Ed. citée, XXX
2. On fourra lire dans la traduction de M. Martins, à la page 459, une note daus laquelle les observations géudésiques du poëte sur le couvent del'eppel, sont discutées avec soin. Après un examen attentif de ces roches, Goethe a tenté d'en déterminer la nature et le mode de formation; quant à la na-ture, il distingue, parmi les roches du Wolfsberg, les massifs archétv piques qui n'ont pas été modifiés par l'action volcanique, et les roches pyrotypiques qui ont été altérées par l'influence du feu. Au premier groupe se rattachent les basaltes; au second, les scories, les cristaux d'amphibole modifiés; quant au mode de formation, l'auteur suppose qu'autour des roches basaltiques s'est amassé un mélange de schistes argileux et de houille; le conglomérat s'est enflammé et a été réduit à l'état de scories; le feu a attaqué les basaltes et fait sentir vivement son influence sur les parties supérieures de cette couche.
Parmi les curiosités naturelles qui frappent en Bohême l'at-tention des voyageurs, Goethe avait remarqué sur une des croupes élevées du Fichtelgebirge, à Luisenbourg, des blocs de rochers amoncelés qui donnent au pays l'aspect le plus pit-toresque. On avait invoqué, pour expliquer ce désordre, l'action des tempêtes, des tremblements de terre, des volcans; Goethe substitue à ces agents violents, l'action d'une cause lente et con-tinue qui a pour point de départ l'inégale densité des roches et leur altération sous l'influence des agents atmosphériques. Soit donc un bloc de granit, composé de masses énormes di-visées en différentes zones, par suite d'une inégale densité, on conçoit que, facilitée par la pente du bloc lui-même et par l'inclinaison générale du terrain, la division en blocs secon-daires puisse réaliser des dispositions bizarres comme celles que Goethe figure dans la planche qu'il a jointe à son travail'. Tantôt les blocs sont obliquement inclinés en conservant leur superposition primitive, tantôt un des fragments s'est dressé verticalement auprès du reste de la masse, tantôt une destruc-tion partielle s'est opérée, un évidement a eu lieu vers le centre, et un des blocs se trouve porté par les autres, comme une arche par ses piliers L'altération des roches ne résulte pas seulement de l'action lente des agents atmosphériques; les liquides et les gaz peuvent 1. Voir à la fin.
2. Édit. citée, XXX, p. 230. Voir à la fin de ce volume la planche III et son explication. produire les mêmes effets; Goethe les a signalés aux environs de Marienbad, près de la source des eaux minérales gazeuses qui attire chaque année tant de voyageurs dans cette localité; sous l'influence des gaz dégagés de la source de Marienbrunnen, les feldspath et les mica sont corrodés, quelques roches ren-fermant des grenats passent à l'état spongieux, d'autres se rap-prochent du kaolin, par leur texture, leur friabilité, leur aspect blanchâtre la science a confirmé ces résultats. En général, on ne peut guère reprocher à Goethe de manquer d'exactitude dans ses observations géologiques.
Il n'en est pas de même à l'égard de ses vues systématiques: en minéralogie, comme en zoologie et en botanique, le poète s'est laissé entraîner à l'exagération et à l'erreur, en essayant d'appliquer au règne minéral la loi des transformations, en cherchant la roche fondamentale, comme il a cherché le type ostéologique, et la plante primitive; de là, sur la constitution, l'âge et la nature des roches, des assertions que la science ac-tuelle ne saurait admettre.
Si parfois, dans cet ordre d'idées, le poëte rencontre la vérité, plus souvent encore il la dépasse et l'exagère en donnant aux faits une portée qu'il ne doit pas leur accorder. Goethe aurait sagement fait de se souvenir de cette pensée exprimée par llauy « Les roches sont les incommensurables du règne minéral; c'est une tentative aussi impuissante de vouloir en expliquer par la métamorphose les innombrables variétés, que de chercher à les soumettre aux règles d'une classification vraiment na-turelle. »