‹ Œuvres saintesChapitre 44 sur 96 · MILES CHRISTI : SA CONSÉCRATION · texte numérisé non relu

MILES CHRISTI : SA CONSÉCRATION

Sa consécration comme victime : Sonis ne s'appartient plus. Il a fait complètement donation de lui-même dans ces lignes brûlantes : « Je suis à Dieu de plus en plus, non seulement jusqu'au cou, mais par-dessus la tête. Lorsqu'on se met à aimer Dieu, on ne peut jamais l'aimer assez. » Il écrivait encore : « Je ne sais pas assurément où est le vrai bonheur, s'il n'est pas dans l'amour de Dieu. Je lui suis attaché de toutes les fibres de mon âme, et je ne sais pas d'autre vocation que celle d'aimer Dieu. » Et ailleurs il expliquait que cette vocation, pour lui, allait jusqu'au martyre. Voilà le feu du sacrifice, le feu sacré de l'amour; car c'est un holocauste qui va s'offrir au Seigneur.

Cette vocation du martyre, Dieu allait lui donner son jour, et quel beau jour ! Tout ce que Sonis avait rêvé allait s'accomplir enfin; tous ces chemins mystérieux par lesquels le Ciel avait conduit sa vie allaient donc aboutir, et aboutir ici! Ah! il fallut pour cela de lugubres événements, de terribles révolutions et des catastrophes immenses. Mais ne savez-vous pas que « tout ici-bas se fait en vue des élus », que « toutes choses tournent à bien pour ceux qui aiment le Seigneur »?

Sonis quitta donc l'Afrique ; il la quitta par choix, il la quitta avec allégresse, sciemment c'était à l'immolation qu'il accourait : « J'ai demandé à Dieu, écrivit-il en partant, qu'il me fasse la grâce de savoir mourir comme un chrétien doit finir, les armes à la main, les yeux au ciel, la poitrine en

face de l'ennemi, en criant : Vive la France! En partant pour l'armée, je me condamne à mort. Dieu me fera grâce, s'il le veut; mais je l'aurai tous les jours dans ma poitrine, et vous savez bien que Dieu ne capitule jamais, jamais ! » C'était soû oblation suprême que cette parole sublime.

Cependant Dieu avait tout préparé, en ce lieu, pour que le sacrifice qui s'y devait célébrer fût marqué de ce caractère sacré, réunissant sous sa main un concours de circonstances où sa Providence se fait manifestement reconnaître.

C'est bien la Providence qui met le nouveau divisionnaire à la tête de ce 17^ corps, où les volontaires de l'Ouest se trouvent placés sous ses ordres. C'est bien la Providence qui amène ici, parmi l'élite de ses troupes, ces zouaves de Pie IX, dont la valeur avait fait l'objet de son admiration et la sainte mission son envie. C'est bien la Providence qui, lui faisant mettre la main dans la main de leur chef, « lui procure, comme il dit, la consolation de mourir au milieu de ces braves gens, et de pouvoir se dire que Dieu n'abandonne pas la France, puisqu'elle a encore des enfants si fidèles >). C'est bien la Providence qui place le champ de bataille sur la frontière des deux diocèses de Chartres et d'Orléans, entre la ville de Notre-Dame et la ville de Jeanne d'Arc, à quelques pas de ces champs de Patay où Jeanne avait déployé le nom de Jésus et de Marie sur son étendard, plus heureux.

C'est bien la Providence qui a placé sous la garde

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du colonel de Charette cette bannière du Sacré- Cœur qui va devenir, dans la bataille, le fanion du pieux général qui se consacrait chaque jour au Sacré-Cœur de Jésus. C'est bien la Providence qui réunit ces chrétiens au pied du même autel, à la première heure du 2 décembre, — je ne dis pas, hélas! à l'anniversaire du soleil d'Austerlitz, — mais au matin d'un vendredi, jour dédié au mystère de la Rédemption ; au matin de ce premier vendredi du mois que les révélations de Paray-le- Monial ont désigné pour être consacré à ce Sacré- Cd'ur dont justement le prêtre célébrait l'office en ce jour. C'est donc unies en tout à la grande Victime que les futures victimes de cette journée meurtrière montent à la Table de Celui qui s'immola pour nous. C'était là le commencement de ce que l'un d'eux appelait a la belle fête >f à laquelle les menait leur général : fête de l'Église et de la patrie, fête de la foi et de Fhéroïsme, fête de la terre et du ciel. Et les nouveaux croisés pouvaient bien s'écrier eux aussi : « Dieu le veut! »

Maintenant, que vous dirai-je que vous n'ayez vu vous-mêmes et que vous ne sachiez mieux que moi? Reportez-vous au soir de cette journée de décembre, lorsque la longue lutte s'achève et que ces plaines n'offrent plus qu'une vaste nappe de neige partout tachée de sang. Ici, à ma droite, derrière Villours, notre artillerie qui gronde toujours et tient encore en respect les masses profondes de l'ennemi. Là, près de moi, le petit Rois-

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