‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 268 sur 321 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Si la présomption de saint Pierre lui Jit perdre la justice : il tomba par la soustraction d'une grâce ej^cace.

Que si Ton dit que saint Pierre avoit cessé d'être juste , dès qu'il avoit osé contredire une si expresse prédiction de son maître, c'est ce qu'on ne peut accorder avec la parole que Jésus-Christ prononça, après les présomptueuses réponses de cet apôtre. Car il dit encore depuis à ses apôtres, et à saint Pierre comme aux autres : Vous êtes déjà purs , JAM vos MUNDi ESTis (0. Et daus la suite il leur parle à tous, non comme à des gens qui dévoient recouvrer la grâce perdue , mais comme à ceux qui n'avoient qu'à y demeurer : Demeurez ^ dit-il (2)^ en moi. Si vous demeurez en moi, demeurez dans mon amour. Ils y étoient donc , et saint Pierre comme les autres; ce qui nous doit faire croire qu'il y avoit plus d'ignorance et de téméraire ferveur, que de malice dans la réponse de cet apôtre ; et , quoi qu'il en soit , ce n'est pas l'esprit de saint Chrysostôme , non plus que celui d'Origène qu'il a imité, de représenter saint Pierre comme destitué de tout secours, puisqu'ils inculquent, comme ou a vu, avec tant de force, qu'il devoit et pouvoit prier} et c'est en ceci que paroU l'effet terrible de

(0 Joan. XV. 3. — C») Ibid, 4.

la permission divine , puisque pouvant prier, il ne l'a pas fait. Sans doute s'il avoit eu ce puissant instinct qui fait qu'on prie actuellement, s'il avoit eu cet esprit de componction et de prière (0, dont il est parle' dans le prophète, qui fait dire à saint Paul que l'Esprit prie pour nous avec des gémissemens inexplicables (2) , è'est-à-dire , qu'il nous fait prier de cette sorte , et encore : Quil crie en nos cœurs, Abha, Pater (5); c'est-à-dire, qu'il nous fait crier à notre Père ce'leste et le prier avec instance : si , dis-je, il avoit eu alors cet esprit et cet instinct d'oraison , il auroit prie' , il auroit demandé à Dieu ce puissant secours qu'Origène et saint Chrysostôme voulolent , comme on a vu , qu'il demandât , et avec lequel on ne tombe pas; mais s'il l'avoit demandé comme il falloit, il l'auroit obtenu et ne seroit pas tombé. Il n'auroit donc pas reçu par sa chute la punition et linstruction que Dieu lui avoit préparée par cette voie. Mais Dieu ne voulant pas qu'il la perdit , a voulu permettre sa chute ; c'està-dire , qu'il a voulu le destituer par un juste jugement de tout ce secours, par lequel il auroit effectivement demandé et obtenu ce qu'il falloit qu'il demandât et qu'il obtînt pour ne pas tomber. Destitué de ce secours , la permission de pécher a eu la suite que Dieu savoit, et le bon effet qu'il en vouloit tirer.

(0 Zach. XII. 10. — W Rom, yiii. 26.— W Cal. iv. 6.

634 bÉFEWSE DE LA TRADITION

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