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NECTAIRES

Quelque rapide que puisse être la transformation des pétales en étamines, nous remarquons cependant que la nature ne franchit pas toujours cette distance d'un seul bond; elle produit souvent des or-ganes intermédiaires qui, par leur forme, se rapprochent tantôt d'une partie, tantôt d'une autre; malgré la diversité de leurs formes, on peut dire d'une manière générale qu'ils constituent autant de pas-sages lents et graduels entre les sépales du calice et les étamines. Ici se rangent ces organes intermédiaires de formes si variées aux-quels Linné donne le nom de nectaires; on sera surpris sans doute de la sagacité de cet homme extrordinaire qui, sans se rendre un compte exact de l'usage de ces parties, suivit son inspiration, et réu-nit sous un même nom des organes en apparence si différents. Plusieurs pétales révèlent leur analogie avec les étamines parce qu'ils portent, sans changer de formes, de petitts poches glandu-leuses qui distillent un suc semblable au miel: ce liquide est un suc' reproducteur imparfaitement élaboré; nous pouvons le conjecturer d'après les remarques faites plus haut. Cette opinion deviendra plus vraisemblable, à la suite des considérations que nous aurons encore à développer1. 1,

Quelquefois les nectaires se comportent comme des organes spé-ciaux, et alors ils se rapprochent par leur développement, tantôt de la corolle et tantôt des étamines. Ainsi, dans les nectaires de la l'ar-nassie, les treize filaments surmontés d'un globule rouge sont très-semblables à des étamines; d'autres se montrent comme des filets sans anthères dans la Vallisnerie et la Févillée; dans les Penlapetes, 1. Les liquides dont parle Goethe, et qu'on rencontre près de la base des pé-tales chez les Renoncules, les Fritillaires, les Nigelles, etc., ne jouent aucun rôle essentiel dans l'acte de la fécondation. ils ressemblent aux feuilles et alternent régulièrement avec les éta-mines aussi ont-ils été appelés dans la description systématique filamenta caslrata, petaliformia. Nous trouvons dans les Kigellaria et les Passiflores de pareilles ébauches de formation

Les couronnes de certains végétaux nous paraissent également mériter le nom de nectaires pris dans le sens déjà indiqué, car si la formation des corolles a lieu par expansion, celle des couronnes a lieu, comme pour les étamines, par resserrement; c'est ainsi que nous voyons à l'intérieur des corolles parfaitement développées, de petites couronnes resserrées comme dans les Narcisses, les Nérium, les Af/rostemma*.

Dans plusieurs genres, les feuilles subissent d'autres transforma-tions plus remarquables et plus frappantes. Les pétales de plusieurs fleurs sont creusés à leur base d'une petite cavité remplie d'un suc mielleux; dans d'autres genres, cette cavité s'allonge et fait une saillie en forme de corne ou d'éperon à la face interne de la feuille qui se modifie plus ou moins. Ce fait s'observe dans plusieurs espèces et variétés d'Ancolies.

Une métamorphose plus complète encore se découvre dans les nectaires des Aconits et des Nigelles, et permet avec un peu d'atten-tion d'en constater la nature foliacée. Dans la Nigelle surtout, ils re-viennent facilement à la forme pétaloïde, et la fleur paraît double par suite de cette métamorphose. Dans les Aconits, on reconnaît facilement la ressemblance des nectaires, avec le pétale en casque qui qui les recouvre et les protège8.

1. Sous le nom de nectaires, Goethe confond, comme l'avait fait Linné, une foule d'organes différents nous pensons avec Auguste Saint-Hilaire que ce nom doit être réservé à toute partie florale placée entre les étamines et l'ovaire. 2. Goethe a commis une erreur en considérant les nectaires comme des feuilles transformées; au point de vue de leur origine et de leur nature intime, ces organes sont, comme l'organogénie l'a démontré, des protubérances du réceptacle, apparentes très-peu de temps avant l'épanouissement, tandis que les feuilles le sont longtemps avant. Quant aux couronnes des Narcisses, il faut les considérer comme des appendices qui jouent, par rapport aux folioles des enveloppes florales, le rôle des stipules intérieures par rapport aux feuilles cauli-naires. Telle est du moins l'opinion très-judicieuse émise par M. Gay. (Bulletin de la Société botanique de France, t. VI, p. 132. 3. En se basant sur l'organogénie, les auteurs considèrent aujourd'hui comme les pétales des Nigelles et des Aconits, les organes que Goethe a pris pour des nectaires. (Voy. Aug. Saint-Hilaire, Morphologie végétale, p. 384.) Nous avons établi que les nectaires sont des organes intermé-diaires à la corolle et aux étamines; ce principe nous conduira à quelques remarques sur les fleurs irrégulières. Ainsi, par exemple, nous considérerons comme une corolle les cinq feuilles extérieures du Melianthus; les cinq feuilles intérieures seront pour nous une couronne de six nectaires dont le supérieur se rapproche de la forme des pétales, tandis que l'inférieur, nommé déjà nectaire, s'en éloigne davantage. En ce sens, on pourrait nommer nectaire la carène des papillionacées, parce que, cachée sous les folioles extérieures, elle se rapproche de la forme des étamines en s'éloignant au contraire de l'aspect des étendards. Nous expliquerons de la même manière les corps en forme de pinceaux qui s'observent à l'extrémité de la carène dans quelques Polygala, et peuvent nous donner une idée nette sur le but de ces organes.

Il est inutile de faire remarquer ici que ces considérations ne tendent pas à bouleverser l'ordre et les classifications établies par les observateurs; l'auteur désire seulement expliquer par ces vues quelques dispositions anomales.

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