, comme il paroît, non-seulement par saint Augustin (0, mais encore par le diacre Hilaire, par saint Ambroise (2), par Pelage même (3), qui lit, comme tous les autres, in quo, dans son Commentaire (4) , encore que dans sa note il détourne le sens naturel de ce passage, de la manière qu'on vient de voir.
M. Simon convient aussi que, selon l'explication de saint Chrysostôme , il faut traduire in quo , et on en peut dire autant d'Origène; de sorte que les anciens Grecs ne différent point des Latins. La suite fera paroître quel est parmi eux l'auteur de l'innovation. Quoi qu'il en soit , il est bien certain que depuis le temps de Pelage, tous les docteurs qui
(0 Comm. in Epist. ad Rom. v. — (») Amhr. lib. iv. n. 67. in Luc. — '- ) Aug. lib. I. cont. Jul. c. m. n. 10. — i4' Comm. in Epist. ad Rom. V.
3g6 DÉFENSE DE LA TïlADITION
ont disputé contre lui, tous, dis-je, sans exception, lui ont oppose' ce passage, et ont suivi en cela saint Je'rôme et saint Augustin.
Après un consentement si universel et si manifeste de tout rOccident à traduire in quo , il n'est pas permis de douter qu'il ne faille tourner ainsi ce ce'lèbre e?* w de saint Paul , puisque tous les Latins l'ont pris naturellement de cette sorte. Mais M. Simon , au contraire, s'acharne de telle manière à affoiblir cette version, qu'il y revient, sous divers prétextes, quinze ou seize fois, n'oubliant rien de ce qu'on peut dire pour autoriser, non-seulement la traduction, mais encore les explications qui favorisent Pelage ; en quoi il ne fait toujours que combattre directement , sous le nom de saint Augustin , toute l'Eglise dans quatre conciles universellement approuvés.