‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 309 sur 321 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Que par tes solutions qu'on vient de voir, saint Au^stia démontre la parfaite conformité de la doctrine des anciens avec la sienne , qui étoit celle de V Eglise.

Par ces solides de'nouemens de saint Au^stin aux passades qu'on lui objectoit des anciens Pères, il concilioit leurs sentimens avec les siens, qui étoient ceux de l'Eglise , et il faisoit voir qu'ils enseignoient la prédestination comme lui (0. Saint Cyprien l'enseignoit , lorsqu'il disoit , que Dieu donnait le commencement de la foi ^ quil donnoit la persévérance , quil lui fallait tout donner, et ne nous glorifier de rien du tout , parce que nous n'avions rien à nous (2), à cause que tout le bien, et celui même que nous faisons, nous venoit de Dieu. Saint Ambroise l'enseignoit, lorsqu'il disoit, que nous n'avions pas notre cœur ni nos pensées en notre puissance (5) : que s'il vouloit il ferait dévots les indévots , parce qu'il appelle qui il veut, et qu'il fait religieux qui il lui plaît (4). Le même saint Ambroise n'enseignoit pas moins clairement cette ve'ritë sur ces paroles de saint Luc : Il m'a semblé bon ( d'e'crire l'Evangile ) , lorsqu'il disoit (5) : « Ce n'étoit point par la volonté humaine qu'il 5> parloit ainsi, mais comme il plaisoit à Jésus-

(») De donopers. c. xix. — {.■>■) Ibid. — (?) Ambr. defug. scec. e. i. — (4) Id. in Lue. cap. vu. n. 27. — (5) In prooem. Aug. ibid.

ijl8 DÉFENSE DE LÀ TRADITION

« Christ, qui parloit en lui, et qui opère en nous » que ce qui est bon en soi nous paroisse tel. Car » il appelle ceux pour qui il est touché de comj) passion. Ainsi, celui qui suit Jésus-Christ, lors- 3). qu'on lui demande pourquoi il a voulu être chré- » tien, peut répondre (comme saint Luc), il m'a M semblé bon ; et lorsqu'il parle en cette sorte , il » ne nie pas qu'il n'ait aussi semblé bon à Dieu, M parce que c'est Dieu qui prépare la volonté des » hommes, et que c'est une grâce de Dieu, que » Dieu soit honoré par un saint ».

Parmi les Orientaux , saint Grégoire de Nazianze enseignoit encore, dit saint Augustin (0, cette même vérité de la prédestination et de la grâce , lorsqu'il demandoit, ainsi que nous avons vu , pour les ennemis de la divinité du Saint-Esprit , qu'ils crussent et qu'ils confessassent la vérité.

Saint Augustin démontre que ces saints docteurs enseignoient tout ce qu'il faut croire sur la prédestination, et la même chose que lui. C'est ce qu'il prouve en résumant les passages qu'on vient de voir, et en faisant le précis de cette sorte : Tous ces grands docteurs donnant tout à Dieu, et disant toutes les choses qu'on vient d'entendre, à savoir, (\ne notre cœur n'est pas en notre puissance , que Dieu fait dévots et religieux qui il lui plaît ^ que c'est un effet de sa grâce que nous voulions ce qu'il veut, que nous l'honorions, que nous recevions Jésus-Christ, que nous croyions à la Trinité, et que nous confes-

(0 Ibid, Greg. JYaz, Orai. xuv. in Pent. ci-dessus, c. xxvufc.

sions notre croyance ; tous ces docteurs , dit-il , ont sans doute confessé la grâce que je défends ; mais en la confessant, poursuit-il, « dira-t-on qu'ils ont M nié la prescience que les plus ignorans recon- » noissent? Mais s'ils connoissoient que Dieu donne » la grâce , et s'ils ne pouvoient pas ignorer qu'il » ne l'eût prévue , et ceux à qui il l'avoit destinée , » sans doute ils reconnoissoient la prédestination « qui a été prêchée par les apôtres, et que nous )) défendons avec une attention particulière contre » les nouveaux hérétiques ».

Il n'y a rien de plus clair ni de plus démonstratif que cette preuve de saint Augustin ; et c'est pourquoi il conclut (0 , que c'est être trop conte? lieux: que de douter le moins du monde de la prédestination qu'il enseignoit, c'est-à-dire, d'une prédestination entièrement gratuite, selon la définition que ce Père en avoit donnée. Car cette prédestination , comme on a vu , n'étant autre chose que la prescience et la préparation des bienfaits de Dieu , par lesquels sont délivrés très- as sûrement tous ceux qui le doivent être , puisque déjà il est certain par la foi , que cette suite des bienfaits de Dieu ne peut pas tomber sous le mérite , et qu'd ne reste autre chose que d'en reconnoître la prescience et la préparation dans l'éternité, sur laquelle il n'y a aucune dispute, il s'ensuit que la querelle qu'on peut faire à saint Augustin n'est que chicane , et que sur le seul fondement des prières ecclésiastiques, sans encore entamer les autres preuves , la doctrine de ce saint ,

0) De dono pers, c. xxi. n. 56.

■^2 0 DÉFEÎfSE DE LA TRADITION, CtC. , LIV- XII.

qu'on vient d'exposer sur l'efficace de la grâce et la prédestination gratuite, non-seulement est incontestable en elle-même, mais encore évidemment et inévitablement établie du commun accord de l'Orient et de l'Occident, qui est ce qu'il falloit démontrer.

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