SAINT CAMILLE DE LELLIS
gnes en sont FOcéan sans limites. » Après cela, Messieurs, vous étonnerez-vous que, dès que le Bienheureux était aperçu de loin par les bouviers et les chevriers des Alpes et des Apennins, c'était à qui crierait le plus fort, levant les bras : « Vive le Père Camille! » Il est encore, en Italie, le saint le plus populaire de cette terre des saints.
Il ne lui manquait plus, pour la consommation de sa haute sainteté, que de se démettre de sa dignité de supérieur général, et de se cacher dans un hospice, comme un simple infirmier, en répétant à ses frères la parole divine : Aimez-vous les uns et les autres. « Je suis, disait le vieillard, comme ces clercs de village, lesquels ne savent lire d'autres livres que leurs missels. Ainsi ne sais-je parler que de la charité. »
Il mourut au service héroïque de cette vertu, selon sa belle maxime : « La gloire du soldat, c'est de mourir sur le champ de bataille ; celle du marin dans les flots, et celle d'un serviteur des malades à Thôpital. » Sa dernière parole à Dieu fut : « Seigneur, mon Dieu, que je vous remercie ! » Sa dernière parole aux hommes, adressée à son médecin : « Monsieur Galliano, un autre Médecin m'attend ; et celui-là confère l'immortalité ! »
Maintenant, Messieurs, les disciples de ce maître en amour de Dieu et du prochain sont répandus dans les deux Mondes. Il y en a en Amérique; il y en avait, hier, dans l'Afrique centrale; et deux des Pères Camilliens que nous possédons parmi nous ont échangé le soleil de feu du Kordofan
contre le soleil souvent voilé de notre Lille. En France, ils ne possèdent encore que trois fondations récentes : celle d'Autun depuis 1870, celle de Lyon depuis 1874; celle de Lille est la troisième. Mais on peut déjà voir poindre à l'horizon de notre pays l'espérance d'établissements semblables, à Cannes et à Bordeaux. Même on peut prévoir le jour où notre sœur, l'Université catholique de Paris, mise enfin en possession d'un hôpital fondé en vue hypothétique de sa Faculté de médecine, pensera à faire appel au dévouement de ces dignes Pères, qui seront pour son œuvre ce qu'ils sont pour la nôtre, un secours, un honneur, une bénédiction.
Je lis en substance dans les constitutions de leur Société : « Le but principal de l'ordre, c'est la pratique de la charité évangélique envers les malades de tout genre, dans les cas de maladie ordinaire, comme dans celui de contagion ou de guerre, dans les hôpitaux et dans les maisons particulières, aussi bien que dans les lazarets et sur les champs de bataille. Tous les religieux s'y obligent par un vœu solennel et au péril même de leur vie. » — Ce vœu, vous le remarquerez, c'est dans sa simplicité le vœu de l'héroïsme.
« L'ordre se compose de Pères et de Frères, vivant en communauté.
« Les Pères s'occupent plus particulièrement des soins spirituels à donner aux malades, soit dans les hôpitaux soit même dans les maisons particu-
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lières où ils sont appelés pour assister les mourants et faire la Recommandation de l'àme des agonisants. Les Pères acceptent aussi le service des églises et le saint ministère partout où les besoins du clergé les appellent, sans qu'il leur soit permis d'accepter pour eux-mêmes aucune dignité ecclésiastique.
« Les Frères aident les Pères dans leur ministère et se chargent plus spécialement des soins corporels à donner aux malades.
« En outre de ces religieux de l'un et l'autre rang, on admet aussi, sous le nom d'oblats, les hommes charitables qui, pour l'amour de N.-S. Jésus-Christ, l'Homme de douleur, viennent, volontairement et sans vœu, s'employer dans ces maisons au même ministère. »
Voilà ce qu'ils sont, Messieurs. Maintenant ce qu'ils ont fait déjà au milieu de nous, je ne puis que l'esquisser.
Préposés au Dispensaire établi rue des Fossés, 11° 32, ils s'y sont mis au service des malades qui viennent prendre là les consultations gratuites données par nos professeurs, et recevoir tous médicaments, pansements, et secours nécessaires et compatibles avec un traitement pratiqué ensuite dans leur domicile privé. Nos élèves en médecine y viennent puiser tour à tour auprès d'un professeur spécial l'enseignement correspondant à cha- } que maladie ou infirmité, avec Texemple du dé- I vouement, de Tamour sacré du pauvre, du respect^ de ce que Bossuet a nommé « l'éminente dignité
des pauvres dans l'Église ». Cet enseigoementlà, ce sont beaucoup nos Pères Gamilliens qui le donnent.
Messieurs, il est raconté, dans le saint Évangile, que le Bon Samaritain non content de verser l'huile et le vin sur les plaies de son blessé, le long du chemin, le prit ensuite sur son cheval, et lui donna asile dans une hôtellerie. C'est à cette seconde partie de leur œuvre charitable que pensent aujourd'hui nos bons Samaritains. Impuissants à atteindre tous les malades de cette ville, ils ont formé, eux aussi, le projet de leur ouvrir une hôtellerie, par la fondation d'une Maison de santé.
Près des terrains destinés à recevoir les constructions de l'Université catholique de Lille, le long de la rue de la Bassée, s'étend un fond d'environ 6.000 mètres qui vient d'être acquis pour les Pères Gamilliens. C'est là, non loin de notre future cité universitaire, que s'élèvera la Maison dont le plan provisoire se trouve annexé à ce rapport. La construction commencera, comme de juste, par la chapelle, la communauté, quelques chambres de malades, et surtout le Dispensaire. L'hospice se continuera ensuite progressivement. Et qu'il est désirable qu'il s'ouvre bientôt! Combien de malades sans famille, ou à qui la famille n'offre que peu de ressources, veufs, célibataires, vieillards, anciens serviteurs pensionnés