‹ Œuvres saintesChapitre 88 sur 96 · LA DÉPRÉDATION : SOUVENEZ-VOUS · texte numérisé non relu

LA DÉPRÉDATION : SOUVENEZ-VOUS

mêmes haines, parce que c'est toujours la môme cause, celle de Dieu de qui ces aveugles et ces méchants ne veulent plus. C'est toujours la Passion de Jésus qui recommence semblablement dans celle de son Église. Et, en vérité, n'est-ce pas cela que les récents exécuteurs des ordres des Princes du peuple semblent avoir voulu nous rappeler, en choisissant le jour du Vendredi Saint pour apporter à M. le Supérieur l'arrêt de mort de son collège? A moins — ce que je ne puis croire — à moins que l'impiété maçonnique n'ait voulu expressément, par le choix de ce saint jour, mêler à Tiniquité du vol et l'âpreté de la violence la délicate saveur du sacrilège?

Ce chemin de la croix, mes enfants, voulezvous le suivre avec moi en repassant chacune des lugubres journées de la semaine dernière? Vous trouverez là des spectacles plus éloquents que tous les discours, et plus instructifs que toutes les 'leçons.

Celles-là surnageront à tout dans votre existence. Vous vieillirez, chers enfants, et, sous vos cheveux blancs, en remontant jusqu'à nos jours, vous retrouverez dans ces impressions douloureuses, mais salutaires, le ressort qui aura fait de vous des hommes et des honnêtes gens, parce qu'elles auront appris à votre jeunesse à aimer la justice et à haïr l'iniquité. De tels souvenirs sont des sommets qui émergent et dominent la vie morale tout entière, puisqu'en rappelant le passé, ils guident la marche du présent, et

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éclairent tout Thorizon de l'avenir. Et voilà pourquoi je viens vous dire et redire de ne les pas perdre de vue : « Souvenez-vous! »

Vous vous souviendrez d'abord... je dis mal : votre respectueuse reconnaissance se souviendra toujours de l'homme de tête et de grand cœur qui fut à la défense et au sauvetage du collège ce qu'il avait été, durant dix années, à son gouvernement : la force : la force tranquille, mais infatigable et indomptable au service du devoir. Il la porta, en ces deux ou trois dernières années, dans la persévérante revendication du droit qu'il représentait, abritant sa possession derrière le rempart des lois. Mais il lui fallut bien reconnaître qu'en France, à l'heure présente, le droit n'est plus le droit, que les lois reforgées ne sont plus que la consécration officielle du bon plaisir au service de l'oppression; que les consciences, qui ont fonction de les interpréter, ont beaucoup perdu de leur vieille indépendance et de leur fierté ; et que ce ne sont plus, tant s'en faut, des Lamoignon et desDaguesseau qui siègent aujourd'hui au prétoire. Mutaveriint juSy s'était écrié le prophète; ils ont changé le droit. Us ont appelé mal le bien, et le bien le mal. Dès lors, notre Saint-Joseph, qui, un des derniers collèges libres, s'était tenu debout, put s'attendre à voir, à son tour, de ces choses monstrueuses qu'en d'autres temps on n'eût pas crues possibles en pays civilisé.

Il ne resta donc plus au cher et fidèle maître

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