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INDISPENSABLES AUXILIAIRES

chiffre se relève; mais ce n'est pas, que je sache, robligation du service militaire pour les clercs qui le fera monter; à moins qu'il plaise au Ciel de renouveler le miracle qui du sang des martyrs faisait germer dans l'Église une moisson de chrétiens.

Je sais bien qu'à côté du catéchisme du prêtre, du catéchisme à l'église, il y a le catéchisme préparatoire de l'école, le catéchisme du religieux et de la religieuse, le catéchisme du maître et de la maîtresse dévoués. Et que nous serions ingrats d'en méconnaître le bienfait! Quelle est la ville, la paroisse où ne soit en bénédiction le nom de tel Frère, de telle Sœur entre les mains desquels l'enfant le plus inculte se façonne, se transforme si bien que, au moment de l'examen, on est tout émerveillé de voir ce pauvre esprit, hier enveloppé de ténèbres, presque transfiguré en esprit de lumière. Je sais aussi, Messieurs, de quel secours sont ces pieux et indispensables auxiliaires pour la surveillance et la bonne tenue de leurs enfants au catéchisme paroissial. Je sais tout cela, mais je sais aussi et vous savez comme moi : 1" que le maître même le plus excellent ne peut préparer que les enfants de son école, et que tous n'y viennent pas; 2" que lui aussi, comme le prêtre catéchiste, est accablé sous le nombre et qu'il ne peut se donner à chacun individuellement; 3^ que, soit à l'école, soit surtout en dehors, il y a de nombreux enfants que leur inintelligence, leur négligence, leur misère, leur indiscipline ou l'incurie de leur

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famille prive de la doctrine chrétienne, et conséquemment de Jésus-Christ reçu dans son Saint- Sacrement. Or, ne fût-ce que pour ceux-là, — et qui en dira le nombre? — je demande que le dévouement privé vienne compléter ce que l'enseignement scolaire ne donne pas.

Mais que parlé-je de compléter? Je raisonne encore dans Thypothèse du catéchisme enseigné dans l'école communale. Mais voici que le catéchisme en doit être proscrit, et cette proscription est à la veille d'obtenir force de loi ! Dans quelques mois, le coup sera porté : ni nos indignations, ni nos protestations n'y changeront quoi que ce soit. Sans doute, quelque amendement pourra bien se produire au cours de la discussion; peut-être arrachera-t-on au vote du Parlement quelque atténuation, plus apparente que réelle, tout juste ce qu'il faut pour laisser à ceux qu'on nomme les conservateurs l'illusion ordinaire de croire qu'ils ont tout gagné du moment où ils n'ont pas tout perdu. Mais au fond, soyez sûr que le mal voulu y sera : le christianisme exclu du programme, et le prêtre exclu del'école. Le mal voulu, vous dis-je. Ce que veulentles législateurs, ce que les loges ont décidé dans leurs conseils occultes, c'est de creuser entre le prêtre et l'enfant un abime infranchissable, un abîme d'ignorance, un abime de ténèbres, afin que l'en-

fant ne puisse passer outre pour aller se jeter dans les bras et sur le cœur de son Dieu, le Dieu de la première Communion 1 Or, cet abîme, qui le comblera? Qui jettera un pont entre Jésus-Christ et cette âme, entre l'Église qui nous crie le Sinite parvulos venire ad me, et l'État qui y met ses cruelles et pharisaïques prohibitions, Et prohîbebant eos ?

Voilà la question , Messieurs : question fondamentale, générale, vitale, universelle, celle de nos destinées religieuses en France : Et voilà ce qui donne à la proposition que je vous apporte ici non seulement sa raison d'être, mais son urgence pleine d'angoisse. Affaire de salut, affaire de vie ou de mort, de vie ou de mort éternelle, pour des myriades d'enfants condamnés à mourir de faim, qui tendent les bras vers vous et qui vous demandent le pain de la parole de Dieu.

Éloquent rapprochement qui donne à cette vérité un relief éclatant! Il n'y a pas un mois, le Souverain Pontife, dans une Constitution adressée aux évêques d'Angleterre, rappelait qu'aux pasteurs de l'Église appartient la direction supérieure des écoles d'enfants. Et le Saint-Père ajoutait, en rappelant une Lettre de son grand prédécesseur Pie IX, « que l'instruction religieuse y

devait dominer, à ce point qu'auprès d'elle les

autres connaissances devenaient accessoires^ ».

Or, c'est quelques jours après cette revendica-

1. Pie IX à l'Archevêque de Fribourg, 14 juillet 1864. — LéonXIH. onslitution aux évèques et religieux d'Angleterre, mai 1881.

ynWersItat

IIBLIOTHECA

tion pontificale de notre droit et cette intimation de notre premier devoir, presque hier, le 10 juin, qu'en France, un projet de loi néfaste, émanant du Gouvernement, exilait l'enseignement religieux de ces mêmes écoles primaires, et que la seule science nécessaire au salut n'obtenait pas même, dans le programme de l'école, l'honneur d'une place accessoire entre toutes les sciences.

En vain des voix convaincues se sont élevées, pour protester par ces fatidiques paroles : « Vous arriverez fatalement à l'école sans Dieu, sans âme; à l'école athée : c'est la pente nécessaire sur laquelle vous glisserez^ ». En vain ont-elles démontré que « l'instruction obligatoire séparée du catéchisme, ce serait bientôt Tir religion obligatoire ». Il leur a été répondu officiellement « qu'il est temps que l'école cesse d'être la servante de l'Église, ou que l'Église cesse d'être la rivale de l'État sur le terrain de l'école ». Et comme, pour exprimer cette situation ou voiler un peu l'odieux de ce divorce, un mot était nécessaire qui le couvrit d'un mensonge doublé d'une absurdité, on mit en avant l'hypocrite grand mot de neutralité.

L'arrêt mortel sera donc signé. Rendu exécutoire dans un avenir prochain, il sera exécuté sans grande opposition : j'en ai le triste présage dans la facilité avec laquelle le premier vote a été obtenu; j'en ai la preuve plus triste encore dans l'apathie

1. M. le duc de Broglie. Discours au Sénat. Séance du 10 juin.

avec laquelle la France catholique a reçu, pour ses fils et ses filles, l'annonce de leur condamnation à mourir d'inanition spirituelle, sans que le moindre souffle vint rider la face de l'opinion, tandis qu'à une autre époque, un tel acte d'oppression eût soulevé une tempête d'indignations dans les consciences chrétiennes.

Je sais bien qu'un amendement est intervenu. Je sais qu'un grand catholique, dont le nom ne peut être prononcé parmi vous sans l'applaudissement de la reconnaissance, M. Lucien Brun, est venu proposer « qu'au moins, sur la demande des u parents, les ministres des cultes ou leurs délé- « gués, agréés par le conseil départemental, les « instituteurs quand ils y consentiront, puissent « donner des instructions religieuses dans les (( locaux scolaires, en dehors des heures de classe, (( en se conformant au règlement d'ordre inlé- « rieur qui sera dressé par le conseil départemen- « tal ». Rendons hommage à l'orateur qui, si ferme sur les principes, a su cependant condescendre, pour l'amour de l'Église, « à comprimer et faire taire son indignation, à oublier sa souffrance, pour sauver », comme il disait, « cette « dernière et pauvre épave de la liberté ». Mais ne nous y trompons pas : ce minimum de tolérance qu'il demandait par grâce, lui-même a dû le renfermer dans de telles limites, le soumettre à de telles conditions, l'enchaîner à de telles dépendances, qu'il ne pouvait s'en dissimuler l'inefficacité. La preuve en est dans son texte même;

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et s'il en fallait une autre, je la trouverais dans la dédaigneuse facilité avec laquelle cette concession lui fut abandonnée, comme fiche de consolation^.

Gela se passait le 12 juin. Eh bien! lorsque quinze jours après, un prêtre vient vous demander de vous préoccuper de la catéchisation de ces enfants dépossédés de leur Dieu par l'État-Dieu, il me semble, Messieurs, que, de ce chef, il se trouve dispensé d'un autre exposé des motifs. Et quand, au lendemain de la première discussion de cette loi, un Congrès eucharistique, un Sénat de communiants, met à son ordre du jour la question des Catéchismes de première Communion, il me semble qu'elle s'impose non plus seulement à vos délibérations, mais à vos résolutions.

Ah! sans doute, c'est trop peu encore. Et au lieu de se borner à des leçons de catéchisme, il serait souhaitable que partout on pût opposer l'école libre et catholique à l'école officielle, à l'école sans Dieu. Vous l'essayez. Messieurs, vous y réussissez merveilleusement ici et dans quelques grandes villes. Mais dans les villes moins chrétiennes ou de moindres ressources, mais dans les communes rurales, où le petit nombre des élèves ne permet pas deux écoles concurrentes, où sera le correctif de l'école soi-disant neutre? Hélas ! Messieurs, quoi que nous fassions, celle-ci subsis-

1. Dans une seconde discussion de la loi au Sénat, l'amendement de M. Lucien Brun a été repoussé.

tera, elle prospérera, soutenue qu'elle est par TÉtat, le budget de l'État, la faveur de FÉtat, sans parler de l'appui qu'elle trouve dans la menace, l'intérêt et les mauvaises mœurs.

Or, le catéchisme uue fois exclu de l'enseignement public, où les enfants le trouveront-ils? Vous me dispensez de la réponse : les faits ont parlé pour moi. On m'affirmait ces jours derniers que , depuis que le Conseil municipal de Paris avait fait ses écoles à son image et ressemblance, il s'était vendu dans cette ville, la Ville-Lumière, dix mille exemplaires du catéchisme de moins que dans les années précédentes! Tel est le sort qui attend partout ou à peu près le cher et malheureux livre, lequel, à l'instar de Paris, ira rejoindre partout les crucifix et autres objets du « mobilier scolaire » sur l'ignoble tombereau qui porte à la voirie les derniers symboles d'une foi dont les enfants eux-mêmes n'auront que faire.

Eh bieni les choses étant ainsi, ne comptons plus que sur nous. Là où nos institutions sont détruites et ne peuvent renaître par l'action officielle, provoquons et faisons l'effort individuel. A défaut des instituteurs, ayons des catéchistes.

L'Église les organisa autrefois et s'en fit une force contre le paganisme de l'empire des Césars. Pourquoi ne ferions-nous pas de même en face du paganisme de la Révolution?

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Car ce n'est pas, Messieurs, une innovation que l'organisation de ce corps auxiliaire de l'armée de la vérité. Elle date du berceau même de notre Religion; et si je ne craignais de paraître ici me tromper de chaire, j'aurais plaisir à vous rappeler ce qu'était cette antique institution des catéchistes dans ces vieux siècles chrétiens. Je ne parle pas seulement de ces illustres apôtres : Didyme, Pantenus, Origène, Clément qui, bien que laïcs, alors, du moins pour la plupart, enseignaient cependant leurs frères dans les assemblées. Mais je parle de ces catéchistes privés, instituteurs bénévoles du foyer, quelquefois même de la rue et de la place publique, et que l'Orient désignait sous le nom de nautologues^ parce qu'ils recrutaient l'équipage et les passagers du navire dont on faisait le symbole de l'Église. Je parle de ceux que l'Occident nommait Peines du symbole ow Maîtres du symbole: Patines symboli, symboli doctores, parce que leur tâche était d'apprendre aux catéchumènes le symbole des apôtres, puis de les conduire à l'évêque avant le baptême, pour répondre auprès de lui de leur instruction. Aussi les appelait-on les offrants ou présentants, offerentes; les garants de la foi, fide jussores, fidei dictores. Catéchistes avant le baptême, parrains ou susceptores au baptême, patrons et cautions après, ils continuaient leur patronage auprès des néophytes : lllos neophytos, disent les historiens, non mox a suscepto baptismo deserebant, sed in suam curam recipiebant; prolongeant et complétant ainsi le bienfait

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