Bojanus in Oken Isis
9. Consulter, sur p<> point, Ad Rprlhold TTeber P.npthfi's Anntomp rnmpnrata, Gôttingue, 1 849, et R. Virchow, Gœthe alsNaturforscher, p. 1 12-120 Berlin, 1861 Gottingue,]849,etR.Virchow,Gœthea)sNaturfùrscher,p. tt2-120,Ber[in, 186!. 3. Oken, Ueber Bedeutung der Schiidelknochen, Iena, 1804, et plus tard Isis, 1847. Sans entrer plus avant dans ce débat, nous reconnaîtrons volontiers, comme Berthold et Virchow, que l'idée de la com-position vertébrale du crâne appartient à la fois à plusieurs savants, dans l'esprit desquels elle s'est développée d'une ma-nière originale. Entre Oken et Goethe, la priorité n'est pas dou-teuse Goethe a conçu l'idée en 1 790 Oken en a donné en 1807 le premier développement scientifique mais ce qu'on ne sait pas, et ce qu'il est important d'ajouter, c'est que, dès 1792, le professeur Peter Franck était entré dans la même voie; il avait écrit que chaque vertèbre de la colonne spinale pouvait être considérée comme représentant une région transversale du crâne C'est donc en définitive à Franck comme le remarque très-bien M. Virchow, qu'il faut attribuer le mérite d'une pre-mière vue vraiment scientifique sur la composition vertébrale du crâne.
En continuant l'exposé des découvertes dont Goethe a enrichi l'ostéologie comparée, nous avons encore à signaler les re-cherches qu'il a publiées en 1825 sur les os appartenant à l'or-gane de l'audition, et sur la constitution des membres thora-ciques et abdominaux.
Selon Goethe, l'os pétreux est constitué par deux os tout à fait différents par leur nature, et qu'il convient d'étudier sépa-rément, la bulla et l'os petrosum. La bulla, appelée aussi os tympanique et cercle du tympan, est ronde et comme soufflée chez les chats et les renards, semblable à une poche chez les moutons. Goethe fonde cette distinction fort juste sur l'ana-tomie comparée et sur les lois du développement 1.
Goethe a fait d'heureuses applications de sa méthode aux mo-difications que subissent le radius et le cubitus, le tibia et le péroné, tout en conservant leur plan primitif d'organisation. Sa manière de procéder consiste à prendre pour point de dé-part les membres les moins mobiles, les plus simples dans 1. P. Franck, De curandis hominum morbis Epitorne, Manheim, 1792; et De Vcrtebralis Columnœ in morbis dignitate, oratio academica, 1792. 2. L'étude du développement de l'os temporal confirme l'opinion de Goethe elle apprend que la bulla se forme par un point osseux spécial, qui est le troi-sième dans l'ordre d'apparition. Chez l'homme, la bulla se soude de bonne heure aux pièces voisines; chez les animaux, cette pièce peut rester entièrement distincte. leurs fonctions, et à décrire successivement ceux qui exécutent des mouvements de plus en plus variés; c'est en suivant cette marche qu'il arrive à concevoir le principe de l'adaptation des parties aux fonctions qu'elles doivent accomplir.
« Ces deux os, dit-il, en résumant les fonctions du radius et du cubitus, sont simples et soudés, pesants et forts, lorsque l'animal se borne à marcher et à se tenir debout. Si, au contraire, l'animal est agile, s'il peut courir ou sauter, les deux os ne se meuvent pas l'un sur l'autre; ils sont séparés, et le cubitus est toujours faible. Si l'animal doit saisir avec les membres antérieurs, alors les os s'é-cartent, deviennent mobiles chez l'homme enfin, la pronation et la supination sont complètes, elles permettent des mouvements tout à la fois gracieux et compliqués'. »
Goethe a certainement entrevu, mais d'une manière fort in-complète, le parallélisme signalé par Vicq d'Azir entre les membres thoraciques et les membres abdominaux s. Nous avons parlé jusqu'ici des observations et des décou-vertes dont Goethe a enrichi l'anatomie comparée. Exposons maintenant les travaux et la pensée du poëte sur deux questions qui ont été l'objet plus exclusif de ses études la considération d'un type anatomique au point de vue purement abstrait, la dé-termination du type ostéologique en particulier. Nous nous ar-rêterons longuement sur ce dernier travail il a certainement contribué d'une manière puissante aux progrès de la philoso-phie anatomique'.
Goethe se propose de déterminer les règles à suivre dans la constitution du type ostéologique. Pour y parvenir, il faut d'abord examiner les espèces d'animaux les plus diverses soit à l'état de fœtus soit à l'état d'adulte, rechercher et noter les pièces 1. Sâmmtliche Werke XXVII, 272.
2. M. Martins, le savant traducteur des OEuvres scienlifiques de Goethe, par-tage cette opinion. Cons. son importante dissertation sur la comparaison des membres pelviens et thoraciques de l'homme et des mammifères, Montpel-lier, 1857.
3. Le morceau dont nous allons donner l'analyse a été publié à Iéna en 17S5. sous le titre de Introduction générale à l'anatomie comparée, basée sur l'os-téologie. Cons. Sàoimtliche Weike, XXVII, 201, etc. LaPhilosophie anatomique de Geoffroy Saint-Hilaire date seulement de 1818. osseuses dont leur squelette se compose; on obtiendra ainsi l'ensemble des pièces qui constituent le type, et l'on pourra les grouper suivant les régions auxquelles elles se rapportent. Goethe essaye ce travail et divise le squelette en trois régions la tête, le tronc, les organes appendiculaires. Il comprend dans .le tronc l'épine dorsale et l'épine pectorale ou sternum; il n'hé-site pas à considérer les mâchoires comme des organes appen-diculaires, analogues aux membres thoraciques et abdominaux. De pareilles idées sont bien celles d'un disciple de la nouvelle philosophie.
Ce premier travail achevé, il s'agit de rechercher dans chaque animal les os signalés dans le type, et de déterminer les limites dans lesquelles la nature se joue dans sa formation ostéolo-gique, en quoi elle est constante, en quoi elle est variable. C'est par cette double connaissance de la constance et de la variabilité qu'il deviendra possible de suivre la même pièce osseuse dans la série animale, et d'établir les lois qui président aux modifications qu'elle a subies.
D'après Goethe, l'ostéogénie est constante 10 en ce qu'un même os est toujours à la même place; 2° en ce qu'il a toujours la même destination. Il faudra en conséquence, pour recon-naître l'identité des os, procéder d'après les principes sui-vants
1° Chercher chaque os à la place qu'il doit occuper;
2° Chercher, d'après sa position dans l'organisme, à en dé-couvrir les usages;
3° Déterminer la forme qu'il peut et doit avoir en général et d'après sa destination;
4° Déduire par abstraction, soit de l'observation, soit de l'idée, les modifications de formes;
5° Indiquer autant que possible, pour chaque pièce, les mo-difications qu'elle subit, en classant ces modifications dans un ordre invariable.
Pour bien faire comprendre à quelles applications impor-tantes peuvent conduire ces principes, choisissons un exemple. Il y a dans le pied du cheval un os long et unique en apparence, qu'on nomme canon; est-il l'analogue du fémur, du tibia ou de quelque autre pièce appartenant aux membres postérieurs humains? Est-il un os spécial au cheval ? Qu'on examine ses connexions. En haut, il avoisine de pelits osselets qui le séparent du tibia; en bas il s'articule avec les os grêles, qui sont incon-testablement des phalanges. Quel os humain a la même con-nexion ? Un seul, le métatarse. Le canon du cheval n'est donc autre chose qu'un os métatarsien. L'exemple que nous rappor-tons a été souvent cité par Geoffroy Saint-Hilaire; plus que Goethe, cet illustre anatomiste a insisté sur le principe des connexions dont il a fait le point de départ de sa théorie des analogues. « Le principe des connexions, écrit-il dans sa Phi-losophie anatomique, me guide comme une autre boussole, rap-proche les différents points du théâtre de mes explorations. En simplifiant les recherches, il met les considérations de la Philosophie anatomique à la portée du plus grand nombre; je me flatte que ce nouveau moyen de recherches aura un jour quelque influence sur les études médicales »
Après avoir établi le fait fondamental de la constance des pièces osseuses, et signalé le principe des connexions comme un moyen de la déterminer, Goethe énumère les circonstances suivantes dans lesquelles les pièces osseuses peuvent varier, et masquer à nos yeux le type primitif Différences dans le développement des os, Différences dans les soudures, Différences dans les limites, Différences dans le nombre, Différences dans la grandeur, Différences dans la forme.
Le poëte s'attache d'abord aux différences dans le développe-ment et dans la délimitation du système osseux en général.
« On ne saurait, dit-il, considérer le système osseux isolément car il fait partie de l'ensemble du système organique; il est en con-nexion avec les autres parties molles, ou à demi molles. Quelques tissus sont plus ou moins rapprochés du système osseux et capables de se durcir.
« d'fisf ce, que nons voyons avec évidence, en suivant le dévelop-- 1. Cons. Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique, Discours prélimi-naire, p. 38, Paris, 1818. pement d'un os, chez un animal, avant et après sa naissance; il passe successivement à l'état de membrane, de cartilage, jusqu'à la formation des noyaux osseux. Nous constatons les mêmes faits chez les personnes âgées et dans certains états morbides; alors di-vers tissus qui ne sont point liés directement au système osseux, s'ossifient et contribuent à augmenter l'étendue du squelette. « La nature a employé le même procédé pour augmenter çà et là le développement osseux chez les animaux, et produire chez quel-ques-uns des masses osseuses, là où chez d'autres il n'existe que des tendons et des muscles. Ainsi, par exemple, chez certains ani-maux, et je puis citer le cheval et le chien, on trouve en connexion avec le cartilage de l'apophyse styloïde du temporal, un os oblong, aplati, offrant l'aspect d'une petite côte, dont la destination et les rapports sont encore à chercher. On sait aussi que chez l'ours et quelques chauves-souris, le membre viril renferme un os on pourrait encore rapporter plusieurs faits semblables.
« Quelquefois aussi, agissant en sens opposé, la nature paraît renfermer le système osseux dans des limites plus étroites, et sup-primer tantôt une pièce et tantôt une autre. C'est ainsi que la cla-vicule manque entièrement chez certains animaux' Ne sortons pas de notre sujet, et n'oublions pas cependant ce que nous avons déjà dit, c'est que les parties molles, liquides et dures de l'économie ne forment qu'un tout dans un corps organisé, et que la nature peut librement les modifier dans un sens ou dans un autre'.
Nous aimons à interrompre un instant notre exposition pour rappeler que les études d'anatomie microscopique ont donné, depuis les travaux de Schwann, de Henle, de Virchow, une con-firmation à cette dernière idée les liquides et solides de l'or-ganisme dérivent d'un blastème primitif, et le point de départ des formations est la cellule'; les études d'anatomie pathologi-- 1. La clavicule manque chez les cétacées, les ruminants, les solipèdes; elle est complète chez les cheiroptères, beaucoup de rongeurs; elle est incomplète chez la plupart des carnassiers et quelques rongeurs, par exemple les agoutis, les lièvres.