SA GRANDE NECESSITE
Une autre vérité — et celle-là est un hommage, — c'est que le clergé s'y emploie avec une ardeur de zèle, un acharnement de courage, qui ne regarde à aucune dépense ni de temps ni de forces. Et cependant, qui ne le voit? ni le temps, ni le zèle n'y suffisent; et en face de ces recrues d'enfants que chaque année envoie ou devrait envoyer au prêtre, surtout dans les grandes villes, nous sommes obUgés d'avouer que le nombre de nos prêtres est trop petit, que nos heures sont trop courtes, que nos forces défaillent. C'est partout le messis qiiidem midta et Voperarii autem pauci de l'Évangile. C'est partout le même cri : « Nous sommes débordés! »
Je vous épargne. Messieurs, le tableau de ce qui résulte de cet encombrement. Voici cinq ou sept cents enfants qu'il faut connaître, catéchiser, réconcilier pour la première Communion; car tel est le chiffre moyen de nos recrues annuelles dans ces agglomérations qu'on est convenu d'appeler, dans ce pays, de grosses paroisses, et qui seraient ailleurs de vastes chrétientés! Comment voulezvous que, dans cette innombrable bergerie, le meilleur des pasteurs arrive à connaître ses brebis nominatim, comme le veut l'Évangile? J'entends par là connaître leurs âmes, leurs intelligences, leurs dispositions, pour qu'il leur soit distribué ne fût-ce que le minimum de science nécessaire, indispensable, pour la réception des sacrements. Comment surtout s'opérera cette formation spirituelle à la vie de piété, qui fait passer la doctrine
96 LES CATECHISTES VOLONTAIRES.
de la tête dans le cœur, surtout dans la conscience, et qui donne à la foi les racines de l'amour?
Ah! qu'il faut plaindre le prêtre qui, arrivé là plein de zèle et d'espoir, se voit bientôt, devant ces centaines d'enfants, réduit à faire réciter tant bien que mal la lettre du catéchisme, l'entremêlant le plus souvent de répressions, de réprimandes et de corrections, qui viennent forcément former, avec l'enseignement de la loi de douceur, le moins aimable des contrastes! Il faudra bien pourtant, le jour venu, que le jury paroissial constitué pour l'examen amnistie cette insuffisance, sous peine d'être obligé de repousser par vingtaines de malheureux enfants qui ne reviendraient plus...
Mais non, ne plongeons pas si avant dans cette plaie vive de notre ministère. Ne nous demandons pas quel bien recueillera Fenfant d'un cours d'instructions où il aura trouvé plus d'ennui que de charme? Ne nous demandons pas quel souvenir et impression cet infortuné en gardera pendant toute sa vie? Ne nous demandons pas surtout ce que sera cette vie... on ne le devine que trop!
A ce malheur involontaire, il y aurait un remède : ce serait que le nombre des prêtres se multipliât, et que cet accroissement permit une répartition moins surchargée du travail. Mais il faut en convenir : si, dans notre Nord, le chiffre de la population suit encore une progression ascendante, la proportion, hélas! n'est pas la même pour le chiffre des ordinations. Prions Dieu que ce