L'ŒUVRE DE
Discours prononcé en la basilique de Notre-Dame de la Treille, le dimanche 30 octobre 1904. en la solennité du cinquantenaire de l'Œuvre de Notre-Dame de la Treille.
Mes chères Frères
Dans le programme de vos fêtes, la part qui m'est assignée est historique de l'œuvre de la Basilique et du culte de Notre-Dame de la Treille, à partir de la pose et bénédiction de la première pierre, en ISSi.
C'est un millésime mémorable dans l'histoire de l'Église de France que ce milieu du xix*' siècle^ un sommet qui le sépare en deux versants absolument distincts. La première moitié, depuis le Concordat, n'avait cessé de monter, au prix de grandes luttes, vous le savez, vers cette paix et cette liberté religieuse, enfin légalement reconquise en 1850. Il n'en est plus de même de la seconde moitié, au contraire : on ne monte plus, on descend, hélas I et on descend dans l'ombre.
C'est le côté du couchant; et la fin de ce siècle, toute enténébrée d'antichristianisme, se précipite aux abîmes dont nous touchons le fond.
Pendant ce temps-là que se fait-il, et que voiton ici, dans votre ville de Lille? Une grande action catholique qui groupe ses hommes et ses œuvres, entraînant dans son mouvement toute la région du Nord, et tournant vers elle les regards attentifs et fascinés de la France chrétienne tout entière. De ce groupement, de ce mouvement, je cherche le foyer et le centre. Je vois, dans le même temps, une Basilique qui s'élève et s'annonce splendide : c'est le Palais de celle qui règne dans ces lieux. Entrons dans ce palais, résumons-nous-en l'histoire, pour en rappeler du moins les augustes origines; et vous demander ensuite, au nom de Jésus et de Marie, et en vue de vos plus religieux intérêts à vous-même, de hâter le jour de son achèvement. C'est pour vous y animer que je vous rappellerai d'abord ce que la Très Sainte Vierge Marie, notre Reine et Mère, na Cessé de faire j^our vous : Vierge fidèle. Puis, je vous montrerai ce qu'il vous reste à faire à vous pour répondre aux nécessités de l'heure présente et pour être dignes à la fois d'elle et de vous : Cité fidèle.
Mes chers Frères, lorsqu'on remonte aux premières origines de nos églises de France, il est rare qu'on n'y trouve pas, comme penchée sur
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leur berceau et bénissant leur enfance, la figure virginale et maternelle de Marie. Sa place est là, dans Tombre de ces pauvres Bethléem ou de ces obscurs Nazareth où se cache son Fils; sa place est là de droit, comme à la première collaboratrice de notre rédemption, partout où recommence et s'accomplit ce mystère.
Or, il recommençait pour nous dans les v^ et vi^ siècles, et ce berceau de la patrie chrétienne était ici. C'est ici, mes chers Frères, c'est dans votre région du Nord, entre Cambrai et Tournai, que naissait la monarchie de Clovis et de ses fils, une monarchie catholique et tout récemment croyante et baptisée. Et que vois-je à la lueur, un peu confuse, il est vrai, de cette aurore de votre histoire? Vos petits enfants eux-mêmes Font appris de leurs mères et pourraient me le redire. Ici, une terre fertile, profonde, mais à demi submergée et d'où émergent des îlots, Insulœ, qui donneront un jour leur nom à une grande ville. Au centre, une citadelle qui fut une forteresse romaine, et, tout autour, des forêts qui sont le repaire plutôt que le domaine de petits tyrans qui y donnent la chasse aux hommes comme aux bêtes. Or, un jour, dans ces bois se déroule un drame où le Ciel se partage les rôles avec la terre. Une mère, une princesse malheureuse s'enfuit et s'endort près de votre Fontaine des Saules. Marie se montre à elle et lui révèle, à cette Agar fugitive, les destinées de son fils. Ce fils est recueilli par un homme de Dieu qui Finstruit et Félève, pour qu'il devienne
ensuite le vainqueur de la barbarie, et le père d'une grande race. Ah! mes Frères, vous penserez ce que vous voudrez de cette première page d'une histoire qui a bercé votre enfance; histoire ou légende, je ne puis m'empêcher d'y trouver des présages pleins de sens et de consolantes instructions.
Oui, tout cela est vrai au sens le plus élevé et le plus général des choses. Oui, il est vrai qu'à r origine, Marie a protégé le berceau de votre patrie ; et que son nom, son culte ont été la meilleure défense de la femme, de la mère, contre la tyrannie, contre la barbarie. Oui, il est vrai que l'Église a pris sous sa tutelle les enfants avec les mères, et que c'est elle qui, comme l'ermite de votre légende, a appris à vos pères leur origine et leurs destinées, non plus seulement princières ou royales, mais divines. Oui, ce sont ces hommes de Dieu qui ont préparé, non plus dans leurs ermitages, mais dans les écoles de leurs monastères, cette forte race d'hommes qui furent les Croisés, maîtres de Jérusalem et de Gonstantinople. Cela est encore actuel comme aux premiers jours; les hommes de Dieu sont toujours là. Et leurs disciples, fils du Roi des rois, qu'ils préparent à une couronne invisible, mais assurée, c'est vous.
Virgo fidelis. Fidèle à votre berceau, Marie le fut encore à l'âge adulte de vos pères. Tout le moyen âge fut réellement celui de son règne parmi vous. Voyez cette Collégiale qui s'élève au