CHAPITRE II
Nouvelle chicane de M. Simon pour faire trouver dans saint Augustin de l'appui aux sociniens.
Voici encore un nouveau zèle de ce gi'and critique contre les sociniens, et toujours aux dépens de saint Augustin. Ce Père ^ dit-ï[i^\ donne hsm'nt Paul une explication qui indique que Jésus-Clirist n'est pas 'véritablement Dieu, mais seulement par participation et qui nous éloigne d'une preuve solide de la divinité. On doit beaucoup à M. Simon qui relève saint Augustin d'une faute si capitale. Mais enfin, sur quoi est fonde'e une accusation si griève ? C'est, ditil , que saint Augustin en expliquant ces premiers mots de Tépître aux Galates , Paul apôtre, sonfak
LES HOMMES NI PAR l'hOMMÊ , MAIS PAR JÉSUS-ChRIST
ET Dieu le Père qui l'a ressuscité des morts KV , marque l'avantage de l'apostolat de saint Paul , en ce que les autres apôtres avoient été choisis par Jésus-Christ encore mortel et tout-à-fait homme , sans que la divinité éclatât encore; au lieu que saint Paul l'awoit été par Jésus-Christ ressuscité y c'est-àdire , par Jésus-Christ tout-à-fait Dieu et entièrement immortel j totum jam Deum et ex omwi parte iMMORTALEM (3), Qucl aveuglc n'entendroit pas dans cette expression de saint Augustin, que Jésus-Christ est tout-à-fait Dieu , lorsqu'il est tout-à-fait déclaré tel , et qu'il ne reste plus rien de foible ni de mor-
V') P. aS;.— W Gai. i.— • C') Comm. in Epist.ad Galat. n. i.
tel dans sa personne adorable ? Mais le sévère M. Simon ne lui pardonne pas une expression si innocente et même si noble; et toujours prêt à redresser saint Augustin , non-seulement sur la matière de la grâce , mais encore sur celle de la divinité de Jésus-Christ, il en veut paroître plus jaloux qu'un Père qui l'a défendue avec tant de force.
Mais enfin, dit ce faux critique, ce Père éloigne une preuve de la divinité de Jésus-Christ. Au contraire, il la fait valoir; lorsqu'il montre en quelle sorte l'apôtre a pu dire, que Jésus-Christ, lorsqu'il l'appelle du haut du ciel, n'étoit plus un homme mortel , mais qu'il étoit pleinement déclaré Dieu ; et il n'y avoit point d'autre moyen de prouver , par ce passage de saint Paul, la divinité de Jésus-Christ.
Le critique continue, et il objecte à saint Augustin qu'il a dit : totum jam Deum : Jésus-Christ ressuscité est tout-à-fait DieUy ce quir nous marque que dans les jours de sa vie mortelle, il ne l'étoit qu'en partie. Chicaneur, ne voyez-vous pas que cette totalité dont parle ce saint docteur , n'est que la totalité de la manifestation ; et si saint Augustin doit être repris d'avoir parlé de cette sorte , il faut donc reprendre aussi ceux qui chantent à Jésus-Christ , dans l'Apocalypse, après sa résurrection : H Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la fiirce , la divinité, la sagesse et la puissance {^) j comme s'il n'avoit pas toujours eu cette force , cette sagesse , cette puissance et même la divinité, selon la leçon présente de notre Vulgate : il faut reprendre Jésus- Christ même , lorsqu'il dit : Mon Père , je retourne
à VOUS (•) : et encore : donnez-moi la gloire dont je fouissois dans votre sein devant que le monde fut : M. Simon lui devroit dire qu'il ne parle pas correctement, puisqu'il n'avoit jamais été privé de cette gloire, et qu'il avoit toujours été avec son Père.
Le critique s'oublie lui-même et la bonne foi, jusqu'à tirer avantage de ce que saint Augustin , dans ses Rétractations (2) , a retouché ces paroles de son Commentaire sur l'épître aux Galates , et que reconnoissant son expression cofnme peu exacte , il a tdclié de t adoucir. Il se trompe , saint Augustin ne change rien, il n'adoucit rien, son explication étoit correcte ; mais parce qu'il prévoyoit que àe& chicaneurs ou des ignorans pourroient abuser de ses paroles, ce Père qui dans ses Rétractations pousse , comme on sait , jusqu'au scrupule l'examen qu'il fait de lui-même, va au-devant des plus légères difficultés, jusqu'à n'y vouloir laisser aucune ouverture, pas la moindre j et sous un si mauvais prétexte, viendra un téméraire censeur avec une fausse critique et une aussi fausse sévérité, pour lui reprO' cher quil a lui-même reconnu qnil ne parloit pas exactement. N'est-ce pas là faire un beau profit des précautions et de la prudence d'un si gi-and homme?