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CITÉ FIDÈLE

en retour, la cité a rempli envers elle le devoir filial de la reconnaissance, et lui en a multiplié le témoignage au cours des âges?

Ceux qui, il y a cent ans, abordaient la ville de vos pères, ne voyaient pas seulement s'élever, dans son enceinte, l'imposante collégiale où régnait Notre-Dame de la Treille. En dehors des remparts, une ceinture de sanctuaires se déployait sous le vocable de cette Reine-Mère. C'était, à l'orient, Notre-Dame de Fives; c'était, au midi, proche de Loos, Notre-Dame de Grâees; puis Notre-Dame d'Esquermes ou de Réconciliation; vers l'occident, Notre-Dame de Consolation; au nord, près de Marquette, Notre-Dame de la Barrière ; un peu plus haut, Notre-Dame de Tlmmaculée-Conception, en sa chapelle des Obeaux. Autant de redoutes avancées qui forment autour de vous comme une défense céleste.

Nous pénétrons dans vos murs, et là encore Marie est Reine. Elle trône dans ses chapelles de Notre-Dame du Rosaire, de Notre-Dame des Douleurs, de Notre-Dame de la Fontaine, de Notre- Dame de la Vigne, du Mont-Garmel, de la Miséricorde. Vous la vouliez partout avec vous, près de vous. Avais-je raison de vous dire que vous avez su la payer de retour? J'entre dans la ville; voici que la rue qui la traverse dans presque toute sa longueur, est la rue Notre-Dame, nom sacré que

VOUS avez vu profané de nos jours, mais qui, pour tout catholique, doit garder et gardera cette consécratioQ et cette appellation. Telle autre rue, comme celle des Stations, doit son nom au souvenir des oratoires rappelant le long de son parcours chacun des voyages de la Sainte Vierge durant sa vie mortelle, jusqu'à son dernier voyage en son Assomption.

Maintenant, regardez ces pieux édicules qui s'élèvent au-dessus de presque chaque porte. C'est Marie qui y trône dans son image, comme il sied à une suzeraine qui marque de son blason chacun des fiefs de son Domaine. Attendez le soir; tous ces petits sanctuaires s'illuminent en l'honneur de Celle dont les étoiles sont la couronne dans le Ciel. Écoutez : ce sont les Litanies de son nom; devant ces autels domestiques du dedans et du dehors, on prie, on chante, on répond de partout : « Priez pour nous. » On peut bien le dire de vos rues : « Omnia sonant Mariam ; tout y retentit du nom de Marie. » Et puis, il y a des jours, un jour particulièrement, jour d'allégresse et de pardon où, par ces rues, un peuple entier se met en marche à la suite de la « Fierté de Marie », avec ses magistrats, ses communautés, ses corps de métiers, et, pendant neuf jours, lui fait un triomphe qui n'a de pareil que celui que les Anges lui décernent dans les Cieux.

C'est le culte public que je viens de dire, c'est la consécration de vos murs et de vos demeures. Mais, que serait-il sans le culte intérieur, sans la

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consécration des âmes à Marie? Il est bien temps de parler de cette confrérie de Notre-Dame de la Treille qui a reçu dans votre histoire le triple et glorieux sacre du temps, du miracle et des pardons célestes. Ah! il ne suffit pas que nous donnions des temples à cette Reine, des foyers à cette Mère, il faut lui donner une famille. Nous formerons donc, sous ses auspices, autour d'Elle, une fraternité; c'est le même nom que confrérie. On rappelait la Charité de Notre-Dame de la Treille. Les princes et les princesses s'inscriront en tète du livre d'or où chaque famille voudra avoir son nom. Cela s'appelait « se cloîtrer et reposer dans le treillis de Notre-Dame ». Bientôt, on ne sait plus le nombre de ces affiliés. « Il n'a d'égal, dit-on, que celui des élus dans le Ciel. » Les Bulles des Souverains Pontifes en accroissent les privilèges; les villes voisines ambitionnent l'honneur de faire partie de cette cour; et il y a des empereurs et des rois parmi les sujets de cette Reine...

Et de vrai, je ne vous ai pas dit tout, puisque ayant dit l'hommage que Marie avait reçu dans vos murs et dans vos temples, dans vos familles et dans vos âmes, je ne vous ai pas dit encore ceux qu'Elle recevait de vos princes et de vos chefs. Heureux temps que celui-là; et que nous en sommes loin! C'était alors qu'un saint Louis, roi de France, venait s'agenouiller ici devant la Reine du Ciel. C'était alors que vos illustres comtes de Flandre, CCS futurs empereurs latins de Constantinople, lui élevaient des Basiliques plus belles que leurs

palais. C'était alors que votre grande et sainte 3Iarguerite de Flandre, votre Bonne Comtesse, prenait d'Elle l'inspiration et l'exemple de tous les dévoûments et de tous les sacrifices.

Plus tard, lorsque la vie municipale, si puissante dans tout ce pays, fut représentée ici par des échevins dignes de lui, on estima l'heure venue de faire une authentique et solennelle consécration de la ville à Marie, reconnue sa patronne à perpétuité. C'était, comme vous le savez, le 28 octobre 1834-. Le magistrat qui marchait en tète de ce cortège était Maitre Jean Levasse ur, un saint. Autour de lui se pressait la ville tout entière, « la cité de Marie », comme elle fut acclamée en ce jour : Insula, civitas Virginis. Et derrière lui, mes Frères, qui voyez-vous? Ah! laissez-moi saluer par anticipation le long et innombrable cortège des générations qui allaient d'année en année venir lui renouveler leur serment : le même serment que, ce soir, après deux cent cinquante-sept ans révolus, nous sommes venus porter aux pieds de la même Reine-Mère, toujours Reine et toujours Mère !

Mais hélas ! je ne le sais que ti'op ; c'est du passé, et d'un passé à jamais disparu que je parle. Des anciens sanctuaires à Marie que je viens de citer, presque aucun ne subsiste debout aujourd'hui. Même la magnifique collégiale de Saint-Pierre, qui gardait la chapelle et la célèbre statue vénérée de Notre-Dame de la Treille, est tombée tout entière sous le marteau des démolisseurs de la Révolution. Et il n'en reste plus rien, rien que l'emplacement

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et le souvenir immortalisé dans Thistoire qui vient d'en être écrite. Mais de son culte et de sa dévotion, et de la fidélité reconnaissante des Lillois, qu'était-il resté, et que subsiste-t-il encore? Il reste tout, j'ose dire : Rien, rien n'en a péri. Dieu soit loué! C'est de ce souffle et de cette flamme inextinguible de piété que tout allait renaître.

C'était dans Tannée 1852. Lille avait Thonneur et l'édification de posséder alors au premier rang de son clergé un prêtre éminent en sainteté, Labbé Bernard, de qui l'action apostolique s'étendait sur la ville et au delà. M. l'abbé Bernard, plus tard vicaire général, était alors curé-doyen de la paroisse de Sainte-Catherine; et c'était là, dans son église, qu'avait été déposée, après la destruction de la collégiale de Saint-Pierre, la statue six fois séculaire de Notre-Dame de la Treille. Mais, pour heureux et fier qu'il fût de son trésor, M. Bernard n'en brûlait pas moins d'offrir à sa royale paroissienne un religieux palais qui fût spécialement le sien, et digne de sa Majesté.

Écoutez-le donc, s'adressant, du haut de sa chaire, à la ville entière; c'est une parole de feu : « Lillois, que tardez-vous? C'est un de vos frères qui vous parle. Au nom de votre foi, de votre amour pour Marie, de l'honneur de la religion, consultez Dieu, priez Dieu; puis répondez à Dieu : Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt!

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Est-ce que les paroles expresses de M^^ l'Archevêque, est-ce que le désir exprimé par le Souverain Pontife lui-même auraient été inutiles? »

Après de telles instances, vous ne vous étonnerez pas d'apprendre, mes Frères, que, trois heures après ce discours, le soir même, l'acte d'acquisition du terrain était signé, avec entrée en possession immédiate. Les saints sont comme le soleil : ils font des pas de géants. Comme vous marchiez, dans ce temps-là!

Vous venez d'entendre prononcer par l'abbé Bernard le nom du Souverain Pontife. Et en effet, dans le même temps, tandis que vous jetiez les fondements de l'édifice, au sein de fêtes incomparables, à Rome, Pie IX se plaisait à entendre un jeune abbé lillois de son Académie des nobles l'entretenir de ce beau et unanime transport de la ville de Lille pour la glorification de Marie : « Le Saint-Père m'incite à lui parler de ces choses, raconte l'abbé Lellèvre, ne cessant de m'en dire ensuite sa satisfaction. Il insista pour que je le fisse savoir à M^' Régnier, qu'il aime particulièrement ». — « Lui-même, disent les mêmes lettres, éprouve une partie de la pieuse séduction que la sainte Vierge exerce à Lille, et à laquelle je sens que vous êtes livrés ».

Et, en effet. Pie IX n'avait-il pas déjà, et cela dès 1849, pris l'avance sur votre sainte entreprise, en envoyant ici, pour y reposer un jour dans la future Basilique, le corps vénérable de cette vierge des catacombes, votre sainte Plinia, une martyre,

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