VIERGE FIDELE
centre de la ville, au-dessus de toutes vos demeures; c'est le palais de cette Reine, et c'est de là que votre cité va tirer sa vie, toute sa vie, soit religieuse, soit civile, pour de longs siècles de gloire. Il est vrai que la collégiale érigée par le le comte Baudouin reçoit un autre nom que celui de cette reine. Elle porte le nom de Saint-Pierre, comme il convient à la principale église d'une ville qu'on surnommera plus tard la Rome du Nord. Mais la Reine des Apôtres y aura un trône auprès et au-dessus du siège du prince des Apôtres. Ce trône où Elle est assise, couronne en tête et sceptre en main, tenant son Fils dans ses bras, la vigilance des peuples l'a entouré d'un treillis en métal précieux comme d'un rempart qui semble dire : « Elle est à nous, et bien gardée! Que personne n'y touche ! » On l'appellera pour cette cause Notre-Dame de la Treille.
Notre-Dame de la Treille ! Que d'hommages, ô Marie, tu vas désormais recueillir sous ce nom ! Que d'invocations, que de larmes, que de soupirs, que de pardons, que d'amours vont converger désormais vers la Mère et le Fils! C'est là, c'est de tes pieds que partiront tous ces conquérants des Lieux Saints et d'ailleurs; ces princes Baudouin, ces chevaliers qui vont faire entendre à rOrient et à l'Occident les rugissements de votre lion de Flandre. C'est là qu'au xv° siècle votre duc et comte Philippe le Bon réunit ses trente chevaliers de la Toison d'Or, et, plaçant cet ordre nouveau sous la protection de la Dame du Ciel,
leur fait prêter au pied de son autel le serment de « vaincre ou de mourir plutôt que de reculer jamais ».
Mais, sans sortir de chez vous, c'est là dans cette église qu'un Chapitre illustre, représentation de vos premières familles, donnait au culte de Marie une magnificence dont celui de nos jours n'est que l'ombre. C'est là que les pauvres venaient chercher l'aumône, les malades les remèdes, les enfants l'instruction, tous la consolation et l'espoir. C'est là que chaque jour et surtout chaque semaine, le samedi, les infirmes venaient chercher la guérison de leurs maux, et ils l'obtenaient. Ainsi Notre-Dame de la Treille devint-elle bientôt pour vos pères Notre-Dame des Miracles. A partir du milieu du xiii'' siècle, on y vint de toutes parts : c'était le siècle de saint Louis, de saint Dominique, de saint François d'Assise, de saint Thomas d'Aquin, de la grande sainteté, de la grande science chrétienne; mais, la science de l'homme s'inclinait alors devant celle de Dieu : « Au bon bruit des peuples qui y venaient en affluence », les papes enrichirent le sanctuaire de leurs bénédictions. Un courant, mes chers Frères, s'était établi vers vous comme il s'est établi de nos jours vers les Pyrénées françaises. Alors, c'était ici que cette source coulait; c'était de ce trône qu'elle descendait, et Marie pouvait dire comme autrefois son Fils : « Allez et rapportez ce que vous avez vu : les aveugles voient, les sourds entendent, les muets parlent, les boiteux marchent, les pauvres