ANATOMIE COMPARÉE. OSTÉOLOGIE
« Le squelette, a dit un auteur, est le meilleur et le plus im-portant de tous les indices qui puisse nous dévoiler la puissance du génie créateur. Goethe a choisi particulièrement le sque-lette pour objet de ses études en anatomie comparée, et nous allons essayer de faire comprendre comment, unissant l'ob-servation à la méthode et à l'intuition, il s'est élevé aux plus admirables conceptions d'anatomie philosophique. Oublions pour un instint l'effroi qu'iuspire le squelette, et ne nous lais-sons arrêter ni par l'aridité des nomenclatures anatomiques, ni par les difficultés des descriptions qui ne paraissent accessibles qu'aux hommes spéciaux. Ce sont des épouvantails de la science; ils s'évanouissent dès que l'esprit cherche froidement la vérité.
Représentons-nous le squelette humain une longue tige osseuse, la colonne vertébrale en forme l'axe, et cet axe, avec les pièces qui s'y attachent, circonscrit trois cavités le crâne, qui renferme le cerveau; le thorax, qui abrite les poumons et le cœur; le bassin, qui protége les appareils destinés à conser-ver l'individu et à perpétuer l'espèce. Chaque cavité est pourvue de pièces appendiculaires. Au crâne est suspendue la face; au thorax, la ceinture des épaules, avec les membres antérieurs, au bassin, le? membres inférieurs. Tant les cavités protectrices, tant les pièces articulées et mobiles ne frappent d'abord l'ob-servateur que par leur dissemblance de forme, de volume et d'aspect. Mais si l'attention s'arrête sur chacune d'elles, si l'esprit les compare, il devine bientôt qu'une harmonie pro-fonde, un dessein suivi ont présidé à tout cet arrangement. Ce sont d'abord les analogies faciles qui saisissent; le bas-sin répète l'épaule la cuisse représente le bras, la jambe l'avant-bras, le pied répète la main. Une analyse péné-trante dévoilant des rapports plus cachés, fait reconnaître des analogies plus imprévues. On retrouve dans le crâne un en-semble de vertèbres modifiées, et dans les mâchoires, des pièces conformées à la manière des membres. Ainsi, dans un sque-lette, toutes les pièces paraissent soumises à des lois simples, accessibles à l'observation.
Les mêmes lois, les mêmes analogies nous frappent encore davantage, si nous comparons entre eux les squelettes de divers animaux vertébrés. Les os, qui concourent à former les membres thoraciques et abdominaux de l'homme, existent chez les mam-mifères, les reptiles et les poissons; les formes ont changé, la composition est restée la même. L'aile de l'oiseau, la patte du reptile, la nageoire thoracique du poisson, sont construites comme le bras de l'homme; on y retrouve un humérus, deux os de l'avant-bras, les traces des pièces osseuses qui concourent à former les régions du poignet, du métacarpe et des phalanges. On peut donc suivre certains os dans leurs transformations successives, depuis le squelette de l'homme jusqu'au squelette des poissons les plus dégradés; le dessein primitif se montre le même partout. On croirait que chaque pièce est constituée sur un plan uniforme dans lequel la nature se joue, en le variant et en le modifiant, sans s'en écarter jamais.
Qu'on s'arrête un instant dans les galeries d'une collection ostéologique, on sera frappé de cette ressemblance, soit des pièces de chaque squelette, soit des os qui entrent dans la com-position du corps des animaux pourvus d'une colonne verté-brale. Mais ce n'est là qu'un premier regard jeté sur cette partie de l'ouvrage de la nature, une impression passagère qui s'effa-cera, si une science exacte ne détermine les analogies dans les plus minutieux détails, et ne fournit des preuves plus capables de satisfaire l'esprit. Goethe a compris qu'un anatomiste rigou-reux devait s'appuyer sur ces preuves; on jugera, par l'analyse que nous allons présenter, de la valeur des résultats et de l'exac-titude de la méthode.
En suivant attentivement les études de Goethe, nous appren-drons comment le poëte, après avoir procédé par des observa-tions isolées, s'est élevé par la voie des comparaisons, des in-ductions, aux lois les plus générales.
Le premier et le plus important des travaux de Goethe en anatomie comparée, est le mémoire dans lequel l'auteur dé-montre l'existence de l'os intermaxillaire chez l'homme'. Dans ce mémoire, également remarquable par sa méthode, ses ré-sultats et son style, Goethe a éclairé son sujet par des recherches historiques précises, et par ses propres observations en ana-tomie comparée, en organogénie, en tératologie; enfin il a complété sa description par des dessins très-exacts. A une époque reculée, Galien avait déjà décrit l'os intermaxil-laire chez les animaux, seulement l'illustre anatomiste ne s'était pas exprimé clairement sur l'existence chez l'homme de cette pièce osseuse, de là une suite de controverses assez vives, aux-quelles ont pris part les plus habiles anatomistes du moyen âge. Vésale soutient que Galien n'a connu l'os intermaxillaire que chez les animaux, et que cet os n'existe pas chez l'homme; Jacques Sylvius défend Galien contre les attaques de Vésale, et va jusqu'à prétendre qu'autrefois les hommes avaient probable-ment un os intermaxillaire séparé, mais qu'il disparut ensuite peu à peu sous l'influence du luxe et des débauches. Après Vé-sale et Sylvius, les anatomistes restèrent en dissidence, jusqu'à ce qu'enfin, entraînés par l'autorité d'Eustache et surtout de Camper et de Blumenbach, ils admirent presque tous que l'os intermaxillaire n'existe pas chez l'homme, et constitue un des caractères distinctifs du singe et de l'espèce humaine. Tel était l'état de la question lorsque Goethe étudiant comparativement les pièces osseuses chez les mammifères, fut amené à la résoudre. Il consigne ses recherches dans un mémoire intitulé De l'existence d'un os intermaxillaire « la mâchoire supérieure de l'homme, aussi bien qu'à celle des animaux. Nous traduirons la plus grande partie de cet important travail 2.
<i Je réunis ici, dit l'auteur, quelques essais de dessins ostéolo-giques, dans l'intention de signaler aux savants et aux amateurs 1. Ce mémoire, publié en 1786, a été inséré avec les dessins de l'auteur dans le quinzième volume des Acta naturoe curiosorum. 2. Goethe's Werke, XXVII, p. 163 et suiv. d'anatomie comparée, une petite découverte dont je crois être l'au-teur.
« En examinant le crâne des animaux, il est évident que plus de deux os entrent dans la composition de la mâchoire supérieure; sa partie antérieure est réunie à la postérieure par des sutures très-visibles elle se compose elle-même de deux os distincts. Cette par-tie antérieure de la mâchoire supérieure a reçu le nom d'os inter-maxillaire. Les anciens connaissaient déjà l'existence de cet os'; et récemment elle a acquis une certaine importance parce qu'on a cher-ché à en faire un caractère distinctif entre l'homme et le singe; on l'a décrit dans cette dernière espèce tandis qu'on en a nié chez nous l'existence; si dans les choses naturelles, le fait visible n'avait pas la plus haute valeur, j'hésiterais à m'avancer et à émettre l'opinion que cette pièce osseuse se trouve également chez l'homme.
« Je désire être aussi court que possible, parce que le plus simple examen et la comparaison de plusieurs crânes peut permettre de porter un jugement prompt sur une assertion d'ailleurs très-simple en elle-même. L'os dont je parle a reçu son nom parce qu'il est situé entre les deux os de la mâchoire supérieure; il est lui-même formé de deux parties qui se réunissent au milieu de la face.
« Sa forme varie suivant les espèces animales, et sa constitution se modifie suivant qu'il se prolonge en avant ou qu'il devient plus étroit. « Sa partie la plus antérieure, la plus forte, la plus large, à laquelle je donne lé nom de corps, est en harmonie avec le genre de nourri-ture propre à chaque espèce; c'est à l'aide de cette partie que Pani-mal prend d'abord les aliments, les saisit, les arrache, les ronge, les coupe, ou se les approprie de toute autre manière; voilà pourquoi ce corps est tantôt aplati et revêtu de cartilages, tantôt pourvu d'ia-cisives faibles ou puissantes, tantôt disposé d'une tout autre manière conformément au genre d'alimentation.
« Par un prolongement, l'os intermaxillaire se rattache latérale-ment à la mâchoire supérieure, aux os propres du nez, à l'os frontal.
« En dedaus, à partir de la première incisive ou de la place qu'elle devrait occuper, se développe en se dirigeant en arrière, une saillie ou une épine; cette épine s'applique à la branche horizontale du maxillaire supérieur et forme une gouttière dans laquelle pénètre la partie antérieure et inférieure du vomer, ou de l'os en forme de soc de charrue. Cette épine réunie aux parties latérales de l'intermaxil-- 1. Cialeims, liber De Ossibus, cap. m. (Note de l'auteur.) Camper, Opuscules choisis publiés par Herbel, vul. 1, 2 mém., p. 93 et 94. Blumemhach, De Ya-rietate generis humani nativa, p. 33. (Xote de l'auteur.) laire, et à la partie antérieure de l'apophyse palatine du maxillaire supérieur, forme les canaux incisifs ou nasaux palatins; par ces ca-naux sortent quelques petits vaisseaux sanguins, et les filets nerveux de la seconde branche de la cinquième paire.
« Ces trois parties se voient au premier coup d'oeil sur la tête d'un cheval, dans l'ordre suivant, d'avant en arrière
« A corpus.
« B apophysis maxillaris.
« C apophysis palatina. »
Après cette description générale, l'auteur entre dans l'énu-mération très-minutieuse des faces, des bords, des angles qui composent soit le corps, soit les apophyses maxillaires et pala-tines de l'os intermaxillaire; nous passons sous silence cette aride nomenclature. Goethe donne ensuite l'explication som-maire des planches destinées à représenter dans son mémoire l'os intermaxillaire du bœuf, du lion, du morse, de l'homme lui-même.
Dans les crânes humains, on distingue une suture qui sépare l'os intermaxillaire de l'apophyse palatine de la mâchoire supé-rieure elle semble sortir des conduits incisifs et se perdre entre la dent canine et la seconde incisive. Dans une des planches qui représente la moitié d'une mâchoire supérieure d'homme, on peut suivre la suture depuis les alvéoles des canines et des in-cisives jusque dans l'intérieur des conduits naso-palatins « Il ne peut plus rester aucun doute, continue Goethe, l'os inter-maxillaire existe chez l'homme comme chez les animaux, quoique dans notre espèce on ne puisse distinguer que les limites d'un des côtés, les autres étant soudés et intimement liés avec la mâchoire su-périeure. Ainsi, sur les parties extérieures des os de la face, on ne trouve ni suture ni harmonie qui puisse faire conjecturer la sépara-tion de cet os chez l'homme.
« La raison principale de ce fait me paraît être la suivante: cet os 1. Deux planches accompagnent le mémoire original de Goethe publié dans les Actes des Curieux de la nature; elles sont reproduites dans l'atlas qui fait suite à la traduction française des œuvres scientiliques de Goethe par M. Mar-tin*. Goethe avait fait exécuter un certain nombre de dessins destinés à com-pléter sa dissertation, mais ses nombreuses occupations ne lui ont pas permis de les publier. qui, chez les animaux, prend des dimensions si extraordinaires, est fort petit chez l'homme et rejeté en arrière. Qu'on examine le crâne d'un enfant ou d'un embryon, on reconnaîtra que les dents en se dé-veloppant exercent sur cet os et sur les bords alvéolaires une telle pression, que la nature doit employer toutes ses forces pour unir ces parties le plus intimement possible; dans le crâne d'un animal au contraire, les canines, à cause de leur projection en avant, exercent l'une sur l'autre et sur les incisives une pression beaucoup plus faible; il en est de même à l'intérieur des fosses nasales. On peut, comme je l'ai remarqué plus haut, suivre la suture des osintermaxil-laires à partir des canaux incisifs jusqu'à l'origine des os turbinés ou cornets inférieurs. Ainsi, par suite de leur accroissement, ces trois pièces osseuses exercent l'une sur l'autre une pression et s'u-nissent intimement.
« Je suis persuadé que les personnes profondément versées dans la science ostéologique trouveront ce point expliqué d'une manière très-satisfaisante. J'ai remarqué que, dans diverses circonstances, ces os, même chez les animaux, étaient soudés en totalité ou en partie, et il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet; il y a aussi plusieurs cas dans lesquels, les os, que l'on peut facilement séparer chez les animaux adultes, ne pourraient être isolés, même chez l'enfant. « Dans les cétacés, les amphibies, les oiseaux, les poissons, j'ai découvert tantôt l'os intermaxillaire lui-même, tantôt ses traces. Les modifications extraordinaires que présente cet os dans la série ani-male méritent de sérieuses considérations; elles frapperont même les personnes auxquelles une science aussi aride que l'anatomie, ne semble offrir aucun intérêt.
« On pourrait entrer dans de minutieux détails, et comparer suc-cessivement entre eux plusieurs animaux; alors on s'élèverait du simple au composé, des os petits et étroits, aux os les plus volumi-neux.
« Quel abîme entre les os intermaxillaires de l'éléphant et de la tortue? Et cependant on peut trouver entre eux une série de formes intermédiaires. L'unité qu'on ne saurait méconnaitre dans l'en-semble de l'organisation, peut se démontrer ici dans une des parties isolées.
« Que l'on considère dans la totalité ou dans l'ensemble les efforts de la nature vivante, ou qu'on analyse les restes qui ne sont plus animés par un souffle de vie, la nature demeure toujours la même, toujours admirable.
Envisagée à ce point de vue, l'histoire naturelle donnera de nouveaux moyens de détermination; ainsi, comme c'est un des carac-tères de l'os dont il s'agit de porter les dents incisives, nous serons amenés à conclure que les dents implantées dans l'os intermaxillaire sont des dents incisives.
« On a nié jusqu'ici ces dents incisives chez le morse (Trichecus rosmarus) et le chameau; mais je me tromperais beaucoup si on ne devait pas en accorder deux au premier et quatre au second'.
« En terminant ce petit essai, je fais des vœux pour qu'il puisse être favorablement accueilli par les savants et les amis de la nature, pour qu'il me permette d'entrer plus intimement en rapport avec eux, et de faire, autant que les circonstances m'en laisseront le pouvoir, de nouveaux progrès dans cette science si pleine d'at-traits. »
Le mémoire dont on vient de lire un extrait est de 1786. En 1819, l'auteur revient sur le même sujet pour le compléter. Il discute les opinions des anciens anatomistes sur l'os inter-maxillaire, cherche à démontrer que cette pièce osseuse n'était inconnue ni à Galien, ni à Yésale, ni à Winslow, il rapporte en faveur de son existence chez l'homme des preuves nouvelles fondées sur l'anatomie de développement, et sur l'étude des monstruosités.
« Le bec de lièvre, dit-il, et surtout le bec de lièvre double dé-montre clairement l'existence de l'os incisif; dans le bec de lièvre simple, la suture moyenne est très-distincte dans le bec de lièvre double, l'os intermaxillaire se sépare de la mâchoire supérieure, ét comme toutes les parties sont liées entre elles, la lèvre se divise en même temps. Si on considère l'os intermaxillaire comme un os isolé, on connaîtra comment, pour opérer la guérison de cette difformité, il est possible de l'enlever sans que la mâchoire supérieure soit lésée, brisée ou exposée à une altération morbide. La véritable connais-sance des lois de la nature éclaire toujours la pratique. » 1. Il n'existe chez les morses adultes qu'une incisive, et elle est placée à la mâchoire supérieure, mais chez les jeunes sujets on trouve une seconde paire d'incisives supérieures; chez des sujets plus jeunes encore une troisième paire de dents est souvent apparente. Chez le chameau, la présence d'une paire d'incisives à la mâchoire supérieure est constante à tous les âges; chez les jeunes sujets on voit en avant une paire d'incisives plus petites; il n'est pas rare d'en rencontrer une troisième paire chez les animaux naissants; ces faits justi-fient les remarques de Goethe; seulement il n'a pas pris soin de nous dire quel était l'âge des sujets dont il a examiné les crânes. Dans d'autres passages, l'auteur signale des cas d'hydrocé-phalie, dans lesquels la distinction de l'os intermaxillaire ne pouvait être l'objet d'aucun doute
« Sur des crânes de fœtus et de jeunes enfants, on distingue une trace (quasi rudimentuni) de l'os intermaxillaire; plus l'embryon est jeune, plus cette trace est évidente. Sur la tête d'un hydrocéphale j'ai vu deux noyaux osseux entièrement isolés, et sur des têtes de su-jets jeunes, mais déjà développés, on remarque en avant de la voûte palatine, une sutura supuria qui sépare les quatre incisives du reste de la rangée dentaire'. >> En réfléchissant au premier travail ostéologique de Goethe nous ne pouvons assez remarquer son excellente méthode pour l'avancement des questions anatomiques; tout en se proposant la solution d'un problème très-circonscrit, il a envisagé la ques-tion à un point de vue général et élevé, évitant à la fois de se perdre dans des considérations trop vagues et dans des détails trop minutieux, cherchant des éclaircissements dans l'anatomie comparée, l'embryogénie et la science des monstruosités. Cette direction a mérité à son auteur les éloges des plus illustres ana-tomistes.
« Goethe a démontré, écrit Blumenbach dans la troisième édi-tion de son traité d'anatomie comparée, que la portion alvéolaire de la mâchoire supérieure, distinguée par une fissure, doit être essentiellement considérée comme le rudiment de l'os inter-maxillaire humain. »
« Le nom et la découverte de Goethe sur l'os intermaxillaire humain, écrit en 1800 l'anatomiste Fischer, sont consignés aujourd'hui dans la plupart des livres classiques d'ostéologie. » A ces autorités, le premier des anatomistes contemporains, Richard Owen, vient encore ajouter la sienne il déclare « que par la découverte de l'os intermaxillaire humain, Goethe a inspiré toutes les recherches qui prouvent la constance et l'uni-formité des lois de la nature dans cet ordre de phénomènes.»
Vers l'époque où parut la dissertation de Goethe, deux ana-t omistes avaient déjà reconnu la présence de l'os intermaxillaire humain, et Goethe n'avait nullement connaissance de leurs tra--
1. Sâmmtliche Wtrke, XXVII, 114. vaux. Nesbitt, dit-on, l'avait signalée en Angleterre dès 1753', et Autenrieth, en Allemagne, dès 1797*. Après Goethe, la même découverte fut confirmée par le professeur Weber; ce savant a démontré qu'à l'aide de certains procédés, il est possible, chez de très-jeunes enfants, de séparer l'intermaxillaire du maxillaire supérieur3.
De nos jours, quelques contestations se sont élevées sur la découverte du poëte, mais elles ne nous paraissent pas de nature à renverser les assertions de Goethe, et jusqu'à présent, l'exis-tence d'un os intermaxillaire humain est un fait acquis à la science 1.
La plus importante des vues anatomiques de Goethe est in-contestablement sa découverte de l'analogie du crâne et de la vertèbre; d'après ce qu'il rapporte dans l'introduction de son traité aphoristique sur la nature, c'est pendant son voyage en Italie, en ramassant dans les environs de Venise le crâne d'un mouton qu'il aurait eu la première idée de la composition ver-tébrale des os du crâne; quoi qu'il en soit, il n'a développé cette idée que vers 1820, lorsqu'il écrivait l'histoire de ses travaux anatomiques. Voici en quels termes il expose alors sa décou-verte
« Puisque nous avons tant parlé de formations et de transforma-tions, nous sommes conduit à nous poser la question suivante Peut-on déduire les os du crâne de la vertèbre, et malgré les différences si tranchées et si complètes, n'est-il pas possible de reconnaître la forme primitive? Je dois d'abord déclarer avec plaisir que depuis trente années je suis convaincu de cette affinité secrète, et que j'ai 1. B. Nesbitt, Osteologia, p. 195.
2. Autenrieth, Supplementaad historiam Embryonis humani, Tuhinge, 1797, p. 67.