‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 265 sur 321 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Seconde vérité enseignée par Origène, que saint Pierre tomba par la soustraction d'un secours efficace.

De là suit, dans le discours de ce grand auteur, une seconde vérité, qui est que dans le dessein que Dieu avoit de punir saint Pierre par sa chute , pour en même temps le corriger par cette punition , cet apôtre Jïit délaissé i^) j c'est-à-dire, destitué d'un certain secours. Il ne faut donc pas, encore un coup , regarder sa chute comme la suite d'une permission qui ne fut qu'un simple délaissement , où. il n'intervint rien de la part de Dieu. Il y intervint , au contraire, une soustraction d'un certain secours, avec lequel il étoit certain que saint Pierre ne tomberoit pas , mais dont il fut justement privé en punition de sa présomption. Ce secours nous est exprimé dans ces paroles d'Origène : « Après qu'il 5) eut ouï dire à notre Seigneur que tous seraient » scandalisés j au lieu de répondre comme il fit, » que quand tous les autres le seraient il ne le serait » pasj il devoit prier et dire : Quand tous les autres 5) seroient scandalisés, soyez en moi , afin que je ne » me scandalise pas, et donnez-moi singulièrement 3) cette grâce , que dans le temps que tous vos dis- 5) ciples tomberont dans le scandale, non-seulement » je ne tombe point dans le reniement, mais encore M que dès le commencement je ne sois pas scan-

(0 Rom. XI. 20.

» dalisé ». On voit ici quel secours saint Pierre devoit demander, et que c'étoit un secours qui Te rendît si fidèle à Jésus-Christ , qu en effet il ne tombât point ; par conséquent un secours de ceux qu'on nomme efficaces, parce qu'ils ne manquent jamais d'avoir leur effet. « Car s'il l'avoit demandé, pour- » suit Origène , ( s'il avoit demandé de ne tomber » pas) peut-être qu'en éloignant les servantes et » les serviteurs, qui donnèrent lieu à son renie- » ment, il n'auroit pas renié»; c'est-à-dire, que Dieu étoit assez puissant pour lui 6ter toute occasion de mal faire, et même pour affermir tellement sa volonté dans le bien , que dès le commencement il ne tombât en aucune sorte dans le scandale.

On voit donc par la soustraction de quel secours saint Pierre est tombé dans le scandale et dans le reniement; c'est par la soustraction d'un secours qui l'auroit effectivement empêché de renier : car Oiigène ne lui en fait point demander d'autre. Il y a donc, selon cet auteur, un secours , quel qu'il soit, qui est infailliblement suivi de son effet , et dont la soustraction est aussi infailliblement suivie de la chute : autrement ces desseins particuliers d'un Dieu qui veut permettre la chute des siens pour les corriger , et qui en effet a déterminé de les corriger par cette voie ne tiendroient rien de cette immobilité qui doit accompagner ses conseils. Origène le reconnoît, et saint Augustin n'en a jamais demandé davantage.

628 DÉPENSE DE LA TRÀDITIOIf

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