LA NUIT CELESTE
Bourgeon, haché par la mitraille et les balles, et cachant plus de morls et de mourants qu'il ne contient d'arbustes et de buissons. Plus haut, votre village en feu et enveloppé de fumée, comme un nuage d'orage d'où sortent les éclairs de l'incendie et le tonnerre d'un combat qui ne veut pas finir. A ces lueurs lugubres, la croix de votre clocher et les croix de votre cimetière se levant seules pour parler de paix, de miséricorde et d'amour. Quel spectacle à la fois de grandeur et d'horreur î
Et cependant ce que l'on voit n'est que le cadre d'une autre scène qui, celle-là, ne se voit pas, mais à laquelle sont attentifs Dieu, ses anges et ses saints. Ici, à cette place, un homme étendu sur la terre où la neige le couvre; son sang coule; il est brisé et il s'apprête à mourir. Sa tête regarde le ciel, et il recueille dans son âme tous ces gémissements, ces cris, ces agonies qui s'élèvent de toutes parts sur cette plaine sanglante. Près de lui, deux jeunes hommes se trament pour recueillir des lèvres de leur chef immolé les paroles qui ouvrent les portes de l'éternité. Un autre vient se pencher et expirer près de son cœur, pour unir sa passion à celle de ce maître dans l'art de souffrir et de mourir. Un autre, un des plus braves, vient d'être assommé à vingt pas de lui, sous ses yeux. C'est bien le sacrifice, mes Frères; c'est l'autel, c'est la victime, c'est le ministre et ses jeunes servants qui s'unissent à lui.
Et plus haut encore, plus haut que la terre, plus