M^"" Dubar, de Roubaix, vicaire apostolique en Chine
venez de voir ses racines dans la religion, dans l'histoire, dans la tradition : voulez-vous en voir les fruits?
Il y en a pour tout le monde, car vous rendezvous bien compte de l'influence qu'exerce une telle pratique sur les enfants et les parents, soit vis-à-vis les uns des autres, soit vis-à-vis d'euxmêmes? C'est une transformation de leurs rapports réciproques. Avec elle et par elle tout se relève au foyer, tout monte, tout se divinise. C'est une maison et une autre que celle où Ton bénit et celle où l'on ne bénit pas ; et la distance de l'une à l'autre est celle du ciel à la terre : Toto cœlo, comme disaient nos pères.
D'abord le respect des enfants pour les parents y trouve, rappelée quotidiennement dans un auguste spectacle, sa raison supérieure; car c'est là qu'il apprend à remonter à une source bien autrement élevée que les droits de la nature et l'autorité du code. Là le père apparaît comme le représentant de Dieu; dont il est le ministre. Pour cet enfant à genoux sous votre bénédiction vous avez la tête dans le ciel. C'est un ministère de prêtre que vous accomplissez, et cette imposition de vos mains une sorte de sacrifice célébré pour lui chaque soir : Elevatio mariuum tuarum sacrifîcium vespertînum K
1. Moroni l'explique bien : Il padre rappresenla in famiglia il Padre noslro cli'è ne'cieli. Egli possiede una grazia, in certa guisa, corne il sacerdole. La benedizione sopra i figli, è l'allo supremo dellautorità paterna. La benedizione d'un padre, et con propor-
Ainsi, désormais le foyer domestique lui est un lieu auguste comme un sanctuaire, les paroles de son père des oracles sacrés, les genoux de sa mère un autel. Et c'est de la piété encore que son affection pour vous : la piété filiale.
Ainsi nourrie chaque jour de pareils sentiments, cette affection grandit : elle ne saurait plus périr. Cette croix tracée sur le front de votre enfant, y marque votre prise de possession de son âme : elle vous restera fidèle. Et plus tard, qui sait? quand, par delà les distances, par delà les tombeaux, ou bien encore par delà d'autres séparations hélas! et d'autres écarts, il cherchera dans son souvenir quelque image de vous, c'est dans cette fonction de chaque soir qu'il vous reverra, qu'il vous reconnaîtra. Et le respect que cette image lui rendra de son père de la terre, le ramènera à celui que vous lui appreniez à avoir pour son Père du ciel.
J'ajoute, Messieurs : si c'est là, sous votre bénédiction, que votre enfant apprend à vous respecter, c'est là aussi qu'il apprend à se respecter luimême. Cette bénédiction qui, comme je viens de vous le dire, vous montre si grand à ses yeux, ne lui impose-t-elle pas à lui-même le devoir d'être digne d'elle, digne de votre nom, digne de vous? En se relevant de dessous votre main bénissante,
zione d'una madré, pronunziata sui figli è una preghiera che sale al cielo e vi è esaudita quandô ne sono degni. Percio vi è l'uso di bacciar le mano ai genitori. [Moroni, Dizionario, ail' Indice : Benedizione.)
ne se sentira-t-il pas l'obligatioQ d'en conserver rinviolable empreinte? Ne se dira-t-il pas que le front marqué, sanctifié par le signe de la croix ne doit pas être profané ; ni avoir à rougir, le soir, sous la question silencieuse de votre regard?
Et puis, cette bénédiction, il faut l'avoir méritée, car c'est une récompense. Ce sacrement domestique, si j'osais l'appeler ainsi, c'est un sacrement des vivants : il faut être en état de grâce pour le recevoir; et c'est pourquoi il requiert préalablement, à défaut de l'innocence, la confession au prêtre ou à la prêtresse du foyer, qui sont le père et la mère, avec la contrition et un commencement de satisfaction.
C'est donc l'heure salutaire des aveux, des pardons, des avis que cette heure solennelle; et l'on n'est pas béni si l'on n'est pas corrigé ou tout au moins repentant. Dès lors, quel puissant auxiliaire, dans l'œuvre de l'éducation! Tel écolier, rentré le soir du collège à la maison avec des notes déplorables, eut beau se présenter à cette bénédiction; on l'écarta de la main. Il eut beau ensuite supplier, se raidir, se cabrer; il ne fut pas béni. Il fallut aller se coucher. Mais dormir ce fut autre chose; et au bout de trois quarts d'heure, sa mère le vit revenir, pleurant, sanglotant, lui criant à genoux : « Je ne vous quitterai pas que vous ne m'ayez béni. » C'était la parole que Jacob disait à l'ange contre lequel il avait lutté : non dimittam te, nisi benedixeris mihi. La mère fit comme l'ange : vous auriez fait de même. Mesdames.
Parfois aussi ce sont des aveux d'un autre genre, des larmes d'une autre source, des blessures d'une autre profondeur, des remontrances d'un autre ordre, plus douloureuses, plus graves qui attendent ce moment inévitable pour se produire utilement. Et on a vu plus d'une fois la croix du père et de la mère descendre avec des pleurs sur le front d'un enfant prodigue, mais qui ne voulait plus l'être.
Enfin c'est aussi l'heure des confidences religieuses : un fils et une fille qui ont entendu dans leur âme le secret appel de Dieu, n'ont pas de moment plus intime et plus sacré que celui-là pour révéler enfin à leurs parents tremblants le secret de leur vocation et de leur destinée. Ici encore, Messieurs, je parle de souvenirs ; je ne sors pas de chez vous, et je pourrais refaire le tableau qu'une mère chrétienne, tout récemment rappelée à Dieu, me traçait de la soirée où son jeune fils de dixhuit ans, venu pour recevoir sa bénédiction habituelle, lui laissa lire, dans ses yeux plus encore que sur ses lèvres, le secret du sacrifice qui le vouait pour la vie au sacerdoce de Jésus -Christ, et où, prenant tout son courage, elle lui fit, parmi ses larmes, une imposition des mains qui préludait à celle que le Pontife de Jésus-Christ fera demain peut-être sur cette même tète...
Mais si cette bénédiction est bonne et profitable à celui qui la reçoit, n'est-elle pas aussi grandement bienfaisante à celui qui la donne? Est-ce
qu'elle ne lui imprime pas le respect de lui-même? Est-ce qu'en lui rappelant qu'il est la représentation de Dieu dans la famille, elle ne lui enseigne pas que l'ambassadeur doit êlre digne de son Prince? Est-ce qu'un père qui bénit ne se sent pas obligé par la grandeur de cet acte? Toute la tenue de sa journée ne restera-t-elle pas sous l'influence du ministère qu'il a exercé le matin, et qu'il exercera le soir? Peut-il être un être auguste, durant ces quelques minutes, et un être vulgaire pendant le reste du jour? Ne doit-il pas quelque révérence à ces mains qui reposeront sur le front de l'innocence, et desquelles doivent tomber des bénédictions? Et quand il verra ses enfants inclinés devant lui, n'est-ce pas alors qu'il se sentira le devoir d'être prêtre pour eux, et qu'il comprendra que Dieu lui a donné charge d'âmes?
Dès lors, est-ce que le devoir de l'exemple, est-ce que le devoir moral ne s'imposera pas à lui avec une majesté et une force surhumaine? Est-ce qu'au sortir de fonctions presque sacerdotales, il lui sera permis d'être léger et vain? Je ne dis rien de pire.
J'ai parlé du devoir moral. Mais n'en sera-t-il pas de même pour le devoir religieux? En effet, le devoir de la foi et de la pratique chrétienne n'est-il pas la conséquence première et comme forcée de cette dignité et de ces attributions? Ah! Messieurs, qu'un père qui bénit puisse demeurer étranger à Celui dont il est en ceci le mandataire ; qu'il ne croie pas en lui, qu'il ne l'aime pas, qu'il
ne le prie pas, qu'il ne le reçoive pas : je ne saurais me le figurer. Ce serait le cas de dire avec Pascal : « Une telle indifférence m'étonne et m'épouvante, c'est un monstre pour moi. »
Mais non, je sais à qui je parle, cela n'est pas chez vous. Un de vous me disait dernièrement : (( Quand mes enfants s'étonnent de me voir partir pour aller entendre la messe chaque jour, je leur réponds : Mais il faut hien que j'aille chercher ce matin les bénédictions de Dieu que je vous donnerai ce soir. » Voilà, en effet, la source de votre sainte puissance; voilà le lien qui rattache le foyer à l'autel; on ne saurait les séparer. Et, si un père se trouvait, un père bénissant, qui, par la plus étrange des inconséquences, hésitât encore dans la foi et dans le devoir chrétien, son obstination ne tiendrait pas longtemps devant l'avertissement que ce signe de la croix dont il marque ces fronts chéris, c'est le « le signe du chrétien », et que (( le chrétien est celui qui, étant baptisé, croit (( et fait profession de la doctrine chrétienne ».
Concluons. Si ces graves devoirs et ces intérêts vous touchent; si ce que l'histoire et la religion nous apprennent de cette bénédiction vous l'ont rendue vénérable; si vous êtes pénétrés de ce qu'elle peut avoir d'action salutaire sur les parents et les enfants, il ne me reste plus qu'à vous demander pour elle place d'honneur et fidélité à tous les foyers chrétiens.
Vous l'accomplirez donc, selon le rit simple, familier et religieux que je demande la permission