GŒthe's Werk», XXVIII, 45 à 47, S 104, etc
En étudiant les akyanopes, on peut se convaincre que l'expli-cation donnée par Goethe n'est pas en rapport avec les faits. Nous pourrions en citer des exemples, et en particulier celui d'un observateur distingué, Sommer, atteint lui-même de cette infirmité. Ce savant confondait dans certains cas, mais non dans tous,le rouge et le bleu; ainsi il voyait le ciel bleu, et une rose lui paraissait également bleue. Son aberration visuelle ressem-blait d'ailleurs tellement à celle des sujets dont a parlé Goethe, qu'ayant examiné le paysage que le poëte a fait peindre à cette occcasion sans aucune trace de bleu, il n'en fut nullement cho-qué il ne remarqua l'absence du bleu que lorsqu'il en fut averti. Il faut rejeter l'explication de Goethe, et chercher dans une insensibilité anomale de la rétine une explication plus juste du daltonisme.
Dans le chapitre consacré aux couleurs pathologiques, l'au-teur passe successivement en revue les modifications subies par la rétine sous l'influence de divers états morbides, tels que l'hypochondrie, l'apoplexie, les maladies vermineuses, les ca-taractes, les amauroses; nous ne le suivrons pas dans cette énumération, qui n'offre rien de nouveau. Goethe termine en signalant certaines dispositions particulières des yeux; ces dis-positions expliquent comment les peintres donnent quelquefois à leurs tableaux une teinte uniforme, chaude ou froide; com-ment quelques-uns ont une prédilection pour une couleur spé-ciale, tandis que d'autres n'ont aucun sentiment de l'harmonie. Des particularités semblables se rencontrent dans les nations diverses, chez les enfants et dans l'âge mûr, chez les animaux eux-mêmes.
Nous nous sommes étendus sur la partie physiologique du Traité des couleurs, parce qu'elle est incontestablement la meil-leure de l'ouvrage; elle peut donner une juste idée de l'assi-duité et des soins que Goethe apportait aux observations. De l'aveu des juges compétents, cet ensemble des recherches du poëte n'est pas sans valeur pour la science.