Corresp. du comte de Maistre, t. I, p
Messieurs^ c'était bien le cas pour Pie Vil de se rappeler la parole de Jeanne d'Arc aux chefs hésitants de sa petite armée : « Vous avez été en votre conseil et moi au mien, et le conseil de Messire est meilleur que le vôtre. » Ce Pape, mes Frères, écoutez comme il parle aux cardinaux assemblés : « Dieu, devant qui nous avons humblement répandu notre cœur, Dieu vers qui nous avons fréquemment élevé nos mains dans son saint temple. Dieu de qui nous avons imploré Tassistance. Dieu nous a dit de partir. » Partir! et à quelle fin? Écoutons-le encore : « Nous ne nous sommes proposé que la plus grande gloire de Dieu, l'avantage de la religion catholique en France, le salut des âmes et l'accomplissement du devoir apostolique qui nous a été confié. » Ces paroles étaient son adieu au Sacré Collège.
Vous l'avez entendu, mes Frères : c'est bien pour nous qu'il part, pour notre Église, pour nos âmes; il ne parle pas d'autre chose. Et la voix qui lui a commandé de partir, et de partir vers nous, c'est la voix de Dieu, la voix de ce Christ qui aime les Francs, et de qui Fassistance lui est promise, vientil de dire, pour l'accomplissement de son devoir de pasteur et de père.
Partez donc, ô Saint-Père, venez, venez à nous! Tel est le cri que poussent vers vous, par-dessus les Alpes, trente millions de voix. « Partez, comme chante le Psalmiste, armé de cette victorieuse beauté de la sainteté qui assurera votre règne sur tous les cœurs : Specie tua et pulc/iritudine tua
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intende j prospère procède et reg?ia! La. vérité, la justice et la mansuétude accompagneront vos pas. Ce sont là les flèches d'or qui feront tomber les populations à vos pieds et qui frapperont au cœur même les anciens ennemis de votre royauté d'amour. Sagittal tuœ acutœ, populi sub te cadent, in corda inimicorum régis. Ainsi s'affermira le Siège où vous a placé la main de l'Éternel : Sedes tua^ DeuSy in sdeculum sœculi. Ainsi votre sceptre royal dirigera nos démarches dans les voies de l'avenir : Virga directionis, virga regni tiiiK » Très Saint- Père, venez! très Saint-Père, partez!
Il partit. Quel accueil lui réservait la France? Quel accueil le Pouvoir? Quel, l'Église de France?
A peine Pie VII eut- il touché la France que notre terre tressaillit sous ses pas. Son âme avait pris contact avec l'âme française : une étincelle en jaillit qui devint une flamme, flamme et lumière de foi, d'enthousiasme, d'amour. Ces voix qui l'avaient appelé lorsqu'il répandait son âme au pied des saints autels, il put les reconnaître maintenant. C'était la voix de ces millions de chrétiens restés fidèles à Dieu pendant les mauvais jours d'apostasie nationale, et dont la poussée avait pour ainsi dire forcé la porte des églises à s'ouvrir d'elle-même, dès avant le Concordat. C'étaient les