‹ Œuvres scientifiques de GoetheChapitre 44 sur 79 · Op. cit., XXIX · texte numérisé non relu

Op. cit., XXIX

CEUVRES SCIENT. DE GOETHE. 16 (j lyser quelques-uns dés écrits de cet homme supérieur auquel nous devons, outre plusieurs découvertes d'astronomie et de chimie, la connaissance du télescope et des lunettes à longue vue, peut-être même, l'invention de la poudre à canon.

Bacon s'est occupé très-accidentellement des couleurs; il a étudié le traité de Théophraste et il en a adopté les principes.

La lumière, d'après Bacon, est une des forces créées primi-tivement par Dieu et qui tend à entrer en rapport intime avec la matière. La matière pure est tantôt opaque, tantôt transpa-rente, tantôt à demi transparente, et, dans ce dernier cas, il y a trouble. Si la lumière, pénétrant ce trouble, ne perd rien de sa puissance première, on voit apparaître les teintes jaune et rouge-jaune; mais si le trouble passe à l'obscur, alors la lu-mière est arrêtée, réfléchie, et le bleu ou le rouge-bleu se manifestent. Les innombrables couleurs des corps sont le ré-sultat du mélange des couleurs primitives. Roger Bacon rat-tache ces conceptions à un vaste système dans lequel il fait jouer un rôle à la matière, à l'activité, et aux produits de cette matière sous l'influence de l'activité qui la modifie. Il regarde les mathématiques comme la science par excellence, la seule qui, appliquée à l'observation, puisse nous conduire sûrement à la connaissance de la nature. Malgré son amour pour les sciences exactes, Bacon n'a pu se dégager de plusieurs des préjugés qui entravaient de son temps la marche de l'esprit humain il a cru à la pierre philosophale et à l'astrologie judiciaire.

Goethe, qui affectait un superbe dédain pour les mathémati-ques, sans doute parce qu'il ne les comprenait pas, saisit, pour s'élever contre cette science, l'occasion que lui présentent les erreurs de Bacon étroitement unies à ses profondes études ma-thématiques, et formule contre la géométrie et l'algèbre les plus dures accusations.

« Les écrits de Bacon, dit-il, témoignent de beaucoup de soins et de réflexions; il livre avec vigueur le combat qu'il doit soutenir contre la nature et la tradition; il est convaincu que, par lui seul, il doit trouver les forces et les moyens. Bacon considère les mathéma-tiques comme l'instrument le plus sûr et le plus profond; avec leur aide, il attaque la nature et ses prédécesseurs; l'entreprise lui réus-sit, et il est convaincu que les mathématiques sont le fondement de toutes les Sciences.

Cependant, à peine a-t-il demandé d'autres services à son in-strument, qu'il reconnaît bientôt avec tristesse combien, dans une foule de cas, sa science de prédilection devient insuffisante. Il dit clairement alors que souvent on ne saurait l'employer que comme symbole; néanmoins dans la pratique, Bacon confond les services réels avec le symbolisme. Il les lie si étroitement qu'il leur accorde un même degré de confiance, bien que le symbolisme ne soit sou-vent qu'un jeu. En ce peu de mots, nous signalons les qualités et les défauts de Bacon.

i Qu'on réfléchisse sur ceci, et on se convaincra qu'il y a une 'e fausse manière de concevoir les mathématiques pures et appliquées. Il est clair que l'astrologie est dérivée ainsi de l'astronomie, parce qu'on a voulu conclure de l'action de forces connues à l'effet de forces inconnues en attribuant à ces forces un même degré de puissance.

« Le plus grand nombre des superstitions doivent également leur origine à une fausse application des mathématiques; voilà pourquoi le nom d'un mathématicien doit être mis sur la même ligne que le nom d'un nécromancien ou d'un astrologue. Qu'on se souvienne de ces dénominations de chiromancie, de géomancie et même de l'in-vocation des esprits infernaux; tous ces systèmes, confus et pleins d'erreurs, ont dû leur éclat à la plus claire et à la plus exacte des sciences. Rien n'est donc plus fâcheux, comme nous l'avons vu de nos jours, que de faire descendre les mathématiques des sphères élevées de la raison et de l'intelligence aux régions de la fantaisie et de la sensualité1. » »

Lorsque notre auteur croit s'être suffisamment élevé contre les mathématiciens et contre Roger Bacon, il revient à son sujet pour indiquer très-rapidement les études entreprises par les auteurs arabes, dont les idées se rapprochent de celles de Théo-phraste. Il cite les noms et les écrits fort peu connus d'Augus-tinus et Thémistius, en y rattachant quelques observations sur les couleurs physiologiques consécutives.

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