‹ Œuvres scientifiques de GoetheChapitre 29 sur 79 · Briefweichel, zwischen fiorthe mid PiTOner, p · texte numérisé non relu

Briefweichel, zwischen fiorthe mid PiTOner, p

DEUXlËMJi: PARTIE.

dans une généralisation funeste les choses qui n'ont de vie et de force que par les faits particuliers »

Les travaux géologiques et minéralogiques de Goethe consis-tent essentiellement en une description des terrains et des roches qui composent plusieurs contrées de la Bohême, cé-lèbres, soit par leurs sources thermales, soit par leurs exploi-tations métallurgiques. Le poëte a complété ses observations particulières par des considérations générales résumées dans trois écrits une lettre adressée le 25 novembre 1807 à M. de Leonhard, un article sur la géologie en général, publié en 1820, une dissertation sur la configuration des grandes masses inor-ganiques, datée de 182ji. A ces travaux, Goethe ajoute quelques analyses des ouvrages géologiques les plus importants de son époque.

A la suite de plusieurs voyages à Carlsbad, en Bohême, Goethe publia, avec l'aide de Joseph Muller, un des collecteurs du pays, la description détaillée des roches qui forment les mon-tagnes des environs de cette ville célèbre par ses eaux; cette no-tice abrégée, qui fut son coup d'essai en géologie, a servi bien des fois de guide aux visiteurs de cette contrée. Sans insister sur les détails indifférents aux personnes étrangères à la loca-lité, nous constaterons que, dans cette description, l'auteur a classé les roches suivant leur origine neptunienne, plutonienne et métamorphique.

Le métamorphisme sur lequel Léopold de Buch a tant in-sisté n'était pas inconnu à Goethe, bien qu'il n'eût qu'une vague idée des modifications que le feu pouvait imprimer aux roches neptuniennes. Goethe parle dans son mémoire des roches argi-leuses et siliceuses modifiées par une combustion souterraine qui a agi sur l'argile schisteuse, l'argile pure, la roche quart-zeuse, les fragments roulés de granit; l'argile schisteuse a tellement durci par le feu qu'elle donne des étincelles par le briquet; sa couleur passe au rouge foncé; dans quelques échan-tillons même, on constate le passage à l'état de scorie bulleuse et de porcellanite*. « 1. Riemer, Mittheilungen Uber Goethe, etc. 11 p. 680. 2. En lisant attentivement la description minéralogique de Carlsbad, la lettre à Leonhard. on ne saurait douter que Goethe n'ait eu une idée du métamor-- Goethe signale parmi les roches des environs de Carlsbad, des échantillons de granit pénétrés par des veines de silex corné et de carbonate calcaire, et il n'hésite pas à considérer ces forma-tions comme contemporaines; c'est là une erreur que le poëte n'aurait pas commise s'il avait tenu compte des épanchements successifs des roches ignées et des dislocations qu'elles peuvent produire dans les roches préexistantes.

Quoi qu'il en soit de ces erreurs, le premier travail de Goethe, imprimé dans le manuel de Leonhard, attira l'attention des savants, et valut à son auteur des compliments auxquels il était loin d'être insensible. Encouragé par ce succès, l'auteur se hâte d'adresser à M. de Leonhard la suite de,son travail, consistant surtout en des vues générales dont il avait hésité jusqu'alors à entretenir le public. Voici en quels termes il expose ses vues à l'éminent géologue

« J'avoue volontiers que je reconnais des effets simultanés là où d'autres voient des effets successifs; dans certaines roches où d'autres voient un conglomérat, une accumulation, un aggrégat de fragments, je ne distingue qu'une masse hétérogène analogue, au porphyre, composée de fragments divers réunis par la consolidation; il suit de là que mon explication est plutôt chimique que mécanique.

« Certainement on disputerait moins, j'en suis convaincu, sur les faits scientifiques, leurs conséquences, leurs explications, si au préa-lable chacun apprenait à se connaître, s'il savait à quel parti il se range et quelle est la manière de penser la plus conforme à sa na-ture nous dirions alors franchement quelles maximes nous dirigent; nous ferions connaître avec calme nos observations et les opinions auxquelles elles nous conduisent, sans nous engager dans aucune espèce de polémique; car toutes les polémiques n'aboutissent en définitive qu'à un résultat, c'est que les deux idées antagonistes ne tendent pas à se rapprocher, mais à se formuler plus clairement, et que chacun persiste avec d'autant plus d'obstination dans l'opinion qu'il soutient. Si donc, on ne pouvait tomber d'accord avec moi sur mes théories géologiques, je désirerais qu'on prît en considération le principe duquel je pars et auquel je reviens sans cesse; c'est phisme, c'est-à-dire des modifications profondes que les roches, une haute température, peuvent exercer sur les éléments inorganiques qui les entourent; toutefois, les expressions dont il se sert sont assez ambiguës pour laisser subsis-ter des doutes que pour notre part nous ne partageons pas. dans cette intention que je désire ajouter quelques remarques à mon essai.

« On peut étudier à Carlsbad, dans un espace circonscrit, plu-sieurs variétés de granit disposées l'une auprès de l'autre. Les par-ties constituantes de ces granits varient par la ténuité ou le volume des grains, les proportions ou le mode d'union des éléments essen-tiels c'est ce qu'on peut voir en beaucoup d'endroits où ils ont été dénudés par les effets naturels ou les travaux de l'homme. Si on remarque comment se tiennent toutes ces masses, comment ces va-riétés participent à un même caractère commun, alors on considère volontiers comme contemporaines, les roches adossées l'une à l'autre sous forme de bancs, de couches, de gangues, les masses qui s'in-tercalent et se penchent. La question de savoir s'il existe des gra-nits anciens et récents, s'il y a un granit régénéré m'a toujours paru d'une solution très-délicate en y réfléchissant on comprendra que mes doutes viennent de ce qu'on a donné une définition trop res-treinte du granit, et qu'on ne l'a pas étendue autant que les obser-vations le rendaient nécessaire; on a préféré recourir, pour expliquer le phénomène, aux conditions extérieures et à des déterminations accessoires.

Goethe revient à la suite de ces considérations, sur plusieurs des roches des environs de Carlsbad; il insiste en particulier sur quelques feldspath modifiés par des micas, sur des couches de gneiss incluses dans des schistes porphyriques, sur les vei-nes étroites de silex corné injectées dans un granit à grains fins; tous ces échantillons soulèvent des questions fondamen-tales en géologie.

« Étudions les échantillons, continue Goethe, dans l'ordre des numéros du catalogue, suivons les veines étroites du silex corné à travers le granit à grains fins; elles se divisent, se séparent pour se réunir de nouveau, et contiennent des masses isolées de granit qu'elles coupent en tous sens; considérons comment la masse de silex corné augmente, et comment le granit, de contenant qu'il était (continens), devient le contenu (conlenlum) nous sommes alors disposés à revenir à notre explication des phénomènes simultanés. Nous le faisons d'autant plus volontiers que les partisans des phé-nomènes successifs, à cause des arêtes aiguës des masses granitiques, sont forcés d'admettre non-seulement un morcellement du granit, mais encore une intervention immédiate de la masse siliceuse. Sur un point les deux explications se rapprochent, car si l'un des obser-vateurs dit simultané, l'autre dira immédiatement successif. « Du reste, on pourrait peut-être appeler cette roche, une trans-formation (auslavfen) du granit, et l'on désignerait par ce mot la fin d'une époque, tandis que là où une autre époque succède immé-diatement, la transformation pourrait être plus justement nommée une transition. »

Dans la lettre que nous venons de citer, Goethe insiste sur deux vues auxquelles il revient sans cesse dans d'autres écrits géologiques. Il n'admet qu'une seule roche fondamentale, le granit, d'où toutes les autres dérivent par voie de transforma-tion il suppose que les granites et les roches qui en provien-nent sont des modifications simultanées, contemporaines, se rattachant à une seule époque.

Cette dernière idée est complétement en contradiction avec les faits et les enseignements de la géologie actuelle; rien n'est mieux démontré en effet que la succession des roches pluto-niennes et l'apparition des granits aux époques successives de la formation du globe. Pendant longtemps on s'était borné à la détermination de l'âge relatif des couches neptuniennes, mais les géologues ont bientôt reconnu qu'il était également possible de déterminer l'âge relatif des roches formées par la voie ignée. Lorsqu'on trouve en effet, au milieu de blocs granitiques, des veines de silex ou de chaux carbonatée, n'est-il pas naturel de penser que l'injection de ce silex ou de cette chaux est posté-rieure à l'apparition du granit? Lorsqu'on trouve des veines de granit au milieu de couches argileuses et calcaires dont l'âge est exactement déterminé par les débris fossiles, n'est-il pas logique d'admettre que l'apparition du granit est postérieure à l'existence de ces couches elles-mêmes f et qu'ainsi, on peut reconnaître des granits d'âges différents depuis les temps pri-mitifs jusqu'aux formations les plus récentes? Des exemples nombreux viennent à l'appui de ces suppositions. On a constaté qu'à l'île d'Elbe le granit apparaît au milieu des couches ter-tiaires inférieures, qu'aux environs d'Alger il pénètre sous forme de filons, les calcaires du terrain tertiaire supérieur; que dans le Jungfrau et l'Oberland bernois il soulève sous forme de coins le terrain jurassique, que dans les montagnes de l'Oisans il s'élève au-dessus de ce calcaire et le recouvre. Les géologues ont étendu à l'ensemble des roches plutonien-nes ces observations auxquelles le granit a donné lieu, et ils ont pu en déterminer l'ordre chronologique d'apparition il est admis aujourd'hui que les granits et les syenites sont les roches les plus anciennes; que les porphyres se sont montrés posté-rieurement, qu'ils ont été suivis par les trachytes, les basaltes, et en dernier lieu, par les laves des volcans. Malgré ces résultats importants, le problème de l'âge des roches plutoniennes est loin d'avoir reçu sa solution définitive on peut sans doute en appliquant les règles de la superposition et de l'intersection des dépôts, reconnaître une limite d'âge infé-rieure, mais la limite d'âge supérieure reste toujours incer-taine elle ne peut guère être fixée que par le mélange de conglomérats neptuniens avec des fragments de la roche pluto-nique si ces fragments sont inclus, on est bien forcé d'admettre l'antériorité des dépôts neptuniens.

Nous signalons ces difficultés elles ne modifient d'ailleurs en rien le jugement que nous avons à porter sur l'hypothèse de Goethe. Il n'est pas vrai que l'apparition des granits ait été simultanée; l'erreur que Goethe a commise en soutenant cette proposition est même d'autant plus inexpliquable que par l'ex-pression de granit, il désigne un ensemble de roches d'une composition minéralogique différente Nous avons dit qu'une autre idée fondamentale de Goethe en géologie est celle d'un type général d'où dérivent les roches par voie de métamorphose; ce type général est le granit, et c'est par la disposition, la prédominance, les modifications des trois éléments constitutifs de cette roche type, qu'il cherche à com-prendre l'apparition des autres roches.

Pendant ses séjours à Carlsbad, Goethe avait été frappé de la présence de volumineux cristaux de feldspath dans les roches granitiques à ces cristaux s'associaient les éléments du granit, plus ou moins épars; tantôt le mica y était disposé en feuillets, 1. l'our plus de détails, nous renvoyons à l'excellent Abrégé de Géologie de M. d'Omalius d'Halloy, Paris. 1853, p. 431. tantôt le quartz était isolé, et recouvert çà et là de paillettes micacées; les trois éléments du granit pouvaient donc se disso-cier, varier par leur mélange, leur texture intime, et devenir autant de roches particulières.

On ne peut nier que l'idée de Goethe ne soit vraie en de cer-taines limites, et qu'à la constitution du granit ne se rattache celle d'une foule de roches, considérées longtemps comme par-faitement distinctes. C'est ainsi que la pegmatite, la leptynite, le pétrosilex, les porphyres, etc., dérivent du granit.

La pegmatite n'est qu'un granit dans lequel le mica est réduit à de faibles proportions tandis que les cristaux de quartz, allongés en certains sens, dessinent des caractères régu-liers à la surface des fragments. Si les cristaux de feldspath et de quartz deviennent assez petits pour que la roche prenne une texture grenue, la pegmatite est passée à l'état de leptynite; si l'atténuation des grains continue, la roche passe à l'état com-pacte, elle forme ce que les minéralogistes appellent pétrosilex; si la pâte de pétrosilex enveloppe des cristaux de feldspath dis-séminés dans la masse, la roche s'appellera un porphyre. Nous pourrions signaler bien d'autres transformations dont le granit est le point de départ, et prouver par des faits nombreux l'im-portance de l'idée morphologique dont Goethe a, un des pre-miers, essayé de faire l'application à la minéralogie; malheu-reusement, le poëte est allé trop loin dans cette voie, et sous le nom de granit il a confondu des roches entièrement distinctes, et par leur constitution chimique, et par leur origine. Il est impossible d'appeler granits les serpentines, les diallages, les trapp, les trachytes, les basaltes et une multitude d'autres es-pèces dont la nature minéralogique est parfaitement tranchée. En développant ces vues, il n'est pas douteux que Goethe n'ait eu l'intention arrêtée de rattacher à une même idée, à l'idée de la métamorphose, ses conceptions en minéralogie, en zoologie et en botanique. C'est en cédant à cette tendance qu'il est tombé dans l'erreur.

La configuration extérieure des roches avait particulièrement frappé Goethe dans les voyages qu'il fit aux diverses époques de sa vie, soit dans le Hartz, soit en Bohême; il s'était plu d'abord à considérer en artiste, à reproduire par le dessin, les blocs de rochers, tantôt empilés les uns sur les autres, tantôt dis-posés en colonnes ou en murailles verticales; il voulut bientôt se rendre compte en savant, de la cause qui avait présidé à ces étranges dispositions; de là, son important mémoire sur la con-figuration des grandes masses inorganiques. Ce mémoire, dont nous présenterons une analyse détaillée, complète les vues et les observations du poëte sur la question de l'origine, de la for-mation, et des modifications éprouvées par les roches'. On rencontre souvent sur les hautes montagnes des blocs de neige divisés en masses irrégulières, dont la forme est celle de parallélipipèdes superposés, ou placés partiellement suivant la direction verticale; Goethe suppose qu'il en a été, et qu'il en est encore de même des masses minérales; en se solidifiant, elles se sont partagées en parallélipipèdes qui peuvent se trou-ver disposés de diverses façons, l'un par rapport à l'autre.

« Pour faire mieux comprendre la structure de ces masses, qu'on se les représente comme traversées par un treillis de forme cubique; on peut ainsi les supposer séparées en différentes parties affectant la forme d'un cube, d'un parallélipipède, d'un rhombe, d'un rhom-boïde, d'un cylindre ou d'un parallélipipède aplati.

« Ici nous devons présenter une remarque cette division doit être considérée comme idéale, possible, in potentia; souvent les blocs, résultat d'une action ancienne ou récente, sont condamnés à un éternel repos; les scissions que la nature y avait indiquées comme possibles ne se réalisent pas; ce n'est que çà et là qu'on en peut saisir quelques-unes in actu. C'est à peine si; dans les grandes chaînes de montagnes, on découvre quelques unes de ces formes isolées; renfermées au milieu du vaste ensemble, elles se dérobent aux regards'. » »

A la suite de ces premières indications, Goethe donne un catalogue des dessins qu'il a fait exécuter pour appuyer sur un ensemble de faits incontestables, les assertions qu'il soutient; il continue à développer sa thèse de la manière suivante

« Les grandes masses inorganiques prennent, en se solidifiant, des formes régulières nous les avons cnmparées, pour plus de pré-cision, à un treillis de forme cubique, et nous avons donné le cata-logue d'une série de dessins recueillis dans ce but et conservés soi-gneusement depuis plusieurs années.

» Nous devons considérer comme très-important l'instant du pas-sage à l'état solide. La solidification est le dernier acte du devenir (des werdens), du passage de l'état liquide à l'état solide, expression finale de tout ce qui est définitif.

« Dans la solidification, dans le passage du liquide au solide, il s'opère une séparation, tantôt dans l'ensemble, tantôt seulement dans le centre de la masse.

<t Cette division réticulée primitive de laquelle nous disons, pour nous exprimer brièvement, qu'elle est in actu lorsqu'elle se réalise, et in potentia lorsqu'elle n'est qu'indiquée, ne se reproduit pas non plus sans séparation. En effet, les masses de montagnes sont plus ou moins réunies; de là l'apparition de filons contemporains (gleichzei-lige). (Nous employons provisoirement cette expression un peu con-fuse.) Parallèles aux divisions de la roche, ces filons forment des escarpements, si les divisions sont verticales; on les désigne sous le nom de bancs ou de couches, si elles sont inclinées sous des angles divers. Nous considérons de semblables filons comme contemporains des massifs de montagnes; l'observateur qui a vu les filons de granit graphique enfermés dans un granit dont ils suivent l'inclinaison et les fissures, comprendra parfaitement le sens que nous attachons à ces expressions.

« Chaque division dépend donc de la forme générale, et se repro-duit dans la direction des lignes de treillis. Que ce peu de mots suf-fisent sur une vérité énoncée cent fois avec plus ou moins de bonheur. Qu'on se souvienne de la théorie du remplissage des filons; elle prit tellement le dessus, que les travaux intelligents d'un savant de mé-rite, M. de Charpentier, furent dédaignés, délaissés, abandonnés, pour n'être enfin tirés de l'oubli que par des plaisanteries; rappeler les travaux de cet observateur ingénieux et sensé, ce serait produire une favorable impression, et amener, peut-être, à des résultats utiles à la, science'. »

1. Les partisans de l'école de Werner supposaient que les filons sont des fentes remplies de haut en bas par l'effet des eaux qui baignent la surface de la terre. C'est sans doute à cette opinion maintenant abandonnée que Goethe fait allusion. D'après Charpentier, l'injection des filons aurait lieu au contraire de bas en haut, par des émanations gazeuzes qui s'échapperaient des matières en fusion situées au-dessous de l'écorce solide du globe; on a aussi attribué l'origine des filons à une injection directe des matières fluides intérieures. En France, les géologues sont encore très-divisés sur ces questions difficiles. M. Fournet est partisan de l'injection des matières liquides; M. Ëlie de Beaumont soutient l'hypothèse des émanation* gazeuses. Goethe continue en signalant deux circonstances importantes qui accompagnent la solidification des grandes.masses, et leur division en fentes suivant'des directions déterminées; il s'agit d'une modification qui explique la nature des roches porphy-roïdes, et de l'ébranlement particulier, consécutif au passage des corps de l'état liquide à l'état solide.

Lorsqu'à l'instant de la solidification, les matières homogènes se séparent, le contenant s'isole du contenu, le corps simple, du composé, il y a tendance à la structure porphyroïde dans laquelle de gros cristaux se trouvent disséminés au milieu d'une pâte amorphe. L'observation suivante due à Goethe, fera très-aisément concevoir la nature de ce phénomène, et l'appli-cation qu'on peut faire à la géologie, de quelques expériences fort simples, que la nature met chaque jour sous nos yeux. « J'avais reçu, dit Goethe, un flacon d'opodeldoch. Au sein de la masse homogène et translucide de ce liquide, on pouvait distinguer des corpuscules blancs, arrondis, cristallisés, de la grosseur de très-petits pois. En prenant des informations, j'appris que cette sub-stance avait été préparée depuis plus de trois semaines; dès le second et le troisième jour, les points blancs s'étaient montrés; ils avaient grossi peu à peu en prenant une forme cristalline; depuis lors, leur développement n'avait fait aucun progrès. On a trouvé de plus que dans les petits flacons, les corpuscules sont plus nombreux et moin-dres en volume qu'un grain de millet. On peut en conclure que la capacité du vase contenant exerce une influence sur la formation des cristaux; ce fait pourra servir à l'explication de plus d'un phénomène géologique. »

Lorsqu'un corps se solidifie, il se produit des ébranlements qui peuvent amener dans la masse une multitude de scissures disposées avec régularité. Une cause semblable explique, d'après Goethe, la structure si caractéristique des marbres ruiniformes de.Florence et des jaspes rubanés des environs d'Illemenau.

« Le marbre de Florence provient sans doute d'une matière in-filtrée, disposée sous forme rubanaire; un léger ébranlement a coupé les lignes régulières par des scissures verticales, a détruit l'horizontalité des lignes, relevant les unes, abaissant les autres, de façon à donner au tout l'apparence d'une muraille crevassée. « Je possède un échantillon du même marbre, tel que je n'en ai jamais vu de semblable. La masse, sur le fond noir de laquelle se détachent des parties plus ou moins foncées, n'a pas la tendance, comme chez les autres échantillons, à se partager en zones ruba-nées mais les éléments, nageant isolément les uns à côté des autres, se sont solidifiés par suite de la commotion qui accompagne le pas-sage à l'état solide; ainsi la masse a été partagée dans tous les sens par une quantité de fissures plus petites; voilà pourquoi on dis-tingue dans le marbre de petites surfaces diversement colorées, limi-tées par des lignes droites, affectant la forme de triangles, de qua-drilatères et surtout de rhombes à angles aigus ou obtus.

« Nous trouvons en grand des apparences semblables; car il suf-fit, pour remarquer une incontestable similitude, de comparer aux tablettes de marbre ruiniforme de Florence, des échantillons pro-venant des couches de Riegelsdorf.

« Nous insistons sur ces détails pour démontrer que la nature n'a pas besoin de recourir à des moyens puissants pour produire méca-niquement les mêmes phénomènes. Des forces éternelles, mais non éternellement actives, sommeillent en elle; elle les évoque en temps opportun, et elles réalisent, suivant des conditions déterminées, les effets les plus puissants, aussi aisément que les plus minimes.

« Le jaspe rubané des environs d'Illemenau nous fournit un bel exemple d'effets analogues. Certains fragments larges de trois doigts présentent des stries régulières. d'un brun gris foncé, sur un fond plus clair. Dans plusieurs échantillons, ce dessin linéaire est fort régulier; sur d'autres le parallélisme est bien conservé, mais les lignes sont écartées l'une de l'autre, comme par un léger choc, au moment de la solidification, de telle sorte qu'elles offrent une dispo-sition scalaire ascendante ou descendante. Ainsi, une roche argilo-quartzeuse bien compacte nous présente maintenant les mêmes dis-positions que nous signalions tout à l'heure sur un calcaire aisément modifiable.

« L'agate ruiniforme nous donne un remarquable exemple d'un ébranlement plus violent à l'instant de la solidification. Là aussi, la première tendance à la disposition par zones ne saurait être mécon-nue mais une perturbation est intervenue, et elle a séparé la masse en diverses parties; la masse de calcédoine, qui est la base de toutes les agates, s'est solidifiée en conservant son aspect ruiniforme il en est résulté un minéral remarquable.

« Des considérations que nous venons de présenter sur le jaspe rubané et le marbre de Florence, nous tirons la conclusion suivante 'Il est évident que la masse était encore molle dans son ensemble et capable de prendre une forme déterminée, lorsque les fissures rem-plies d'une masse jaunâtre se réalisèrent dans la roche, en suivant une direction régulière, mais sinueuse, en déplaçant des fragments à travers lesquels elles pénétraient. Outre la plaque de marbre dont il a été question, j'en ai cinq plus petites, reçues par l'intermé-:diaire du professeur Schweigger, d'une amie, Mme Baureis de Nu-remberg. Je suis avec cette dame, comme j'étais autrefois avec son mari, en relations à propos de sujets d'histoire naturelle.

« Les géologues ont déjà indiqué beaucoup d'exemples de ces roches à moitié formées, détruites et reconstituées de nouveau; avec quelque attention on en découvrira d'autres encore; déjà même, on peut signaler celles qui sont connues sous le nom de brèches. Telles sont les roches de quartz, situées sur les bords du Rhin, im-médiatement au-dessous de la chapelle Saint-Roch. Des fragments de quartz ruiniforme sont réunis, sous forme de pierre très-dure, par une masse de quartz liquéfiée, puis durcie et devenue résistante. Ainsi, dans l'organisme, un os fracturé est plus solide après la gué-rison dans sa partie restaurée que dans le reste de sa surfacel. »

Dans le cours de la lutte engagée entre Werner et la nouvelle école géologique, aucune question n'avait fait éclater plus d'o-rages, ni provoqué plus de débats que la question des soulève-ments brusques ou successifs des continents. Les neptuniens ne voulaient pas entendre parler de ces plissements du sol, qui auraient déterminé dans la longue suite des siècles antérieurs à l'apparition de l'homme, le développement des chaînes de montagnes, l'éjection des roches ignées, et plus tard la forma-tion des volcans.

« L'école nouvelle, écrii Goethe, prétend que la terre était primi-tivement couverte d'eau et que peu à peu les continents se sont sou-levés. Ces soulèvements sont déterminés par la force vulcanienne, et la nature continue de jour en jour à accomplir lentement ce tra-vail. On soutient qu'une grande partie de la Suède et de la Nor-vége s'est soulevée hors des mers; que les montagnes de Hongrie, sous l'influence des forces ignées, ont élevé leurs riches trésqrs à la surface; que le porphyre du Tyrol a traversé, en le brisant, le cal-caire des Alpes et emporté avec lui la dolomie sur les hauteurs. 1. Edit. citée, XXX, 145 à 150. Que voit donc là un membre de l'ancienne école? Des relations mal saisies entre les phénomènes, un habile emploi d'analogies, d'induc-tions fausses et d'assertions qu'il faut accepter avec confiance'. E Pour convaincre leurs contradicteurs, les plutoniens s'en rap-portent aux phénomènes qui se passent actuellement sous nos yeux. Ils démontrent avec évidence que la croûte fragile sur laquelle nous marchons subit des exhaussements et des affaisse-ments alternatifs. Comment dès lors se refuser à admettre que les effets dont nous sommes aujourd'hui les témoins, ne se sont pas produits autrefois dans de plus grandes proportions? La pellicule refroidie du globe, plus mince dans les temps primi-tifs, résistait d'autant moins a l'effort des matières incandes-centes qui forment le noyau terrestre.

Les soulèvements et les abaissements lents des continents ont été étudiés avec beaucoup d'exactitude sur deux points de l'Eu-rope la péninsule scandinave et le littoral du royaume de Na-ples. Le soulèvement graduel et persistant des côtes de Suède a été indiqué par Celsius et Playfer, et constaté en 1807 par Léo-pold de Ruch, d'une manière si précise que ce fait n'a jamais donné lieu à aucune objection. A l'aide de marques établies sur les rochers qui bordent les côtes suédoises et norvégiennes, depuis Tornéo jusqu'à Uddevalla, on a pu acquérir le certitude que des portions continentales se sont élevées d'environ un mètre deux décimètres par siècle; au contraire, au sud de Stock-holm jusqu'en Scanie, la côte s'est lentement abaissée.

La question de l'exhaussement et de l'affaissement successif de certaines parties du littoral napolitain a donné lieu à des discussions intéressantes, auxquelles Goethe s'est mêlé très-activement. Voici les éléments du problème posé aux géologues: Au nord de Pouzzoles, à deux cents toises environ de la ville et sur le bord de la mer, l'empereur Tibère fit construire, au n* siècle de l'ère chrétienne, un temple dédié à Jupiter Sérapis. Ce temple est maintenant en ruine trois colonnes seules restent debout; chacune d'elles a treize mètres de hauteur. A trois mètres six décimètres au-dessus du piédestal, on distingue aisément une 1. Consult., sur ce passage et sur l'ensemble des vues de Goethe en géologie, Andreas Wagner, Geschichte der Urwelt, etc., I, p. 17, Leipzig, 18V>. zone d'environ deux mètres sept décimètres, perforée par des pholades et autres mollusques marins, qui attaquent les pierres et les rongent. Cette zone est à plus de sept mètres au-dessus de la marque des hautes eaux. Le plus simple examen de ces colonnes, démontre que pendant une certaine époque, elles ont été submergées, et qu'ensuite les eaux se sont retirées; mais comment expliquer ce résultat? La mer s'est-elle élevée jusqu'à la hauteur des perforalions pratiquées par les animaux marins, ou bien, la colonne a-t-elle été inondée, puis exondée par suite de l'abaissement et de l'exhaussement du sol ? Lorsque dans son voyage en Italie, Goethe visita ces ruines célèbres, le 19 mars 1787, il étudia la question avec un soin scrupuleux, mais en partisan exclusif de la doctrine de Werner 11 n'admit pas le changement du niveau de la mer; il avait trop de science pour commettre une semblable erreur; il rejeta l'hypothèse des oscillations du sol, la seule vraie cependant, et il proposa l'explication qui suit « Il ne nous paraît point étonnant que le temple ait été, à une époque inconnue du moyen âge, enseveli sous les laves. Qu'on exa-mine la carte des champs Phlégréens, on y verra une suite de cra-tères, un ensemble d'élévations et de dépressions qui ne laisseront aucun doute sur les perturbations continuelles du sol de cette con-trée. Notre temple n'est distant de la nouvelle montagne (Monte Nuoyo) que d'une lieue et demie. Le Monte Nuovo s'est soulevé en septembre 1538 à une hauteur de mille pieds; il est à unc demi-lieue de la solfatare qui brûle encore aujourd'hui.

« Considérez la piqure du milieu; supposez qu'une épaisse pluie de cendres recouvre l'édifice; les habitations des prêtres deviendront, par suite des amas de cendres, comme de petites collines; le cour intérieure au contraire ne serait remplie que jusqu'à une certaine hauteur; de là une dépression dont le fond n'est qu'à douze pieds au-dessus du sol antique, tandis que les bords supérieurs en sont dépassés par les colonnes principales, et par la plus grande partie des colonnes du pourtour.

« Un ruisseau coulait dans le temple pour servir aux ablutions, comme l'attestent les conduits, les gouttières, les petits canaux creu-- 1. Consult. la dissertation de Goethe, intitulée Le Temple de Sérapis, pro-blème d'architecture et d'histoire naturelle, édit. citée, XXX, 243. sés dans les bancs de marbre; cette eau, recueillie autrefois avec tant de soins, coule encore aujourd'hui non loin de l'édifice; arrêtée dans son cours par les cendres, elle forma un étang d'environ cinq pieds de profondeur, dont les eaux baignaient à cette hauteur les colonnes du portique.

« Dans cet étang se développèrent les Pholades, et elles perforè-rent circulairement au niveau de l'eau le marbre cippolin.

« Combien de temps ce trésor resta enfoui; on ne le sait. Vrai-semblablement les élévations de cendres se couvrirent de végétation; la contrée est si riche en ruines, que les quelques colonnes restées debout au milieu d'un étang attirèrent à peine l'attention.

« Enfin des architectes ayant trouvé là une mine de pierres toutes préparées, on détourna le cours d'eau et on entreprit des fouilles, non pour restaurer l'ancien monument, mais pour l'exploiter comme une carrière; le marbre devait être employé à la construction du château de Caserte, commencée en 1752'. »

L'explication que nous venons de rapporter, et que la plan-che II, placée à la fin de ce volume, rendra plus claire, ne sau-rait supporter l'examen. Jamais les matières volcaniques n'ont enfoui les colonnes; jamais les Pholades, qui sont des mol-lusques marines, n'ont pu vivre dans les eaux douces. Les partisans de la doctrine du soulèvement ont donné la véritable explication des phénomènes. On ne peut nier l'abais-sement et l'exhaussement successif du sol; le mouvement est incontestable; il s'opère maintenant sous nos yeux. En 1787. alors que Goethevisitait ces ruines, les colonnes étaient exondées. De 1838 à 1845, les mesures prises par l'architecte Nicolini ont montré que la mer avait gagné sur le sol du temple, environ trois centimètres par an. A la demande de Ch. Lyell, Archangelo-- Secchi a visité le temple et a constaté que dans l'espace de treize ans, de 1839 à 1852, le niveau des eaux s'était élevé de douze centimètres. Ainsi, dans les quarante-cinq premières années de ce siècle, le sol sur lequel est bâti le temple, s'est graduellement affaissé; mais, à partir de cette époque, un exhaussement lent tend à remplacer cet abaissement graduel. Le temple de Sérapis fournit donc la preuve incontestable que 1. Êdit. citée, XXX, p. 94, 95. certaines parties du sol de l'Italie s'abaissent et s'élèvent alter-nativement1. l, Les observateurs ont signalé des faits semblables dans d'au-tres contrées du globe. Le capitaine Spratt a récemment con-staté que l'île de Candie s'est soulevée de cinq mètres soixante-six centimètres, à l'extrémité occidentale, et s'est abaissée de neuf mètres dans sa partie méridionale. Les docks des anciens ports grecs, perforés par les lithodomes fournissent la preuve irrécusable de ce fait. Le docteur Thompson écrit, que dans le Cachemire, les temples hindous d'Avantipoura sont ensevelis aujourd'hui avec leurs soixante-quatorze piliers. Le fait de sou-lèvement le plus récent s'est produit à la Nouvelle-Zélande en 1855. Après de violentes secousses de tremblement de terre, une étendue de terrain de quatre cent soixante milles carrés s'est soulevée de trente-trois centimètres à trois mètres, et une chaîne de collines s'est élevée verticalement. Dans une autre partie de l'île, le terrain s'est affaissé de plus d'un mètre soixante-six centimètres.

En présence de faits aussi décisifs, la dootrine de Werner devient insoutenable; cependant Goethe s'en faisait encore le défenseur à l'époque où il attaquait ainsi, dans sa septième xénie, les doctrines nouvelles

« A peine l'illustre Werner a-t-il tourné le dos, que l'on boule-verse le royaume de Neptune; si tout le monde s'incline devant Vul-cain, je ne puis sitôt m'y résoudre; je ne sais donner mon estime qu'à la longue; j'ai déjà laissé passer maint credo; je prends égale-ment en haine les nouveaux dieux et les nouvelles idoles

« Comme on attaque les rois, Granit aussi est déposé et Gneiss le fils, est aujourd'hui le père; mais sa ruine aussi est prochaine, car la fourche de Pluton déjà menace d'une révolution la base primitive, Basalte, ce diable moreau, s'élance du fond de l'enfer, brise rochers, pierres et terres; oméga va devenir alpha; et notre pauvre monde serait donc aussi, en géognosie, planté sur sa tête8. •

Nous avons insisté particulièrement sur ceux des travaux de 1. Consult., pour les détails, rl'Arrhiac, Histoire des progrès de la Géologie, t. 1, p. 653, et une communication de sir Charles Lyell, à la Royale Institution. (7 mars 1856.) 2. Traduction Porchat. I, p. 400. Goethe qui se rattachent aux questions générales de géologie et permettent d'apprécier le rôle, la valeur, la nature de ses conceptions sur cette branche de la science; il nous reste main-tenant à passer en vue les travaux purement descriptifs et d'un intérêt essentiellement local 1.

Pendant le cours de ses voyages en Bohème Goethe avait beaucoup exploré cette riche contrée, il en avait étudié les mi-néraux, les roches, la composition géologique, et il se proposait de réunir dans la suite ces matériaux épars en un ouvrage d'ensemble, destiné aux touristes, aux amateurs, aux collecteurs et aux savants. Ce projet n'a pu être mis à exécution, mais le poëte nous a laissé fort heureusementune partie des dissertations qui devaient composer son travail général.

Lorsqu'on se rend de Franzenbrunn à Éger, on trouve sur la droite un monticule isolé dont la vue s'étend sur un des plus beaux paysages de la Bohême ce monticule appelé Krammer-berg a été l'objet d'études très-suivies dont Goethe a fait con-naître en 1808 les résultats; il s'agissait de savoir si les roches qui composent ce monticule sont de nature volcanique ou pseudo-volcanique.

L'observation démontre que le monticule est formé de roches en partie stratifiées, et en partie non stratifiées les couches stra-tifiées sont composées de schistes-micacés, de scories poreuses, de quartz, dont la disposition indique nettement l'origine ignée d'un autre côté, des couches stratifiées semblables ne se rencon-trent dans aucune localité de la même contrée on est donc amené à conclure que ces couches stratifiées se sont formées sur place, et, comme elles sont l'ouvrage du feu, on peut affirmer qu'elles résultent d'une explosion volcanique produite sous les eaux. A l'air libre en effet, les masses vomies par un cratère retombent plus ou moins perpendiculairement, tandis que com-primées par la masse d'un liquide, elles doivent s'épancher avec

1. Voici l'indication de ces travaux, telle qu'elle est donnée dans l'édition en trente volumes que nous prenons pour guide Le Krammerberg près d'Eger (1808) Sur la Géologie de la Bohême (1820) Produits plutoniens de ta Bohême (1820): Marienbad au point de tue géologique (1821); Luisenburg près d'Alexandersbad (1820); Le Wolfsberg (1823); Terrains offrant des traces de l'action ignée et de ses effets (1823); Sur la Géognosie et la Topogrnphie de la Bohême (1821). régularité sur les côtés du cratère, disposition parfaitement en harmonie avec celle des roches observées.

Reste à expliquer les roches non stratifiées d'une nature com-pacte, homogène, basaltique, disposées par masses au milieu des scories de la couche supérieure. Goethe suppose que ces masses qui portent les traces d'une fusion, sont d'origine volca-nique, mais qu'elles n'ont pu se former qu'après l'écoulement des eaux et sous l'action continuée du feu.

« En parlant de ces phénomènes brûlants de la nature, ajoute-t-il, nous n'ignorons pas que nous marchons sur un sol où se sont livrés aussi de brûlants combats; il s'agit de la lutte entre les Nep-tuniens et les Plutoniens, et cette lutte n'est pas éteinte. Aussi il nous est peut-être nécessaire de déclarer que cet essai sur l'origine de Krammerberg est étranger à l'une et à l'autre théorie. Nous lais-sons à la sagacité de chacun le soin d'expliquer les faits comme il l'entendra.

« Ces controverses ne devraient pas permettre d'oublier que toutes les tentatives pour résoudre les problèmes de la nature, sont des conilits entre la réflexion et l'intuition. L'intuition nous donne à l'instant même la notion complète d'un résultat; la réflexion qui veut aussi développer quelque chose par elle-même ne peut pas rester en arrière, mais elle prétend expliquer à sa manière comment les résultats ont pu et dû être obtenus; elle ne peut y réussir, et alors elle appelle à son aide l'imagination ainsi se forment graduellement ces manières de voir (entia ralionis) qui nous rendent du moins le service de nous éloigner de l'intuition, de nous rappeler à une étude plus complète, à des observations plus attentives'. »

Aux environs de Marienbad, dans la contrée qui sépare de cette ville le district de Pilsen, s'étend un pays riant et fertile dominé par un massif de montagnes, dont le couvent de Teppel occupe un des points culminants; Goethe a entrepris sur ces montagnes, dans la zone qui s'étend autour du couvent, une suite d'explorations géologiques et minéralogiques.

La roche dominante dans les montagnes de Marienbad est un granit à grains de médiocre grosseur, dont il est facile de suivre les diverses transformations tantôt il se métamorphose en une

I. Édit. citée, XXX, p. Jl>2, 1G3. roche schistoïde, tantôt il présente les caractères extérieurs des porphyres, tantôt enfin le quartz et le mica y prédominent et en modifient l'aspect; les gneiss dont on distingue les couches en montant au couvent de Teppel, offrent aussi des exemples de l'influence mutuelle des transformations analogues, ainsi que les serpentines et les pechsteins dont on peut recueillir des échantillons dans cette localité. Les observations qui précèdent conduisent Goethe à diviser les roches en roches fondamentales, et roches modifiées ou séparées par des actions et des réactions mutuelles cette division ramène le poëte à ses vues de prédi-lection sur les tendances de la nature.

« Je suis convaincu, dit-il, que tout tend à prendre une forme, et que le monde inorganique a pour nous son véritable intérêt lors-qu'il manifeste d'une manière ou d'une autre la mobilité de ses transformations; on me pardonnera donc, si j'admets; même dans les produits problématiques, une configuration régulière, et si j'essaye d'appliquer aux cas douteux ce qui me paraît une loi générale » » En montant au couvent de Teppel, Goethe a fait des obser-vations sur le baromètre et le thermomètre, desquelles il con-clut, en rapportant ses mesures à celles de l'observatoire de. Iéna> que la hauteur du couvent au-dessus du niveau de la mer est de 1976 pieds français. Ces observations ne sont pas exactes; elles prouvent toutefois que la géodésie n'était pas une science inconnue au poète*.

Les naturalistes qui se rendent de Franzenbrunn à Éger peu-vent observer à la surface du sol, des schistes traversés par des veines de quartz et des masses scoriacées qui révèlent des traces d'anciennes combustions sur la montagne du Wolfsberg, près de Boden et d'Altalbenreuth, les mêmes traces sont encore évi-dentes elles se trahissent par la présence des mêmes schistes argileux, des scories, des basaltes, des tufs volcaniques, de cristaux d'amphibole fortement altérés par le feu le tout re-pose dans plusieurs localités sur un dépôt de houille et de lignite.

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