RÉSUMÉ
Je désire que le présent essai, destiné à éclairer la métamorphose des plantes, puisse contribuer à la solution des difficultés qu'offre cette partie de la science, et suggérer des remarques et des conclu-sions nouvelles. Les observations sur lesquelles se fonde cet essai ont été faites isolément et présentées ensuite avec ensemble'. Reste à décider si le pas que nous venons de faire nous rapproche de la vérité. Essayons de résumer aussi brièvement que possible les résul-tats essentiels de tout ce travail.
Si nous considérons un végétal, nous verrons que sa force vitale se manifeste de deux manières d'abord par la végétation qui déve-loppe les tiges et les feuilles, ensuite par la propagation qui s'ac-- 1. Batsch, Anleitung zur Kenntniss und Geschichte der Pflanzen. 1 Theil, 19 Capitel (note de l'auteur). complit au moyen des fleurs et des fruits. Examinons de plus près le développement, et nous reconnaîtrons qu'en s'allongeant de noeud en nœud, de feuille en feuille, en bourgeonnant, la plante accomplit une sorte de reproduction. Cette reproduction est nécessaire, elle se manifeste par autant d'évolutions isolées, tandis que la propagation par les fleurs et les fruits est rapide et simultanée. Entre ces deux forces, dont l'une agit par degrés, à l'extérieur, dont l'autre déter-mine comme d'un seul coup une active végétation, l'analogie est saisissante. Dans- diverses circonstances, on peut déterminer une plante à pousser sans cesse des bourgeons, on peut même hâter l'époque de la floraison. Ce premier résultat est la conséquence d'une nourriture plus abondante, le second s'explique par l'influence plus marquée des forces organiques.
En nommant la végétation une reproduction successive, la florai-son et la fructification une reproduction simultanée, nous avons in-diqué la manifestation de deux modes de propagation. Une plante qui bourgeonne s'étend plus ou moins; elle pousse un pédoncule sur un rameau, les entre-nœuds sont mieux accusés, et leurs feuilles s'étendent dans tous les sens à partir de la tige. Au contraire, une plante qui fleurit est resserrée dans toutes ses parties le développe-ment en longueur et en largeur est arrêté; tous les organes, pressés les uns près des autres, sont dans un état d'extrême concentration. Mais que la plante bourgeonne, qu'elle fleurisse ou qu'elle fructi-fie, ce sont toujours les mêmes parties qui, avec des destinations différentes et des aspects variés, réalisent les intentions de la nature. L'organe qui tout à l'heure était une feuille caulinaire aux formes les plus variées, se resserre maintenant et devient un calice, s'étend de nouveau pour former un pétale, se contracte encore dans les organes génitaux, s'étend une dernière fois pour former le fruit. Cette tendance est liée à une autre circonstance, la réunion de différents organes autour d'un centre commun, dans des proportions numériques déterminées, variables cependant dans quelques fleurs, par suite de certaines conditions.
Pendant la formation de la fleur et du fruit, les parties voisines, pressées les unes contre les autres s'anastomosent, et c'est ainsi que les organes délicats de la fructification sont réunis intimement, soit pendant toute leur durée, soit pour un temps limité. Ces phénomènes de concentration, de centralisation, d'anastomose, ne s'accomplissent pas seulement dans les fleurs et dans les fruits; nous voyons déjà quelque chose de semblable dans les cotylédons; les autres parties du végétal pourraient également fournir matière à de nouvelles considérations sur ce sujet.
A l'aide d'un seul organe la feuille caulinaire développée à chaque nœud nous avons cherché à expliquer les formes si variées de la plante, soit qu'elle bourgeonne, soit qu'elle fleurisse; de même, nous avons tenté d'expliquer par les modifications de la feuille, les fruits qui renferment les graines.
On comprend que nous aurions besoin d'un terme général pour désigner l'organe fondamental qui revêt ses métamorphoses, et pou-voir lui comparer toutes les formes secondaires'. Pour le moment, bornons-nous à comparer entre eux les termes de la métamor-phose ascendante et descendante; alors nous pourrons également dire d'une étamine, qu'elle est un pétale rétréci, ou d'un pétale, qu'il est une étamine développée. Nous nous représenterons égale-ment le sépale comme une feuille caulinaire contractée, dont l'orga-nisation est plus délicate, et la feuille caulinaire, comme un sépale dilaté sous l'influence d'une sève plus grossière. Ainsi on pourrait dire du pédoncule qu'il est un réceptacle al-longé, ou de la fleur et du fruit, qu'ils sont le résultat de la contrac-tion du pédoncule.
J'ai également considéré, vers la fin de cet essai, le développement des bourgeons, et je pense avoir expliqué de cette manière les fleurs composées et les fruits nus.
C'est ainsi que je me suis efforcé d'exposer aussi clairement et 1. Turpin appelle cet organe fondamental, appendiculaire, Gaudichaud, dans sa théorie, nomme phyton les diverses modifications de l'organe originel unique composant l'individu vasculaire. aussi complétement qu'il m'a été possible une opinion que je crois vraisemblable. S'il reste encore quelque incertitude sur ma théo-rie, si elle n'est pas à l'abri des contradictions, si elle n'éclaire pas tous les faits, ce sera un devoir pour moi de recueillir de nouveau tous les documents, de traiter par la suite cette matière avec plus d'étendue et de précision, de rendre mon exposition plus intelligible, afin de procurer à mon œuvre l'assentiment général, qu'elle n'a peut-être pas encore obtenu.