‹ Œuvres; revues sur les manuscrits originaux et les éditions les plus correctesChapitre 310 sur 321 · DE L'ÉCRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

DE L'ÉCRITURE SAINTE

\^E qu'on doit le plus recommander, c'est la lecture du nouveau Testament, où il faut avoir une attention particulière aux quatre Evangiles, où sont la vie et la mort de notre Seigneur, qui fait notre exemple et notre salut, avec les propres paroles sorties de sa bouche ; et ensuite aux Actes des Apôtres, où Ton voit les commencemens et la fondation de l'Eglise. Dans les Epîtres de saint Paul, on sattachera principalement aux grandeurs de Jésus- Christ, et aux préceptes moraux. Les autres Epîtres canoniques sont toutes morales et pleines d'instructions , dont tous les fidèles doivent profiter. Les avertissemens moraux , et les sentimens de piété , d'adoration , d'actions de grâces envers Dieu et envers Jésus-Christ, sont admirables dans l'Apocalypse; c'est à quoi il se faut attacher, sans trop s'occuper l'esprit des mystères de ce divin livre.

Pour ce qui regarde l'ancien Testament, les livres dont tout le monde peut tirer le plus de profit, sont les Proverbes de Salomon, son Ecclésiasle, le livre de la Sagesse, et TEcclésiastique.

Pour profiter des Proverbes, et des autres livres de cette nature, où il y a beaucoup de sentences, il est bon de s'en mettre à chaque lecture une ou deux des plus touchantes dans l'esprit j s'en iàire

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une nourriture, et la règle de ses pratiques pendant la journée.

Il faut apprendre dans l'Ecclésiaste à me'priser tous les biens du monde , et même à mépriser l'homme, selon ce qu'il a de corporel, où il n'est guère élevé au-dessus des bêtes ; mais il se doit estimer beaucoup parle rapport qu'il a à Dieu, comme il paroît principalement au dernier chapitre.

On apprend , par la même raison , à mépriser aussi les belles qualités de l'esprit , qui ne se rapportent pas à cette fin ; la science , la sagesse humaine, qui, sans la crainte de Dieu, n'est qu'erreur et qu'illusion , et ne produit à l'esprit qu'un vain travail. En un mot, ce livre est fait pour dégoûter l'homme de tout ce qui est sous le soleil ; et par-lk il est très-propre aux âmes retirées du monde. C'est aussi pour cette raison que saint Jérôme le lisoit à sainte Blésille, pour lui en inspirer le mépris; et il en dédia la version, avec un excellent Commentaire, à sainte Paule et à sa fille sainte Eustoquie, si renommées dans toutes les Eglises pour avoir préféré Bethléem à Rome, et une humble retraite à toutes les grandeurs du monde.

Les histoires de Tobie, de Judith, d'Esther, de Job, et des Machabées, sont très-édifiantes. On peut voir, dans la personne de Judith, les avantages que produisent la chasteté et le jeûne ; et dans celle d'Hoioferne , les maux où l'on est plongé par l'intempérance.

Il y a des profondeurs dans de certains endroits du livre de Jol), qu'il n'appartient pas à tout le monde de pénétrer ; et il se faut contenter d'y observer, comme, au milieu des agitations que Dieu permet à l'esprit malin d'exciter dans cette sainte

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aiue, il revient toujours à Dieu et à sa bonté, où il met son espérance.

Celles qui sont plus versées dans les saintes Ecritures et dans la vraie piété, tireront beaucoup d'utilité de la Genèse , où se voit la toute-puissance de Dieu dans la création de l'univers -, la chute de nos premiers parens , et la malédiction du genre humain ; sa dépravation punie par le déluge ; la vocation, la foi et l'obéissance d' Abraham; les promesses du Christ à venir, faites à lui et aux patriarches ; la foi d'Isaac , celle de Jacob ; l'histoire admirable de Joseph , et les témoignages de la providence paternelle de Dieu, et autres choses semblables. On remarquera principalement dans l'Exode , et dans le reste du Pentateuque, l'endurcissement de Pharaon; les bontés de Dieu envers son peuple , avec ses ingratitudes châtiées dans le désert , et les extrêmes rigueurs de la justice divine ; les merveilles de Sinaï, lorsque la loi de Dieu y fut publiée, et les autres qui sont racontées dans ces divins livres ; avec la sagesse , l'autorité et la douceur de Moïse.

On passera plus légèrement sur les préceptes cérémoniaux, qui ne regardoient que l'ancien peuple, et n'étoient que des figures et des ombres : et pour la même raison , on pourra se dispenser de la lecture du Lévitique ; à la réserve du chapitre xxvi , capable de pénétrer des frayeurs de la justice de Dieu, les âmes les plus indociles et les plus rebelles.

On remarquera, principalement dans le livre de Josué et des Juges, la prompte vengeance de Dieu, lorsque le peuple est infidèle ; et le soudain retour de ses miséricordes , aussitôt qu'il revient à lui. Il faut observer, dans le livre des Rois la fidélité de Samuel , la punition des facdités et de l'excessive indulgence d'Héli, d'ailleurs très-saint pontife ; la

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désobéissance et les injustes jalousies de Saiil ; David, sa cle'mence, sa fidélité, son péché, sa pénitence; les merveilles du règne de Salomon , et sa chute déplorable , capable de faire trembler les saints; le schisme des dix tribus , l'aveuglement et les malheurs oii elles tombèrent pour s'être séparées du peuple de Dieu ; les prodiges de la vie d'Elie et d'Elisée; la protection que Dieu donne aux rois et aux peuples, lorsqu'ils sont fidèles à sa loi; sa longue patience, et enfin ses rigoureux châtimens. Les livres d'Rsdras découvrent le profit que fit le peuple saint des châtimens de Dieu, et les marques delà divine bonté envers ceux qui se repentent.

On pourra se préparer par cette lecture à celle des prophètes, parmi lesquelles les plus touchans sont Isaïe et Jérémie. Les chapitres lu et lui d'Isaïe contiennent tout le fruit de la passion du Sauveur. Les Lamentations de Jérémie apprennent aux âmes chrétiennes, sous la figure de la ruine de Jérusalem, à déplorer leur véritable malheur, qui est celui de perdre Dieu par le péché. On peut laisser les derniers chapitres d'Ezéchiel, depuis le xl.* jusqu'à la fin; on pourroit dire depuis le xxxviii.® : le reste se lira avec beaucoup d'édification. L'histoire de Susanne, avec la fidélité des trois jeunes hommes, édifiera beaucoup dans Daniel. On ne sauroit trop lire le chapitre ix, oii le mystère de Jésus-Christ est révélé. L'obscurité d'Osée n'empêchera pas qu'on n'en profite beaucoup , si, en laissant les mystères plus obscurs , on s'attache uniquement à ce qui regarde les mœurs, et la vive répréhension que Dieu fait des vices. On en peut dire autant à proportion des autres prophètes.

Pour découvrir le fd de l'histoire sainte, on peut se servir utilement du Discours sur l'Histoire uni-

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verselle. Le petit récit de la suite du peuple de Dieu , au commencement du second Catéchisme de Meaux, sera aussi fort utile; aussi bien que le Cate'chisme historique de M. l'abljé Fleury. 11 faut être persuade' que les plus giandes difficultés qu'on trouve dans l'ancien Testament, viennent des mœurs et des coutumes particulières de l'ancien peuple.

On trouvera, en quelques endroits de l'Ecriture, certains récits et certaines expressions , auxquels il n'est pas nécessaire que tout le monde s'attache. Le Saint-Esprit a eu ses desseins en les insérant dans les saints livres; et ces sortes d'expressions tendent toutes , ou à inculquer quelques vérités , ou à inspirer l'horreur des grands crimes. Mais comme elles peuvent faire d'autres effets dans les âmes foibles , il faut passer par -dessus légèrement, et prendre bien garde surtout à ne s'y arrêter pas par curiosité; car Dieu frapperoit terriblement ceux qui abuseroient jusqu'à cet excès de sa parole, et qui feroieut servir de matière à leurs mauvaises pensées, un livre qui est fait pour les extirper.

Si l'on trouve dans les saints livres quelque chose qui ressente quelque vice ou quelque péché; comme le mensonge , il faut croire , ou que c'est un mystère que tout le monde n'est pas capable de pénétrer; ou en tout cas , que cela ne doit servir ni de règle ni d'excuse; puisque, par un effet terrible de l'infirmité humaine , les SEÛnts peuvent avoir fait quelques fautes au milieu de leurs plus belles actions ; et que nous ne devons vSuivre de toutes leurs vies que ce qui est conforme à la loi de Dieu. La plus utile observation :^u'il y ait à faire sur la lecture de l'Ecriture, est de s'attacher à profiter de ce qui est clair, et de passer ce qui est obscur, en l'adorant , et soumettant toutes ses pensées au jugement de

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l'Eglise. Par ce moyen , on tire autant de profit de ce qu'on n'entend pas que de ce qu'on entend; parce qu'on se nourrit de l'un, et on s'humilie de l'autre.

La traduction de l'ancien Testament , attribuée à M. de Sacy, est fort approuvée ; et les notes dont elle est accompagnée fournissent beaucoup de quoi nourrir la piété.

On peut permettre aux religieuses , et autres âmes fidèles, la lecture des livres de l'Ecriture, à peu près dans l'ordre qu'ils sont rapportés dans cette instruction ; afin que chacun prenant cette divine nourriture selon sa disposition , elle profite à l'accroissement spirituel de tous ceux qui la recevront.

A l'égard des autres livres de piété, ceux qui traitent des choses de science, ou qui ont donné matière à de grandes contentions , ne sont guère propres à des religieuses, ni au commun des fidèles ; quand il n'y auroit autre chose que parce qu'on les lit ordinairement plutôt par curiosité que pour l'édification. Les autres livres, qui paroissent avec les marques de l'approbation publique , peuvent être lus sans scrupule , selon qu'on voit qu'on en profite. Je n'entre point dans le détail, qui seroit infini; et je me contente de dire ce qu'il faut penser des livres que je trouve dans chaque communauté, sans vouloir exclure les autres qui auront une pareille approbation.

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