INTRODUCTION
Tout observateur qui examinera avec quelque attention le déve-loppement des végétaux, reconnaîtra facilement que quelques-unes de leurs parties extérieures se transforment, et prennent tantôt par-tiellement, tantôt entièrement l'aspect des parties voisines. C'est ainsi, par exemple, que la fleur simple devient double, lors-qu'à la place des étamines et des pistils on voit apparaître des feuilles florales, entièrement semblables par la forme et la couleur aux pétales de la corolle, ou portant encore des traces de leur origine.
Si nous remarquons que la plante peut, en quelque sorte, faire un pas en arrière, et que l'ordre habituel du développement s'y trouve comme interverti, nous prêterons plus d'attention à la marche régulière de la nature, nous apprendrons à connaître les lois des transformations au moyen desquelles elle sait produire les formes les plus différentes, en modifiant un seul et même organe. L'affinité interne de plusieurs organes extérieurs des plantes, comme les feuilles, le calice, la corolle, les étamines, la manière dont ces parties naissent les unes auprès des autres, ou plutôt les unes des autres, sont des faits connus depuis longtemps par les na-turalistes et que plusieurs d'entre eux ont étudiés aven soin nn a nommé métamorphose des plantes, le phénomène par lequel un seul et même organe se présente ainsi à nous si diversement modifié. Cette métamorphose s'accomplit de trois manières, elle est nor-male, anormale ou accidentelle.
La métamorphose normale peut aussi être nommée ascendante ou progressive. Elle s'accomplit par une suite de développements progressifs depuis les premières feuilles séminales jusqu'à la com-plète maturité du fruit; elle s'élève d'une forme une autre, comme sur une échelle idéale, jusqu'à l'état le plus parfait que veuille at. teindre la nature, la propagation par les deux sexes; c'est cette métamorphose que j'observe attentivement depuis plusieurs années, et que je me propose de faire connaître dans cet essai. Je prendrai particulièrement pour objet de mes démonstrations les végétaux an-nuels, en les suivant dans leurs évolutions successives depuis la ger-mination jusqu'à la reproduction.
La métamorphose anormale peut aussi être appelée descendante ou régressive. Tout à l'heure nous suivions la nature dans son rapide mouvement vers l'accomplissement du but, nous la voyons mainte-nant redescendre de quelques degrés. Tout à l'heure, entrainée par un penchant irrésistible, par une activité incessante, elle formait les fleurs; elle était tout entière à l'œuvre de l'amour; maintenant elle se modère et laisse sa création dans un état vague, incomplet, comme ébauché, agréable à la vue, mais inactif et sans puissance. Les observations que nous aurons à faire sur cette métamorphose nous permettent de dévoiler les mystères de la métamorphose ascen-dante en suivant cette méthode, il nous est permis d'espérer que nous atteindrons plus sûrement le but que nous nous sommes proposé.
Nous arrivons à la troisième espèce de métamorphose, produite accidentellement par des causes extérieures et surtout par des piqûres d'insectes nous insisterons peu sur ce sujet, qui nous détourne de la marche simple que nous voulons suivre, et du but auquel nous tendons. Peut-être trouverons-nous ailleurs l'occasion de parler de ces productions monstrueuses, il est vrai, mais cependant, com-prises dans de certaines limites.
J'ai entrepris dans ce travail de m'expliquer sans le secours des planches, qui ne laissent pas cependant d'avoir une certaine utilité.
ŒUVBES SCIENT. DE GOETHE. 5 J'ai l'intention de les publier, et je le ferai d'autant plus aisément que j'ai dès maintenant, et que j'aurai certainement plus tard des matériaux à ajouter à ce travail préliminaire; il sera moins néces-saire alors de produire un écrit aussi méthodique que celui-ci. Je pourrai interroger l'histoire de la science, réunir et citer, en leu donnant leur véritable place, les opinions des auteurs dont les vues sont d'accord avec les miennes. Je n'oublierai pas de rappeler les travaux des maîtres contemporains dont la science s'honore; qu'ils veuillent bien accepter ces pages que je leur dédie.