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DERNIERS SERMENTS

de VOS fidèles servantes, déposés, renouvelés ici, au pied de votre trône, immortel Roi des siècles! En attendant cet instant des divins échanges entre leurs cœurs et le vôtre, ô Jésus de l'Hostie, permettez qu'en leur nom, au nom de toutes les Mères et de toutes les Sœurs de votre grande famille, je vous adresse en finissant une dernière prière :

a Seigneur Jésus, qui, au cours de ce premier siècle de notre existence, nous avez accordé tant de grâces insignes de préservation et de protection, daignez encore nous en continuer, nous en prodiguer généreusement le bienfait dans le siècle qui va s'ouvrir. Bénissez notre Vocation, afin que nous y répondions dans l'esprit des premiers jours! Bénissez notre Mission, pour qu'elle s'étende de plus en plus sur des âmes sans nombre , et qu'ainsi votre règne arrive et que votre volonté se fasse sur la terre comme au ciel ! Bénissez la Passion que vous nous avez fait l'honneur de partager avec votre Église militante, pour que votre bonne Croix demeure notie gloire, notre force et notre espérance en ce monde.

« Que par-dessus tout s'accomplisse la parole souvent redite à ses Filles par leur première Mère, votre grande servante : « Il faut que Jésus-Christ soit heureux au Sacré Cœur! » Soyez heureux, Jésus, avec nous et en nous. Soyez heureux comme vous le fûtes par la générosité, l'humilité, l'union, le zèle, la sainteté de tant d'admirables âmes, nos Mères et nos Sœurs, durant ce siècle écoulé ! Soyez

heureux, comme vous le fûtes, si cela était possible, dans la céleste société de la Sainte Vierge Marie !

Il ne tiendra pas à nous que vous ne le soyez parfaitement ici, dans cette première maison de votre famille, ô Père, ô Époux, ô Ami de nos âmesî Nous en prenons l'engagement, non seulement en notre nom, mais au nom de toutes celles qui nous y succéderont durant le siècle de demain. Nous ne vous demandons en retour que votre saint amour, «t le bonheur d'être encore éternellement heureuses ensemble et avec vous et par vous dans tous les siècles. Ainsi soit-il ! »

Discours prononcé dans l'église de Saint -Sulpice, à Paris, le 20 mai 1901, fête de la Pentecôte, sous la Présidence de son Exe. Msf Lorenzelli, nonce apostolique de France.

En commémoration de la visite de SS. Pie VII à cette église en 1804, et pour la bénédiction et l'inauguration solennelle de la statue de saint Pierre.

Monseigneur, Mes Frères,

Il s'imposait à vous, comme un devoir de reconnaissance, de religion et dlionneur, le double monument que vous inaugurez en ce jour. La fête en sera belle et de haute signification. Ériger dans cette église un mémorial de la visite solen- • nelle du Souverain Pontife Pie VII, au commencement de ce siècle; y asseoir la statue traditionnelle de saint Pierre en un jour de Pentecôte, et cela sous la présidence du représentant de Léon XIII aujourd'hui glorieusement régnant : n'y a-t-il pas là, mes Frères, dans la réunion de ces noms, comme une image grandiose de la pérennité de l'Église romaine, et un témoignage vivant de la fidélité de l'Église de France?

Qu'il parle donc, ce monument! Qu'il fasse revivre le souvenir de ces grandes journées, et que sa parole, plus que la mienne assurément, soit une réponse lointaine à toutes ces voix de prière, de félicitation et de bénédiction qui, il y a près d'un siècle, retentissaient en ce lieu étonné d'être, ce jour-là, le lieu le plus auguste de la catholicité.

Cependant, lorsqu'au lendemain de la visite pontificale, vos pères vinrent demandera leur curé d'alors, messire Charles de Pierre, d'en consacrer la mémoire par quelques lignes gravées sur la pierre ou le marbre, le vieillard secoua la tête : « Les circonstances présentes sont trop douloureuses », leur répondit-il mélancoliquement. C'était en effet l'époque à laquelle l'Empereur commençait à changer en despotique oppression la protection intéressée que le premier Consul avait prêtée à l'Église.

Déjà douloureuses alors, les circonstances, hélas! ont-elles cessé de l'être un seul instant, dans tout ce siècle écoulé? Ne le sont-elles pas encore, à l'heure qui nous rassemble? Et n'est-ce pas parce qu'elles le sont épouvantablement, que vous, Messieurs de Saint-Sulpice, vous avez cru que c'était l'heure d'évoquer devant nous la réconfortante image des premiers jours de notre relèvement national et religieux, pour consoler le présent et rassurer l'avenir?

Vous serez obéis, Messieurs. Aussi bien, que d'autres, uniquement préoccupés de politique, n'assi-

gnent au voyage et au séjour du Pape Pie VII en France d'autre fin et d'autre gain que le sacre et le couronnement de Napoléon I", il me plaît, il nous plait, à nous, catholiques français, d'y voir le sacre de la France pour les royales destinées qu'elle allait accomplir dans ce siècle. Donc, si Dieu me fait la grâce de vous le montrer, vous verrez, premièrement, pourquoi le Pape vient en France, pour quel bien surnaturel et nécessaire de la France, vous verrez, secondement, comment la France accueillit le Pape, particulièrement à Paris, à Saint-Sulpice, ici. Ainsi assisterez-vous comme à la conclusion, entre Rome et la France, d'un concordat d'amour, lequel, allant se resserrant de plus en plus, fera de notre union au Saint-Siège romain, en ce siècle et par delà, une force invincible à toutes les puissances adverses.

iMonseigneur le Nonce apostolique, daigne Voire Excellence agréer ce discours, avec une bienveillance qui m'est déjà connue, et dont il ne m'est pas permis de perdre le souvenir. C'est une parole d'un autre âge que la mienne. Mais, consacrée tout entière à l'honneur du Saint-Siège que vous représentez, et au service Se la France catholique que vous aimez, elle est heureuse et fîère de se placer, à ce double titre, sous vos augustes auspices et votre bénédiction.

Un de nos plus grands évoques contemporaiDS l'a écrit : « En principe et en fait, le Pape ne se déplace pas. Pierre est assis, il occupe le Siège apostolique. Il est centre, et, comme tous les grands centres de vie, de chaleur et de lumière, il fait mouvoir et graviter toutes choses autour de lui, mais sans sortir lui-même de sa majestueuse immobilité ^. « Que si donc il est advenu quelquefois dans l'histoire qu'il ait cru devoir en sortir momentanément, soyez assurés, mes Frères, que jamais ce ne fut dans l'unique intérêt d'un homme, pour grand qu'il fût, mais pour quelque rare et extraordinaire service de l'Église, et sur un signe exprès de la volonté de Dieu.

Or, à l'époque où nous reporte le souvenir de ce jour, l'état des esprits en France ne semblait-il pas justifier, appeler, la leçon et le bienfait d'une démarche semblable?

Pour remonter aux sources, il est certain d'abord que, depuis deux siècles environ, la Papauté parmi nous n'occupait plus, sinon dans la foi, du moins dans les cœurs et dans les mœurs, le rang premier que lui assignait l'institution divine. Le gaUicanisme était venu, le jansénisme était venu, le philosophisme était venu, desquels la conjuration n'avait que trop réussi à infirmer le pouvoir

1. Le cardinal Pie. Instr. pastor. du Carême, 1858. Œuvr., t. III, p. 96.

et à refroidir Tamour de la nation pour ce maitre étranger, lointain, dont on baisait les pieds, mais dont on liait les mains. Et puis, c'avait été la Révolution française, la constitution civile du clergé, les serments apostats, c'est-à-dire la rupture, le révolte, le schisme; et parmi combien de violences, de scandales, de blasphèmes et de sang! La crise, il est vrai, venait de se terminer. Le rapprochement s'était fait par un acte officiel et solennel. Mais était-ce assez. Messieurs? Si c'était assez pour la paix, était-ce assez pour Famour? Était-ce l'amour qui, chez nous, avait présidé à ces longues et pénibles négociations du Concordat? Le Concordat avant : les vues intéressées du maître de la France : « Vous verrez quel « parti je saurai tirer du Pape et des prêtres ». Le Concordat pendant : ces exigences, ces réticences, ces feintes, ces menaces, ces éclats et ces extorsions. Le Concordat après : cette addition subreptice des Articles organiques; cette main gauche qui reprend ce qu'a donné la droite. A Dieu ne plaise, mes Frères, que je \'ienne ravir au premier Consul quoi que ce soit de sa gloire, de sa meilleure gloire, celle qui comptera, j'espère, pour sa rançon devant Dieu. Mais enfin, il ne viendra à la pensée de personne que, par cet acte politique, Bonaparte ait désiré jeter la France et le Pape dans les bras l'un de l'autre. Le cor unum n'était pas là; et, pour être la rencontre du père et de la fille dans l'embrassement de leurs âmes, il fallait autre chose.

Vous représentez-vous. Messieurs, dans cet état

des esprits, l'effet produit à Rome, lorsque, trois ans après, des ouvertures furent faites pour obtenir de Pie Vil qu'il vînt sacrer en France l'Empereur des Français! Jamais lutte plus perplexe ne s'engagea dans le sanctuaire d'une conscience de prêtre, entre les conseils des hommes et le mouvement de Dieu. « — Non, Très Saint-Père, ne partez pas! » lui criait la politique des cabinets européens. La Papauté allait-elle consacrer un pouvoir né d'hier, un pouvoir issu de la Révolution; inféoder l'Église à l'empire de César; souder le Siège de saint Pierre à un trône éphémère, et cela, au mépris du droit divin des royautés légitimes et d'une dynastie six ou sept fois séculaire? On parlait ainsi dans ce temps-là.

« Ne partez pas, Très Saint-Père ! » lui criaient de même plusieurs des voix les plus vénérables du Sacré-Collège. Consécrateur du conquérant, le Pape, une fois dans ses mains, dans les serres de l'aigle, n'en demeurera-t-il pas le vassal, l'otage, la proie? L'Église peut-elle jamais perdre le souvenir troublant des Papes d'Avignon?

Quant à l'opinion des écrivains politiques, même catholiques, les plus catholiques romains, c'est dans une lettre fameuse de Joseph de Maistre qu'il faut lire l'explosion de leurs méprisantes colères, contre ce que lui-même — qui l'eût cru? — tient pour une honteuse complaisance et une faiblesse sénile, pire que l'apostasie et plus funeste que la mort M

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