LA DÉPRÉDATION ET LEXPULSION
On lit dans le Bulletin Amical des Anciens
Élèves :
... Les élèves de l'École libre Saint-Joseph et du petit Collège Saint-Louis de Gonzague, chassés de chez eux, avaient été convoqués par M. le chanoine Delbroucq, le jeudi 27 avril à 8 heures, dans le nouveau local du Collège Notre-Dame de la Treille, rue de la Monnaie.
Les 700 élèves, auxquels s'étaient joints une vingtaine de nouveaux inscrits, bon nombre d'anciens et de pères de famille, se trouvèrent réunis dans la chapelle de rétablissement.
M. l'abbé Labbe, directeur do la nouvelle école, dit la messe et M^^"' Bauxard, qui avait autrefois, en 1880, subi, comme Supérieur de Saint-Joseph, les rigueurs de la première expulsion, prononça l'Allocution de rentrée en ces termes :
Mes chers Enfants,
On m'a demandé de reparaître ce matin, au milieu de vous. Et de bien grand cœur je m'y suis laissé conduire, pour y partager votre douleur, encourager votre constance, m'unir à votre prière, et à votre espérance, quand même.
C'est qu'en effet, mes enfants, je ne suis ni étranger ni insensible à rien de ce qui vous touche. Et, quand autrefois j'ai du quitter Saint-
Joseph, ce n'a été qu'en y laissant un gros morceau de mon cœur. Ce cœur saigne aujourd'iiui du coup qui vous est porté, car les traitements dont vous soufiVez, maîtres et élèves, ne les ai-je pas connus dans des jours semblables?
C'était il y a trente ans passés, en 1880. Vous n'étiez pas nés encore que je sache. Ceux qui, dans ces jours-là, devenaient mes enfants d'adoption, c'étaient vos pères. Je sais leurs noms, qui sont devenus les vôtres. Je retrouve leurs visages dans vos traits, leur accent dans votre voix, et leurs ardeurs dans vos âmes. Ils eurent comme vous à traverser la grande tempête qui s'abattit dès lors sur TÉcole chrétienne ; et je revois encore le jour où leurs maîtres, qu'ils appelaient leurs Pères, furent chassés indignement de chez eux. Ce n'était pas encore comme aujourd'hui la dépossession par la déprédation, c'était déjà l'expulsion. C'était la première station de ce chemin de la Croix, que connaissent périodiquement ceux qui ont l'honneur d'être de la Compagnie de Jésus.
Et, à ce propos, je me souviens d'une parole, qu'à la suite de cet attentat, nous disait en séance de distribution de prix, M^^' Duquesnay, archevêque de Cambrai , en nous rappelant celui qu'avait subi de son temps le Collège des Pères de Saint-Acheul, où il était élève en 1828 : « C'est donc toujours la même chose!... » s'écriait le vieillard. — Eh bien! oui, mes enfants, c'est toujours la même chose, parce que ce sont toujours les mêmes gens, parce que ce sont toujours les