‹ Œuvres saintesChapitre 5 sur 96 · CE QUE NOUS FERONS POUR ELLE · texte numérisé non relu

CE QUE NOUS FERONS POUR ELLE

intéressez à riiistoire contemporaine de la patrie; rÉglise est une patrie; les Annales sont l'histoire de cette patrie spirituelle : N'avez-vous pas aussi le patriotisme de la cité de Dieu?

Les Annales y servies à chaque dizaine d'associés, sont tirées aujourd'hui à près de 300.000 exemplaires dont 180.000 en français. Elles font suite aux Lettres édifiantes du xyii*^ siècle. Et les mains qui là-bas écrivent ces lettres aujourd'hui, sont les mêmes mains qui, demain peut-être, seront chargées de chaînes pour Jésus. Quelques-unes furent signées de leur sang : telle est la garantie de leur sincérité : « J'en crois, dit Pascal, des témoins qui se font égorger. »

Un jour, lorsque la foi aura fructifié dans ces missions infidèles, les chrétiens de là se retourneront vers leur sanglant berceau. Us chercheront les pages qui ont raconté leur laborieuse et douroureuse enfance. Ils leur demanderont le nom de ceux qui ont aimé leurs ancêtres jusqu'à mourir; et ils en composeront leur martyrologe sacré. Us en baiseront le texte; ils le placeront auprès de celui de l'Évangile, ce seront leurs Actes des apôtres. Dans ce livre, qu'ignorent et dédaignent les beaux esprits de nos jours, comme Rome ignorait les récits de saint Luc et les Lettres de saint Paul, quelle flamme d'enthousiasme, quelle lumière de vérité, quel parfum de vertus! Quelle lecture égale celle-là I

Vous, Mesdames, qui vous plaisez aux aventures tragiques et aux romans d'amour, en connaissez-

VOUS un qui vous donne, à ce degré de grandeur et de pureté, la vision et le sentiment d'un cœur d'homme qui s'immole à l'amour de la Beauté à la fois vivante et idéale, la sainte et divine Beauté, l'unique qu'on puisse aimer sans mesure et adorer sans remords? Vous, Messieurs, qui vous plaisez au spectacle de l'héroïsme au service des grandes découvertes et des causes sublimes, trouveriezvous ailleurs de plus nobles caractères et de plus grands cœurs, au service de l'humanité, de son vrai progrès, comme de son vrai bonheur, que ceux qui palpitent sous ces feuilles?...

Je pourrais vous citer telle lettre d'adieu qu'un de nos jeunes martyrs du Tonkin écrivait à sa sœur la veille de sa mort, à minuit, dans la cage où on le tenait prisonnier, sous le regard de ses gardes, à deux pas des bourreaux, pour l'inviter, cette sœur, à chanter avec lui l'hymne de la délivrance! C'est incomparable. Depuis les lettres de saint Ignace martyr, sur le chemin de Bome oii il va mourir, je ne connais rien qui approche de cette sublime et surhumaine beauté. Vous la lirez

vous-mêmes

En second lieu, je viens vous demander de donner; et vous n'en serez pas surpris, car ce n'est pas la première fois que je me fais votre

1. Théophane Vénard, du diocèse de Poitiers, décapité au Tonkin 2 fév. 1861, déclaré Vénérable. — V. Hiat. du cardinal Pie, t. II, p. 285. — Cette admirable Lettre fut lue par M. Aug. Cochin au Congrès de Malines, où elle obtint un grand succès d'enthousiasme et d'attendrissement.

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