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DES FEUILLES SÉMINALES

Puisque nous nous proposons de suivre pas à pas le développe-ment de la plante, considérons-la d'abord au moment où la germina-tion s'effectue. A cette époque, nous reconnaissons facilement les parties qui composent essentiellement le végétal. Après avoir rejeté successivement les enveloppes séminales dont nous n'avons pas à parler. maintenant, la jeune plante se fixe au sol par ses racines. Alors elle met au jour ses premiers organes, cachés jusque-là sous les téguments de la graine.

Ces organes primordiaux s'appellent cotylédons on les a aussi nommés feuilles séminales, lobes séminaux, valves de la graine on a cherché ainsi à exprimer par des dénominations spéciales les as-pects variés sous lesquels ils se présentent. Les cotylédons paraissent souvent informes, remplis d'une matière grossière, plus développés en épaisseur qu'en largeur; leurs vais-seaux se distinguent à peine de la masse générale; souvent ils dif-fèrent tellement des feuilles que l'on serait tenté de les prendre pour des organes spéciaux.

Cependant, chez plusieurs plantes, leur similitude avec la feuille se prononce davantage, ils s'aplatissent, prennent sous l'influence de la lumière et de l'air une couleur verte fès-marquéR leurs vaisseaux sont plus apparents, plus semblables aux nervures des feuilles.

Enfin, ils nous apparaissent comme de véritables fouilles; leurs vaisseaux sont susceptibles d'un développement plus complet, leur ressemblance avec les feuilles suivantes ne permet plus de les consi-dérer comme des organes spéciaux; ce sont véritablement les pre-mières feuilles de la tige.

Si nous réfléchissons maintenant qu'on ne saurait concevoir une feuille sans un nœud, ni un nœud sans un bourgeon, nous pourrons conclure que le point déterminé par lequel le cotylédon s'attache à la tige, est le premier, le véritable nœud de la plante. Cette conclu-sion est confirmée par quelques plantes qui poussent des bourgeons à l'aisselle même des cotylédons, et produisent ainsi des rameaux émanant du premier nœud telle est la Vicia faba (fève des marais). Le plus souvent les cotylédons sont au nombre de deux, et c'est ici le lieu de faire une remarque dont on comprendra mieux dans la suite tout l'intérêt les feuilles cotylédonaires du premier nœud vital sont opposées, tandis que les feuilles suivantes de la tige sont placées alternativement. Il y a là une connexion et un rapproche-ment dans des parties que la nature éloigne et sépare ensuite. Ce fait est plus remarquable encore lorsque les cotylédons, plus nom-breux, sont disposés autour d'un même nreud, tandis que les feuilles développées autour de l'axe qui émane de ce nœud, sont isolées. Les pins, dans leur germination, nous offrent un exemple de cette dis-position autour de l'axe, les folioles aiguës sont disposées en cou-ronne comme pour former un calice.

Nous aurons dans la suite, à propos d'observations semblables, à revenir sur ce fait.

Quant aux plantes qui germent en développant une seule feuille primitive, ou à celles dont l'embryon est complétement informe, nous les passerons en ce moment sous silence. Remarquons que les cotylédons, lors même qu'ils ont le plus de ressemblance avec les feuilles, sont toujours d'une structure im-parfaite, comparativement aux autres feuilles caulinaires; leur périphérie est ordinairement simple, presque sans traces de découpures; leur surface ne présente ni les poils, ni les autres productions qu'on trouve souvent sur les feuilles complètes1.

FORMATION SUCCESSIVE DES FEUILLES AUX NOEUDS DE LA TIGE. Si nous considérons l'évolution successive des feuilles, nous ver-rons la nature réaliser sous nos yeux une suite de perfectionne-ments. Déjà dans l'embryon on peut distinguer quelques feuilles renfermées et pliées entre les cotylédons; on les désigne dans ce premier état sous le nom de plumules. Dans chaque plante leur forme est différente de celle des cotylédons et des feuilles cauli-naires elles se distinguent des cotylédons par leur surface plane, mince, vraiment foliacée, colorée en vert elles sortent d'un nœud parfaitement visible; quant à leur affinité avec les autres feuilles caulinaires, elle ne saurait être niée, bien qu'elles s'en distinguent ordinairement par leur périphérie et leurs bords moins bien li-mités.

Cependant le développement ultérieur des feuilles continue à s'accomplir de nœud en neeud la nervure moyenne s'allonge, les nervures latérales qui en partent s'écartent de plus en plus en se portant vers les bords ce sont les rapports des nervures entre elles qui déterminent les formes si variées qu'affectent les feuilles; c'est ainsi que nous les voyons successivement crénelées, profon-dément découpées, décomposées en folioles secondaires, et, dans ce dernier cas, entièrement analogues à de petits rameaux. La feuille du dattier nous présente un exemple évident de ces modifications successives par lesquelles peut passer la feuille simple; suivons plu-sieurs de ces feuilles et nous verrons que la nervure moyenne s'al-longe, que la feuille simple, en forme d'éventail, se déchire, se di-vise, et qu'à un plus haut degré de division elle rivalise avec le rameau8.

1. Ces assertions de Goethe sont trop absolues les cotylédons sont quelque-fois plus découpés que les feuilles ordinaires; c'est ce qui a lieu dans le tilleul; dans cette plante les cotylédons sont fortement lobés, tandis que les feuilles sont à peine dentées. Dans la Capucine et le Clinopode vulgaire les cotylédons sont auriculés et certaines feuilles ne le sont pas, (Cnnsiilt Ang Saint-Hilaire, Vnr-phol. végét., p. 747.) Nous avons vu dans les Myrtacées, les cotylédons pourvus comme les feuilles caulinaires, de vésicules glanduleuses. 2. Plusieurs végétaux offrent de pareils exemples dans les modifications de Dé la même manière que la feuille, le pétiole se développe, qu'il soit uni intimement avec elle ou qu'il constitue plus tard un petit pédoncule facile à séparer.

Le pétiole, malgré son caractère spécial, a une tendance à se transformer en feuilles, comme le prouvent diverses plantes, et en particulier les Orangers Cette question nous conduira plus tard à quelques remarques qu'il est impossible de présenter dès à présent.

Nous ne pouvons nous arrêter ici aux stipules; remarquons seu-lement en passant que, lorsqu'elles adhèrent au pétiole, elles peuvent être modifiées par les transformations de cet organe 2. Si les plantes empruntent leur nourriture essentielle aux fluides aqueux plus ou moins modifiés qui proviennent de la tige, elles doivent un développement et un perfectionnement plus complet aux influences de l'air et de la lumière. Les cotylédons enveloppés dans les téguments de la graine, remplis d'une matière plus grossière, n'ont-ils pas une conformation singulièrement imparfaite? Les feuilles des plantes aquatiques ne sont-elles pas d'une organisation plus simple que celle des plantes aériennes? On voit même chez plusieurs espèces qui végètent dans les lieux bas et humides, des feuilles lisses et unies, tandis que dans les localités plus élevées, la surface foliacée devient rude et se couvre de poils.

Les anastomoses des vaisseaux qui naissent des nervures et ten-dent à se réunir par leurs extrémités, sont encore, sinon déterminées, la forme des feuilles et on en peut suivre toutes les gradations. Dans la Valé-riane phu, les feuilles de la base sont entières, celles du sommet très-décou-pées, dans le Sison amni les feuilles sont planes et longues à la base de la tige, effilées et minces au sommet, découpées sur les rameaux; sur un même rameau, le Laurier sassafras porte des feuilles entières et d'autres inégalement lobées.

1 L'Acacia itétérophylle démontre mieux encore ce fait que l'Oranger; on y observe toutes les phases de l'avortement du limbe et de l'aplatissement du pétiole.

2. Il y a lieu de s'étonner que Goethe ne parle pas plus longuement des sti-pules, de leur nature, de leurs métamorphoses; il ne pouvait pas ignorer que ces appendices foliacés se transforment en vrilles dans les Melons et les Con-combres, en épines dans le Câprier. du moins favorisées d'une manière spéciale par l'action d'un ciel pur. Si les feuilles d'un grand nombre de plantes aquatiques s'of-frent à nous sous l'aspect de filaments ou de chevelu, nous l'attri-buons à l'absence d'un système complet d'anastomoses. C'est ce que nous apprend le développement des Renoncules aquatiques. Les feuilles submergées de cette plante se réduisent à des filaments ca-pillaires mais à l'air, elles sont complétement anastomosées et réunies en une surface continue; on peut même remarquer des feuilles intermédiaires, en partie anastomosées, en partie réduites à des filaments

On a démontré par l'observation que les feuilles absorbent diffé-rents gaz et les combinent avec les liquides qu'elles renferment: il n'est pas douteux que la sève ainsi élaborée ne retourne dans la tige et ne favorise le développement des bourgeons situés dans le voisi-nage. On a pu se convaincre de ces faits par l'analyse des gaz déga-gés par les feuilles et même par les vaisseaux.

Dans plusieurs végétaux, chaque entre-nœud semble sortir du précédent. Ce fait est incontestable dans les tiges à entre-noeuds cloisonnés, comme celles des Céréales, des Graminées, des Joncs; il n'en est pas de même pour d'autres plantes dont la tige, entière-ment creuse, est remplie soit par la moelle, soit par un tissu très-délicat. L'importance de la moelle et de ses fonctions, relativement aux autres parties végétales, a été contestée dans ces derniers temps, et, selon nous, avec beaucoup de raison; on a nié sa prétendue in-fluence sur le développement, et on n'a pas hésité à attribuer soit à l'écorce, soit au liber toutes les propriétés vitales de la plante. En conséquence, on se persuadera aisément que si chaque entre-nœud sort du nœud inférieur et reçoit ainsi les sucs qui le nourrissent, ces sucs doivent être de plus en plus élaborés, surtout lorsqu'ils auront subi l'influence modificatrice des feuilles intermédiaires; alors, dans cet état de perfection, ils aideront à la formation de feuilles et de bourgeons d'une nature plus délicate.

Tandis que les fluides grossiers sont ainsi rejetés, et les plus purs attirés, la plante se perfectionne en se développant et arrive enfin.

1. Les explications de Goethe sont hypothétiques. Quant aux aits, ils sont certains; non-seulement les Renoncules aquatiques, mais les Cabombes, les Potamogeton, les Myriophylles nous en offrent la preuve. au but qui lui est assigné par la nature. Nous sommes désormais en présence d'une manifestation nouvelle; la période de la végétation est terminée; nous touchons à une seconde époque, celle de la flo-raison.

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