FORMATION DU CALICE
Cette métamorphose s'accomplit souvent avec rapidité; dans ce cas, à partir du nœud correspondant à la dernière feuille, la tige s'amincit et s'allonge; à son extrémité, les feuilles se disposent en verticilles.
On reconnaît de la manière la plus évidente, que les feuilles du calice sont les mêmes organes qui se montraient tout à l'heure à nous sous la forme de feuilles caulinaires, seulement ces organes ont changé de forme et se sont réunis sur un même plan autour de l'axe. Nous avons déjà fait une semblable remarque à propos des coty-lédons plusieurs feuilles et même plusieurs nœuds se rapprochaient et se trouvaient réunis autour d'un même point. C'est ce que prou-vent les espèces du genre pin au moment de leur germination. Le jeune, axe est entouré d'un verticille de feuilles déjà très-parfaites, contrairement à ce qui a lieu chez les autres végétaux pourvus de cotylédons; ainsi dès les premiers instants de la vie végétative, la nature manifeste déjà cette tendance, qui produira dans les plantes plus développées, et les fleurs et les fruits. Dans diverses fleurs, les feuilles caulinaires réunies forment sous la corolle une sorte de calice. Comme elles conservent complète-ment leurs formes, il nous suffit, pour en comprendre la nature, de nous en rapporter à nos yeux et à la terminologie botanique qui les a désignées sous le nom de folia floralia, feuilles florales.
Nous donnerons une attention plus particulière aux phénomènes de transformation graduelle. Dans ce cas, les feuilles de la tige se rapprochent peu à peu, se modifient, se glissent pour ainsi dire dans le calice; c'est ce qu'on peut voir dans les involucres des fleurs radiées, et particulièrement dans le Tournesol et les Soucis.
Cette force de la nature qui groupe plusieurs feuilles autour d'un axe, opère quelquefois une réunion plus intime et rend plus mécon-naissables encore les feuilles déjà groupées et modifiées. En effet, elle produit, entre les bords des feuilles rapprochées, des soudures tantôt entières, tantôt partielles. Les parties ainsi serrées les unes contre les autres se touchent entièrement dès le début du dévelop-pement bientôt elles s'anastomosent sous l'action des sucs modi-fiés qui pénètrent la plante, et forment des calices campanulés ou, comme on le dit, monosépales. Les incisions et les découpures plus ou moins profondes de ces calices dénotent clairement leur forma-tion composée1. Nous en acquérons la certitude par la vue seule, quand nous comparons des calices profondément divisés à des calices formés de sépales distincts, et surtout lorsque nous examinons les calices des fleurs radiées. Ainsi, l'involucre du Souci qui, dans les descriptions systématiques, est considéré comme simple et multifide, est composé de plusieurs feuilles soudées et disposées sur des plans différents, et auxquelles, comme nous l'avons dit, viennent se joindre des feuilles caulinaires réunies2.
Dans beaucoup de plantes, le nombre des folioles ciliciiiales iso-lées ou réunies, verticillées autour de l'axe, est déterminé comme celui d'autres parties de la fleur. Sur cette fixité repose essentielle-ment le progrès, la certitude, l'honneur de la science botanique, et le développement qu'elle a pris dans ces derniers temps. Il est des plantes chez lesquelles le nombre et la forme de ces parties ont moins de constance cette variabilité n'a point échappé au coup d'œil profond des maîtres de la science, mais ils ont, par leurs observations suivies, circonscrit dans un cercle étroit ces anomalies de la nature. 1. D'après Goethe, les calices et les corolles d'une seule pièce ont été primi-tivement composés par des pièces distinctes qui se sont soudées plus tard. Dès lors les fleurs monopétales offriraient un degré de complication plus grand que les fleurs polypétales. Adrien de Jussieu et Schleiden ont soutenu la même opinion. Elle a été combattue par Al. De Candolle et Duchartre. Ces savants botanistes admettent que, dans les calices et corolles d'une seule pièce, les parties ne naissent pas distinctes. Des recherches plus récentes d'organogénie ont conduit Payer à des vues qui concilient les deux opinions extrêmes. Cet auteur soutient, avec raison, selon nous, que les bases des pétales et des sépales naissent réu-nies dans les calices et les corolles d'une seule pièce; la soudure est donc congénitale, mais par la base seulement, car les parties supérieures, qui appa-raissent les premières, se développent isolément. (C. Payer, Organogénie végé-tale, Paris, 1857, p. 709.) Outre les soudures congénitales, on doit admettre des soudures consécutives au développement des parties; c'est ainsi qne dans les Asclepias et les Balsamines, les étamines, libres dans leur jeunesse, ne se sou-dent que plus tard.
2. Goethe confond, en parlant des fleurs radiées, les véritables calices avec les involucres qui sunt des réunions de bractées. Il se sert à tort d'une même expression pour désigner des parties si différentes. Voilà donc de quelle manière la nature forme le calice. Elle réunit et groupe en un ordre déterminé autour d'un axe central, plusieurs feuilles qui auparavant se développaient l'une après l'autre et à une certaine distance l'une de l'autre. Si un excès de nourriture apportait un retard à la floraison, les feuilles se distanceraient et reprendraient leur forme primitive. La nature ne forme donc pas dans le calice un organe nouveau, mais elle se borne à modifier et à réunir des organes qui nous sont déjà connus, et fait ainsi un pas de plus vers le but qu'elle veut atteindre.
Nous avons vu que le calice est constitué par une sève plus pure qui s'élabore peu à peu dans la plante; bientôt devient à son tour un organe d'une plus haute perfection. Pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à examiner l'action mécanique des tissus qui le com-posent. En effet, les vaisseaux très-rapprochés et resserrés favorisent au plus haut degré la filtration d'un fluide plus subtil. Dans plus d'un cas nous pouvons remarquer le passage du calice à la corolle car, bien que la couleur du calice soit ordinairement semblable à celle des feuilles caulinaires, souvent elle change sur les bords des sépales, sur leurs extrémités, leur face externe, leurs nervures, tandis qu'en d'autres points la couleur verte persiste. Ce changement de coloration est souvent accompagné d'une perfection plus grande dans la structure. Ainsi se forment ces calices équivo-ques que l'on pourrait prendre pour des corolles1. Nous avons déjà remarqué qu'à partir des cotylédons, les feuilles prennent, surtout dans leurs contours, un plus grand développement, tandis qu'elles se resserrent au moment de la formation du calice nous pouvons constater maintenant que la corolle est produite par 1. Ainsi dans VHelleborus fatidus les bords du calice sont rouges; le calice de la grenade et celui des Ftuchia sont rouges, celui de l'Aconitum napettus est bleu, celui de VHelleborus hyemalis est jaune, le calice du Calycanthus Poridus offre toutes les nuances intermédiaires entre la couleur verte et le rouge pourpre.