‹ Œuvres scientifiques de GoetheChapitre 25 sur 79 · Op. cit. XXVII,'p · texte numérisé non relu

Op. cit. XXVII,'p

3. Koelliker et Virchow ont également constaté que les os, les cartilages, les ligaments élastiques, les tissus celluleux et muqueux, appartiennent à une même formation histologique caractérisée par des cellules fusiformes, et qu'ils sont susceptibles de se transformer l'un dans l'autre. Consultez Koelliker, Élé-ments d'Histologie humaine traduction française. Paris, 18!ifi; et Virchow, Pathologie cellulaire, traduction française. Paris, 1861. que apprennent aussi qu'il n'est pas rare de trouver dans di-verses régions du corps des tissus normaux anomalement dé-veloppés* c'est ainsi que les éléments glanduleux, épitéliaux, cartilagineux, osseux, se développent, dans quelques circon-stances, en dehors de leur place habituelle.

Une seconde cause capable de modifier le type osseux, résulte de la différence dans les soudures; Goethe apprécie ainsi cette déviation du type primitif « Il est constaté que chez le fœtus humain et les enfants nouveau-nés le nombre des pièces osseuses est plus considérable que chez l'adulte, plus grand que chez le vieillard. Nous reconnaîtrions avec quel empirisme on a procédé à la description des os humains et en particulier des os de la tête, si l'habitude ne nous avait rendue sup-portable cette méthode vicieuse. On choisit une tête, et, sans s'en-quérir de l'âge du sujet, on cherche à séparer par les moyens mé-caniques les pièces de cette tête; on considère alors comme parties distinctes les os qui, par leur union, ne formaient d'abord qu'un ensemble.

« Il paraît étrange que les anatomistes poursuivent jusque dans leurs subdivisions les plus ténues, les autres systèmes de l'orga-nisme, tels que les muscles, les nerfs, les vaisseaux; tandis que s'il s'agit des os, ils se contentent d'une notion superficielle. Quoi de plus contraire, par exemple, à l'idée et aux usages de l'os temporal et de l'os pétreux, que de décrire ces deux pièces comme n'en for-mant qu'une. On sait depuis longtemps, et l'anatomie comparée dé-montrera que, pour nous faire une juste idée de la formation de l'organe de l'ouïe, non-seulement l'os pétreux doit être absolument distingué de l'os temporal, mais qu'il faut encore admettre dans chacun de ces os deux pièces distinctes.

« Nous verrons par la suite que ces soudures des os ne sont pas l'effet du hasard car rien dans l'organisme ne saurait être attribué au hasard; mais qu'elles sont soumises à des lois, qu'il n'est, ni facile de découyrir, ni facile d'appliquer lorsqu'on les a dé-couvertes. Voici donc la marche à suivre Par -la composition du type, nous nous efforcerons de connaître l'ensemble des os, puis dans les recherches sur le squelette de chaque genre, de chaque espèce, de chaque individu, nous décrirons avec soin les os dis-tincts et ceux qui sont s.'parables. De cet examen, nous retirerons un grand avantage nous apprendrons à reconnaître les parties distinctes, lors même qu'elles n'offriraient aucune trace de leur sé--

ŒUVHES SCIENTIFIQUES.

paration; le règne animal se présentera à nous sous la forme d'une image unique, et nous ne prétendrons pas qu'un os manque dans telle espèce ou dans tel individu, parce qu'il se dérobe à nos re-gards. Nous apprendrons à voir avec les yeux de l'esprit, sans lesquels, même dans les sciences naturelles, nous tâtonnons en aveugles.

« De même que chez les fœtus, l'occipital se compose de plusieurs parties, et que cette connaissance nous fait comprendre la formation de l'os arrivé à son état de complet développement, de même l'ob-servation des différents animaux nous expliquera la séparation souvent bizarre des pièces osseuses; elle nous éclairera sur les for-, mes si difficiles à concevoir, si impossibles à décrire qu'affectent les os chez les autres animaux et surtout chez l'homme. C'est ainsi, comme nous en avons déjà fait la remarque, que pour expliquer l'organisation complexe des mammifères, nous aurons à descendre jusqu'aux amphibies, aux poissons, et plus bas encore. Nous trou-verons dans cette investigation, une solution à nos doutes. Les os peuvent différer dans leurs limites, et se trouver dès lors en rapport avec des pièces ordinairement très-distinctes; ainsi chez les chats l'apophyse latérale de l'intermaxillaire s'articule avec le frontal; chez le singe, les os pariétaux se sou-dent avec le sphénoïde et écartent le frontal des temporaux. Les os peuvent différer par leur nombre; on sait fort bien que ce nombre est loin d'être constant, et c'est un fait facile à vérifier par l'examen des pièces de la colonne vertébrale et des extrémités'. 1.

Les os diflèrent essentiellement par leurs proportions, et, à cet égard, Goethe demande jusqu'à quel point la grandeur peut exercer une influence sur la forme. Il observe que les mammi-fères les mieux développés ne dépassent pas un certain volume, et que les difformités sont plus accusées si les animaux ont une plus haute stature.

Quant aux différences dans la forme des os, elles sont de toutes 1. Le plus souvent, on compte chez les mammifères douze à treize vertèbres dorsales; cependant, la plupart des solipèdes en ont dix-huit à vingt, le Cho-loepus didaclylus en a jusqu'à vingt-quatre; les variations dans le nombre sont encore plus marquées à la région caudale; on en compte daus cette rtgion de quatre à cinq, quarante et à quarante-cinq. Consultez les tableaux donnés par Cuvier (leçons d'Anatomie comparée, I, p. 177). les modifications du squelette celles qui compliquent le' plus la recherche du type.

« Qui prendrait, en effet, pour des parties analogues le membre supérieur d'une tortue et d'un lièvre? Mais comment expliquer que les membres analogues de certains animaux puissent différer si com-plètement l'un de l'autre par la forme, c'est un point sur lequel nous avons d'abord à présenter quelques remarques.

« Chez un animal, une pièce osseuse peut être simple ou seule-ment à l'état rudimentaire; chez un autre, au contraire, on trouvera le même os entièrement développé et aussi complet que possible. Ainsi, par exemple, l'os intermaxillaire de la biche diffère tellement de celui du lion, qu'il paraît au premier abord impossible d'établir entre eux aucune comparaison.

« Un os peut être développé dans un certain sens, mais tellement gêné et comprimé en d'autres sens, qu'il devienne impossible de le reconnaître. Il en est ainsi pour les pariétaux chez des animaux pourvus de bois ou de cornes, comparativement aux mêmes os chez l'homme, pour l'intermaxillaire du morse comparé à celui des car-nassiers.

« D'ailleurs, si un os remplit strictement sa destination, il aura une forme plus fixe, plus déterminée qu'un os analogue dont la masse est plus considérable qu'il n'est nécessaire pour l'usage; ce dernier os sera singulièrement modifié et boursouflé. C'est ainsi que les sinus rendent méconnaissables les os plats chez le bœuf et le cochon, tandis que les mêmes pièces sont parfaitement caractérisées dans le genre chat.

« Il est un autre cas dans lequel un os semble avoir complétement disparu c'est le cas de soudure avec un os voisin, lorsque cet os, en raison de son voisinage, assimile plus de matière osseuse que ne le permet son développement régulier; par suite, la pièce osseuse voisine est tellement réduite, qu'elle disparaît à peu près compléte-ment. Ainsi, dans la baleine, les sept vertèbres cervicales sont sou-dées si complètement qu'elles paraissent réduites à l'atlas muni d'un appendice.

« En définitive, ce qu'il y a de plus constant, c'est la place de chaque os et son usage dans l'économie. Aussi dans nos études nous chercherons toujours chaque os à sa place, et nous parviendrons à le trouver, bien qu'il soit souvent rejeté, comprimé, atrophié, quel-quefois même développé d'une façon anomale. Nous verrons en-suite, d'après la place qu'il occupe dans l'organisation, quels peuvent être ses usages; nous parviendrons enfin à reconnaître comment ces usages peuvent déterminer une forme, dont en général, il ne s'écarte guère.

« On pourra déterminer, soit a priori, soit par la voie de l'expé-rience, les modifications de formes possibles dans les pièces osseuses. On devra chercher pour chacune d'elles à représenter dans un certain ordre les transformations qu'elle subit; on procédera du simple au composé ou réciproquement, suivant que l'on trouvera plus claire telle ou telle méthode. On comprendra facilement combien la mo-nographie d'un os suivie dans toute la classe des mammifères pour-rait être profitable, et nous ne doutons pas qu'une description com-plète et exacte ne facilite beaucoup la construction du type. »

Goethe a donné le premier, l'exemple de la méthode qu'il ap-pelait de ses vœux. Son grand mérite en ostéologie comparée n'est pas seulement d'avoir posé les principes et entrevu les résultats, mais d'avoir établi une méthode sage et rigoureuse, qui a guidé plus d'une fois les anatomistes dans la voie des dé-couvertes. C'est de cette méthode que R. Owen a dit Quand le génie de Goethe suggéra aux anatomistes l'idée de représenter par des figures et d'indiquer par des signes et des chiffres les relations mutuelles et les affinités secrètes des os, il traça par cela même le véritable but des recherches homologiques et la meilleure méthode d'en exprimer les résultats1. » Il

Cette méthode, nous la trouvons partiellement exposée au chapitre vi de l'histoire des travaux anatomiques de l'auteur, sous le titre de Méthode à suivre pour établir une comparaison réelle entre diverses parties isolées.

« Pour multiplier, dit Goethe, pour rendre plus faciles à saisir dans un champ aussi vaste, les rapports immédiats, on doit placer les différentes parties animales les unes auprès des autres, mais toujours dans un ordre différent. On range, par exemple, les vertèbres du col en allant de la plus longue à la plus courte, ce qui rend immé-diatement saisissable la loi de leurs modifications; il y a un long chemin de la girafe à la baleine; on ne s'égarera pas cependant dans les détails, si on sait choisir les points de repère les plus essentiels pour atteindre le but. Là où les matériaux manquent, on pourra

f. R.Owen, Op; cit., p. 369. eombler la lacune par le dessin; c'est ainsi que Merck a donné une excellente figure de la girafe qui existait à la Haye. « C'est ainsi que j'ai examiné le bras et la main, depuis les ani-maux, chez lesquels ils ne représentent que des points d'appui, des colonnes de sustentation destinées seulement aux mouvements les plus indispensables, jusqu'aux animaux supérieurs, où ils accom-plissent, par un admirable mécanisme les mouvements de pronation et de supination.

« J'ai étudié de la même manière la jambe et le pied depuis leur état d'appuis immobiles jusqu'à celui où ils se transforment en res-sorts déliés, où ils deviennent comparables aux bras par la forme et les fonctions; c'était également une satisfaction pour mes yeux et pour mon esprit, de suivre les membres, du phoque au singe, à partir de leur plus grand état de raccourcissement jusqu'à leur allongement complet quelques-uns de ces essais sont achevés, d'autres sont pré-parés, d'autres sont détruits ou perdus. Peut-être nos vœux seront-ils accomplis sous l'influence de l'astre favorable qui éclaire la science? en tous cas, de pareilles comparaisons sont faciles aujourd'hui, puisque chaque musée possède des squelettes incomplets que l'on peut employer avantageusement pour cet usage. « L'os ethmoïde donnerait également lieu à d'intéressantes consi-dérations on pourrait le suivre chez les animaux depuis le Dasypus, par exemple, où il acquiert son complet développement et sa plus grande largeur, jusqu'au singe, où il se trouve amoindri par le rapprochement et l'agrandissement des cavités orbitaires, disposi-tion dont la conséquence est la disparition de l'espace intraorbi-taire.

« Comme je voulais disposer dans un certain ordre les observa-tions à faire ou déjà faites, afin d'avoir plus facilement sous la main et de mettre en ordre les faits recueillis,. j'avais construit un ta-bleau que je portais toujours dans mes voyages; par ce moyen je consignais des faits qui confirmaient ou rectifiaient mes observations; j'avais aussi une vue d'ensemble, et je pouvais m'occuper d'un ta-bleau plus général.

« Si on veut, à l'aide du tableau ci-dessus, comparer les diverses parties d'un même animal, on devra lire du haut en bas la colonne verticale; si on désire au contraire établir une comparaison de la même partie chez les divers animaux, on devra suivre la colonne horizontale et on découvrira sans peine les changements déforme. »

Voici un extrait du tableau synoptique que Goethe avait ima-giné; il donnera une idée du soin avec lequel le poëte recueil-lait les observations ostéologiques.

TABLEAU DESTINÉ A ENREGISTRER MÉTHODIQUEMENT, ET A RECUEILLIR AVEC ORDRE

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