LA SAMARITAINE
fières de vous retrouver, Messieurs, après le spectacle de tant d'abaissement, terme fatal de si funestes entraînements.
Qu'est-il arrivé de là, mes frères? Il est arrivé que, dans la seule année qui vient de s'écouler, Tannée 1890, l'œuvre de la Samaritaine a fait célébrer devant l'Église trois cents mariages, et fait reconnaître et légitimer cinq cents pauvres enfants issus de ces unions. Retenez ce chiffre, mes frères! Voilà ce que neuf zélatrices ont pu faire. A combien de centaines de visites, à combien de démarches et d'instances, à combien de longanimité et de charité surtout correspond un tel chiffre? Dieu seul connaît ce compte, et il s'en souviendra.
Aussi bien si, l'entreprise n'est pas facile, le résultat n'est pas prompt, non plus, vous pouvez le comprendre. Il y en a parmi ces gens qui ne se rendent qu'à l'extrémité, après un siège de plusieurs mois, de plusieurs années quelquefois. Les raisons ou les prétextes pour retarder ne font pas défaut : l'habitude, la honte des familles, la pauvreté, le manque de vêtements convenables. A ce dernier besoin l'œuvre a répondu par un vestiaire installé rue de Flandre. Lorsque enfin la chose est conclue, et la résolution prise, le Comité des Dames s'adresse, pour le soin des formalités légales, à rOEuvre de saint François Régis, dont elle n'est et ne veut être que l'humble auxiliaire et servante. C'est à cette Société que les papiers sont fournis, que la correspondance administrative est
confiée; et vous savez, Messieurs, quel dévouement elle y consacre, et si Théritage de charité de M. Henri Bernard est tombé en bonnes mains! C'est pour les gens de ces quartiers que cette Société a établi un Bureau annexe, situé dans la rue d'Eylau, où, six jours par semaine, les ouvriers peuvent se présenter et sont reçus de 7 à 9 heures du soir. Il faut tout acheter, mes frères, tout, jusqu'au consentement des parents qui spéculent sur tout. Et, les choses étant ainsi, vous étonnez-vous qu'aujourd'hui ces Dames patronnesses viennent à vous et vous disent avec supplication : « Tout tombe sur nous, nous sommes accahlées et nous sommes épuisées, aideznous! »
C'est de l'assistance corporelle que je vous parle d'abord; mais Foeuvre en pratique une autre. Il faut penser à ces âmes, il faut les purifier, les retremper, les rendre dignes du Sacrement qu'elles vont recevoir. Cette charité se fera en grand aux époques de l'année où les mariages sont plus nombreux; six fois par an environ, une retraite de quatre jours est prêchée aux personnes en instance pour leur réhabilitation. Ce n'est pas assez pour le zèle admirable dont je parle. Ces pauvres réconciliés, il faut les faire persévérer : une retraite préparatoire au devoir pascal leur est donnée tous les ans, et, en cette année dernière, 1890, c'est au nombre de cent trente k cent quarante qu'ils sont venus recevoir, à cette époque solennelle, la communion du Dieu miséricor-