‹ Œuvres saintesChapitre 89 sur 96 · LA DEPREDATION : SOUVENEZ-VOUS · texte numérisé non relu

LA DEPREDATION : SOUVENEZ-VOUS

gardien d'une maison, possédée légitimement et administrée légalement par la Société civile de ses fondateurs et de ses Anciens Élèves, il ne lui resta plus qu'à chercher un abri pour ses sept cents enfants. Oh! qu'il fut bien le bon Pasteur! qu'il me permette de le lui dire : ce sera mon seul éloge. Nous l'avons vu jusqu'au dernier moment se dépenser, se multiplier, au double travail de tenir tête aux loups et de préparer quelque part un bercail pour son jeune troupeau. Et lorsque, un jour, la triple coalition financière, judiciaire et policière de l'État, du reste assez honteuse de cet exploit, vint le sommer de rendre le poste dont il avait la garde, il répondit que, pour l'en faire sortir, il faudrait l'en arracher. Il en fut ainsi... Mais ici il faudrait que j'eusse le temps de vous raconter cette nuit épique passée par lui et ses vingt-quatre jeunes anciens, une nuit de bivouac, une veille allègre et sacrée, dans l'attente de la sinistre visite et de la main de violence qui se posa sur lui. Et cela « : Au nom de la loi! » Et quelle loi, grand Dieu!

Que Dieu et son Christ lui en paient le digne prix ! Dans ce drame perpétuel de la Passion de Jésus, M. le Supérieur aura eu le rôle de ce bon Cyrénéen qui assista son iMaitre quand il portait sa croix. Et, puisque moi et lui, père et fils, nous nous sommes succédé — quoique à distance, il est vrai — à ce même service, et dans le même lieu, permettez-moi d'abord d'en rendre grâce à Dieu

pour moi-même comme d'une grâce insigne de ma vieille existence. Puis, qu'il me permette de Ten féliciter lui-même ; mais en le faisant passer justement avant moi, car son service fut plus prolongé et plus laborieux et plus douloureux que le mien. De lui donc, d'abord, je vous dirai, à vous ses enfants, Souvenez-vous!

Nous eûmes un autre spectacle, celui delà protestation solennelle de la catholique cité. Et d'elle aussi vous devez recevoir enseignement et encouragement. Je veux parler de la manifestation des Anciens Élèves et des pères de famille réunis en assemblée dans la grande salle des fêtes. Ah ! cette salle, ce n'était pourtant pas pour de pareils spectacles que nous l'avions construite, le Père Sengler et moi. Au lieu des cris éloquents ou joyeux de vos tragédies ou de vos comédies, au lieu des bravos de vos joutes ou de vos triomphes littéraires, elle entendit, ce jour-là, le cri de la vraie douleur s'échappant de la double blessure de la conscience chrétienne et de la conscience française. Ce fut la voix de M. Ernest Béhaghel au nom de l'iVssociation des Anciens Élèves, dont il est le président. Qu'elle a fait battre mon cœur! Ce fut la voix de M. Battet-Rogez, au nom des pères de famille, élevant au-dessus de la brume des fictions légales, le pur flambeau du bon sens et de l'honnêteté. Ce fut enfin, la voix de M. le Supérieur, en appelant au Dieu qui juge les justices, et faisant lire au fronton de l'École Finscription qui

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