‹ Œuvres sociales de ChanningChapitre 18 sur 19 · I.a pfiuvrctû doit être étudiée sou£ toiu les aspects · texte numérisé non relu

I.a pfiuvrctû doit être étudiée sou£ toiu les aspects

L’œuvre du ministre des pauvres est très-étendue, elle demande un esprit supérieur. Ces ministres sont choisis, non-seulement pour secourir des individus, mais pour étudier la pauvreté sous tous ses aspects, dans toutes scs causes, pour suivre ses influences, ses différentes formes, son progrès, son déclin, et pour éclairer ainsi le législateur et le philanthrope dans le grand travail qu'ils ont entrepris afin de prévenir ou de guérir la misère. Pour moi, ce ministère a cet intérêt particulier, que je le considère comme le commencement de mesures destinées à chasser de la société ce qui en est le fléau et le remords et à changer la face du monde chrétien et civilisé. J’y vois l’expression d’une volonté qui grandit en silence. Les sociétés chrétiennes ne doivent pas rester toujours déshonorées et défigurées par ces hordes misérables de pauvres et d’ignorants; au sein de la civilisation on ne doit pas trouver des hommes plus malheureux,

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plus (légiaclés qu’on ne l’est dans la vie sauvage. Cet horrible contraste de conditions, que présentent toutes les grandes villes, a existé trop longtemps. Durera-t-il toujours? Mes amis, comme tous les autres, nous sommes restés cruellement insensibles à ce mal, le plus terrible de tous ceux qu’éclaire le soleil. Une longue habitude nous a endurcis. Nous avons vécu dans l’aisance et le luxe, tandis qu’à quelques pas de nous, il y avait de nos frères, des enfants de notre Père céleste, aussi nobles que nous par l’origine et les facultés, sur la face desquels on lisait l’ignorance brutale, la misère sans espoir et la dégradation du vice. Nous avons passé près d’eux dans la rue, je ne dis pas sans verser une larme, mais sans leur donner même une pensée. Oh! qu’il est rare que nos cœurs aient été touchés à la vue de la ruine de nos frères ! Cette insensibilité sera-t-elle éternelle’/ est-ce qu’un nouvel amour ne succédera pas à cette dureté de nos cœurs? Ne dites pas que le mal est sans remède. Je suis sûr que dans ce moment il y a chez nous assez de pitié, de philanthropie et de moralité pour régénérer les classes pauvres si l’on pouvait employer avec sagesse et persévérance des forces maintenant dispersées et endormies. Déclinerons-nous cette entreprise? repousserons-nous l’œuvre la plus noble de la philanthropie? S’il en est ainsi, il nous faut souffrir, et nous méritons de souffrir. Oui, il faut que la société soit troublée, ébranlée, bouleversée même, jusqu’ à ce qu’elle ait payé sa dette aux ignorants et aux pauvres. 11 y aura toujours des pauvre.s, sans doute, mais il n’est pas nécessaire, il ne faut pas qu’il y ait une caste dégradée et sans espérance. Il n’est pas né-

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cessaire, il ne faut pas qu’ils soient retranchés de la famille humaine. Il ne faut pas laisser à leurs enfants l’héritage et le germe du crime et de la misère. Faire disparaître cette classe, c’est la mission la plus élevée de la philanthropie chrétienne. Me demandez-vous ce qu’il faut faire? Je réponds : le christianisme a opéré d’immenses révolutions ; nous savons ce qu’il peut et ce qu’il doit accomplir. Rapprochons-le du pauvre : envoyons des hommes imbus de son esprit l’annoncer aux misérables, et surtout chargeons-les d’étudier la pauvreté sous toutes ses formes, alin d’arrêter la peste morale qui depuis trop longtemps ravage le monde chrétien.

Puissance du christianisme pour le soulagement des pauvres.

Je vois devant moi les représentants de différentes communions qui se sont unies pour soutenir le ministère des pauvres. Remercions Dieu de cette manifestation de l’esprit et de la force du christianisme. Cette union, formée dans un seul but de charité chrétienne, qui ne cherche que le soulagement spirituel de nos frères malheureux, et dont on ne peut abuser pour un agrandissement de puissance ecclésiastique, , est le moyen le plus heureux qu’on pût imaginer pour établir entre nos Eglises une plus forte sympathie et une amitié plus étroite, sans toucher le moins du monde à ce principe d’indépendance et de libre gouvernement qui est leur vie. N’est-ce pas une vérité' manifeste que chaque communion ne doit pas seulement pourvoir aux besoins spirituels de ses membres, mais qu’elle est tenue de se dévouer à la cause générale du christianisme et de répandre parmi les misé-

râbles la lumière et les bienfaits de la religion ? Par celte fraternité nous nous acquittons, en partie, de cette obligation. Puissions-nous la maintenir avec un zèle croissant, une foi inébranlable, un glorieux succès !

La richesse doit représenter la bienfaisance divine. /

Est-il nécessaire, mes amis, que je vous engage à contribuer de votre fortune à l’œuvre dont je vous entretiens? Je parle aux heureux. Que la Bonté suprême, à laquelle vous devez votre prospérité, vous enseigne dans quel esprit vous devez user de votre richesse ou de votre aisance. A quoi doit véritablement servir la prospérité? Ce n’est pas à satisfaire les sens ou la vanité, ce n’est pas à élargir l’espace qui nous sépare des malheureux, ce n’est pas à nous élever jusqu’au point de dédaigner la multitude comme une race inférieure : non, c’est à multiplier les liens qui nous unissent à nos frères, c’est à étendre nos sympathies, c’est à grandir notre sphère. d’action, c’est à nous faire les délégués et les représentants par excellence de la bienfaisance divine. Quel est pour une ville le véritable emploi d’un accroissement de richesse? Ce n’est pas d’élever des édifices plus magnifiques, mais de faire que les maisons soient habitées par un peuple plus vertueux et plus intelligent, que les institutions propres à exciter la vie morale et intellectuelle profitent à la communauté tout entière; que l’individu soit dirigé vers son véritable bonheur et sa perfection, que la société soit unie par des liens plus purs et plus forts, et que les lois sévères des gouvernements de la terre soient remplacées de plus en plus par la loi d’a-

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mnnr. Si la ricliossc n’excrce pas une pareille influence, elle n’est qu’un piège et qu’une malédiction. Si notre prospérité ne doit servir qu’à répandre le luxe et l’égoïsme, à créer la classe frivole des gens à la mode, à rendre plus frappant le contraste de l’opulence insensible et de la misère abjecte, à corrompre les mœurs et à endurcir le cœur, mieux vaudrait pour nous que, par un juste jugement de Dieu, notre prospérité lut engloutie dans les abirnes de la mer. Peu importe que la société soit plus polie et qu’il y ait dans la vie quelques agréments de plus. La seule question est celle-ci : Comprenons-nous mieux et sentons-nous plus fortement nos rapports avec Dieu et avec nos semblables? Sans cela cette civilisation dont nous sommes si fiers est un sépulcre blanchi, beau à la vue, ma's « rempli intérieurement d’ossements et de pourriture. »

Mais je ne puis terminer ce discours par des avertissements. Vous méritez d’entendre des encouragements et la voix de l’espéraneç. Vous vous occupez d’une bonne œuvre, comme le prouve cet anniversaire. Vous avez soutenu une institution faite pour éclairer les ignorants et relever ceux qui sont tombés. Ne nous décourageons pas. É(endez-la, fortifiezla, rendez-la durable ; raltacliez-la aux institutions que vous maintenez dans l’intérêt de la religion, transmettez-la à vos enfants. Que vos fils apprennent, par votre exemple, à épouser la cause du Christ, des prophètes, des apôtres, des saints de tous les siècles, qu’ils concourent à régénérer la société et à étendre à toute la famille humaine la lumière et les bienfaits de la foi chrétienne ! ,

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