CHAPITRE XXII
La même vérité enseignée par Origène en la personne de David,
Ce n'est pas une fois seulement , ni par le seul exemple de saint Pierre, qu'Origène a établi cette •ve'rité. Ecoutons comment il parle de David dans ses homélies sur Ezéchiel, que nous avons de la traduction de saint Jérôme j ce que j'observe , afin qu'on ne doute pas de la vérité de ce passage (0 : « Devant Urie , il ne se trouve en David aucun pé- » ché. C'étoit un homme heureux et sans reproche » devant Dieu ; mais parce que dans le témoignage » que sa conscience lui rendoit de son innocence, » il a voit dit ce qu'il ne devoit pas : Exaucez j Sei- » sneur, ma justice, etc. , 'vous rn avez éprouvé par » le feu, et il ne s'est point trouvé de péché en M moi, etci il a été tenté et privé de secours, afin » qu'il connût ce que peut l'infirmité humaine. Car » aussitôt que le secours de Dieu se fut retiré, cet » homme si chaste , cet homme si admirable dans » sa pudeur, qui avoit ouï de la bouche du grand » prêtre : Si ceux qui sont avec vous ont gardé la » continence (vous pouvez manger de ces pains » dans lesquels étoit la figure de l'eucharistie ) , cet » homme donc qui avoit été jugé digne, par sa pu- » reté, de manger l'eucharistie, n'a pu persévérer, » mais est tombé dans le crime opposé à la vertu
\0 Hom. IX. in Ezech. Tom. i. p. ^19.
ÏT DES SAINTS PÈUES, LIA. XI. 629
» de continence, dans laquelle il s'applaudissoit. Si » quelqu'un donc qui se sentira continent et pur, » se glorifie en lui-même sans se souvenir de cette » parole de l'apôtre : Quay^ez-vous que vous noyez M reçu , et si vous l'avez reçu, pourquoi vous glo- » rijîez-^ous comme si vous ne l'aviez pas reçu ? Il » est délaissé, et dans ce délaissement il apprend » par expérience que dans le bien que sa conscience }> lui faisoit trouver en lui - même , ce n étoit pas » tant lui qui étoit cause de lui-même (et du bien » qu'il faisoit) que Dieu qui est la source de toute » vertu ». Qu'on me montre de quel secours David a été privé? Si c'est généralement de tout secours, on tombe dans l'inconvénient de laisser David dans une tentation pressante , et tout ensemble dans l'impuissance absolue de garder le commandement de la continence. Il faut donc reconnoître que le secours dont il a été privé est ce secours spécial qui empêche qu'on ne tombe actuellement; et puisque dans le dessein d'humilier David, il falloit eu quelque sorte qu'il tombât, on ne peut s'empêcher d'avouer que sa chute devoit suivre effectivement de la soustraction de ce secours; ce qui en démontre si clairement le besoin et l'efficace , qu'on n'en trouvera rien de plus clair dans saint Augustin.
63o DÉFENSE DE LA TRADITION